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Médecine Physique 1976;19:416-34 Un signe évocateur et inattendu de céphalée cervicale La douleur au pincé-roulé du sourcil R Maigne
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A
new and unexpected sign of headaches of cervical origin: tenderness to skin
rolling of the eyebrow
Les céphalées cervicales ne sont pas inconnues.
Mais elles sont classiquement considérées comme rares. Nick étudiant 2350
cas de céphalées vus en consultation externe ("patients venus sur leurs
pieds") dans un service de neurologie, évoque cette étiologie dans 50
cas et pense ne pouvoir la retenir d'une manière certaine que 12 fois. Par
contre, 1220 cas sont classés comme symptomatiques d'une affection psychique.
La raison de cette divergence d'opinion est due
à la méconnaissance de la cause essentielle des algies vertébrales communes
: « le Dérangement intervertébral mineur ». Nous ne ferons que rappeler que
nous désignons ainsi la souffrance isolée d'un segment vertébral, souvent
réversible par un traitement approprié. Ce « dérangement intervertébral »
est indépendant de l'état radiologique du segment considéré qui peut être
normal ou arthrosique. Il constitue une espèce d'entorse aiguë ou chronique
d'un segment vertébral d'origine traumatique, statique ou postural. La souffrance
d'une articulation interapophysaire en est l'un des signes les plus habituels.
Nous en avons décrit les signes dans un article précédent (7).
Les céphalées cervicales sont pour la plupart la
conséquence d'un dérangement intervertébral C2-C3 et présentent un tableau
clinique stéréotypé. On retrouve toujours à l'examen les mêmes signes, notamment
celui que nous proposons de décrire ici : « la douleur au pincé-roulé du sourcil
».
Il faut au contraire savoir :
De toute façon, le seul traitement efficace est
le traitement cervical. Toutefois, il ne faudrait pas se laisser entraîner,
même si on retrouve les signes décrits ci-après, à ne considérer que la composante
cervicale d'une céphalée. Toute céphalée, surtout si elle est récente, implique
un examen complet et approfondi, d'autant qu'une céphalée symptomatique d'une
affection grave peut survenir chez un patient souffrant de céphalées cervicales
anciennes et bénignes.
I)
Caractères de la céphalée cervicale
Nous ne ferons que rappeler brièvement les caractères
essentiels de ces céphalées cervicales. Nous les avons déjà décrits, à l'exclusion
du signe du « pincé-roulé douloureux du sourcil », dans un précédent
article paru dans cette même revue (6).
1) Topographie
La céphalée cervicale a une topographie le plus souvent sus-orbitaire, parfois occipito-sus-orbitaire, plus rarement occipitale. Elle est unilatérale au début de son évolution ; elle peut se bilatéraliser avec le temps, mais généralement un côté domine. Cette topographie est fixe tout au long de l'évolution des crises, le patient présentant une céphalée cervicale a toujours une céphalée droite ou gauche et non pas alternativement droite et gauche (fig. 1).
Figure
1 : La céphalée occipito-sus-orbitaire
d'origine cervicale. Souvent seulement sus-orbitaire, unilatérale au début
de l'évolution, toujours du même côté, lors des différentes crises, elle peut
se bilatéraliser avec le temps.
2) Examen
L'examen clinique met en évidence les signes essentiels :
Si cette indolence persiste, ce qui est le cas
le plus fréquent après quelques traitements, même parfois après le premier,
le patient est guéri de ses céphalées qui pouvaient durer depuis 10 ou 20
ans et constituer parfois une gêne sérieuse.
a) Recherche de la sensibilité de l'articulation interapophysaire C2-C3.
On la recherche sur le patient couché sur le dos, le cou bien relâché. La pulpe du médius de l'opérateur glisse lentement le long de la gouttière paravertébrale (fig. 2). Le médius gauche explore la gouttière gauche et le droit la gouttière droite. L'examen se fait de bas en haut de C7 à la zone sous-occipitale. A chaque centimètre, le doigt s'arrête et exécute un petit mouvement longitudinal de friction profonde pour mieux palper la colonne des articulations postérieures (fig. 2). Cette manœuvre peu appuyée va révéler une vive sensibilité en un point précis de la région sous occipitale au niveau de l'articulation C2-C3. Celle ci est la plus haute articulation cervicale palpable dans cette position. Dans les cas anciens, les plans cutanés sous-occipitaux du même côté peuvent aussi être sensibles ou même douloureux et infiltrés à la manœuvre du palpé-roulé. Cette manœuvre est indolore du côté opposé, sauf en cas de bilatéralité de la céphalée.
Figure
2 : Recherche du point articulaire postérieur.
La pulpe du médius explore la région sous-occipitale. Il est facile de palper
l'articulation C2-C3. Elle est très sensible du côté de la céphalée habituelle.
En outre, on peut noter parfois une infiltration cellulalgique des plans cutanés
sous-occipitaux et une tension unilatérale des muscles paravertébraux et sous-occipitaux,
dans les cas anciens.

Nous décrivons ici pour la première fois ce signe
que nous recherchons depuis des années et dont nous avons pu constater sur
des centaines de cas la fidélité. On prend entre pouce et index la peau du
sourcil et on la fait rouler comme on le ferait d'une cigarette en pinçant
légèrement. La manœuvre est très sensible du côté de la céphalée habituelle
; elle ne l'est pas de l'autre. Elle est douloureuse des deux côtés si la
céphalée est bilatérale, mais alors la sensibilité articulaire postérieure
l'est aussi. Sensibilité articulaire postérieure C2-C3 et pincé-roulé douloureux
du sourcil sont permanents. Ils persistent en dehors des crises, même si celles
ci sont espacées.
II)
Preuve de l'origine cervicale
L'infiltration anesthésique ou cortisonée qui fait
disparaître la douleur à la pression de l'articulation C2-C3 fait en quelques
instants disparaître aussi la sensibilité au pincé-roulé du sourcil: la manœuvre
devient indolore (fig. 4). La peau qui paraissait épaissie, devient souple.


Figure 4 : L'infiltration de l’articulation C2-C3.On enfonce l'aiguille perpendiculairement aux plans cutanés, à 1 centimètre dehors de l'épineuse de C2. On recherche le contact osseux. On infiltre strictement au contact osseux, après avoir vérifié par aspiration l'absence de sang ou de liquide.
Figure 5 : Manipulation cervicale supérieure en rotation : une des manœuvre habituellement utilisées. La manipulation ne peut être pratiquée que toutes précautions étant prises sur sa possibilité et son innocuité (test de postures). Elle doit être exécutée selon la Règle de la non-douleur.
III)
Expérimentation
1) Matériel et méthode
Nous avons étudié un échantillonnage randomisé
de 50 cas de céphalées durant plus de deux ans et où le patient présentait :
Nous avons effectué une infiltration, anesthésique dans les premiers cas, puis cortisonée par la suite, de l'articulation,C2-C3, sensible, dans le but d'obtenir l'indolence de cette articulation.
AVERTISSEMENT : les injections d’anesthésiques
local au contact du rachis cervical sans controle radiologique sont maintenant
formellement contre indiquées en raison du risque de passage de l’anesthésique
dans le liquide céphalo-rachidien (SOFMMOO).
2) Résultats
Simultanément, nous avons recherché sur 50 patients
ne souffrant pas de céphalées ou de signes de la série cervicale (pseudo-vertiges,
acouphènes, etc.) l'existence d'une nette sensibilité C2-C3 isolée.
Nous l'avons retrouvée dans 8 cas sur 50 patients,
mais modérée.
Dans les 42 cas où il n'y avait pas de sensibilité C2-C3
nous n'avons pas retrouvé de sensibilité au pincé-roulé du sourcil. Dans les
6 autres cas, il y avait dans 4 cas une sensibilité légère ou moyenne à la
manœuvre du sourcil. Il est intéressant de noter que deux de ces patients
avaient eu dans le passé des céphalées qui avaient disparu depuis plusieurs
années. Dans ces 4 cas, nous avons fait une infiltration
anesthésique de l'articulation C2-C3 sensible et dans 3 cas il y a eu disparition
complète du signe du sourcil, et aucun changement dans 1 cas.
Expérimentalement et cliniquement, il y a donc
un lien étroit entre le rachis cervical supérieur et la zone sourcilière.
La sensibilité de l'articulation C2-C3 s'accompagne presque toujours d'une
sensibilité plus ou moins vive au pincé-roulé du sourcil du même côté. A l'inverse,
nous n'avons pas trouvé de sensibilité au pincé-roulé du sourcil sans sensibilité
C2-C3 du même côté. Dans tous les cas, la disparition de cette sensibilité
par infiltration ou manipulation entraîne aussitôt une disparition une forte
diminution de la sensibilité du sourcil au pincé-roulé. Selon les cas, le
résultat obtenu est transitoire ou durable.
3) Cette sensibilité au pincé-roulé du sourcil est elle pathognomonique de la céphalée cervicale ?
Ce signe nous paraît être le témoignage habituel
de la céphalée cervicale commune. Mais nous ne pouvons affirmer sa spécificité.
L'irritation des mêmes voies de transmission par d'autres facteurs intra ou
extra-crâniens peut évidemment avoir les mêmes conséquences. Mais en pratique,
dans la quasi totalité des cas, l'origine est cervicale. Exceptionnellement,
celle ci peut ne pas être bénigne : une affection inflammatoire, infectieuse,
malformative, tumorale du rachis cervical supérieur peut provoquer une irritation
suivant le même schéma. Cela souligne la nécessité d'un examen complet et
attentif devant toute céphalée qu'il ne faut se hâter ni de qualifier de psychique
ni de qualifier de cervicale mécanique.
Nous avons recherché ce signe dans des cas où la
céphalée n'était pas d'origine cervicale : c'est le cas de la migraine vraie,
à crises tantôt droite, tantôt gauche, ou des céphalées des sinusites ou des
céphalées d'hypertension par exemple.
Il en va de même pour les patients atteints de
sinusite. Le pincé-roulé douloureux du sourcil apparaît donc fortement évocateur
d'une origine cervicale qu'il faut rechercher.
IV)
Manifestations accompagnant parfois les céphalées cervicales
Une céphalée cervicale, telle que nous venons de
la décrire, peut s'accompagner parfois de sensations vertigineuses, d'acouphènes,
voire de troubles laryngés ou de fatigabilité visuelle. Cette association
sur laquelle Barré a eu le mérite d'attirer l'attention est actuellement l'objet
de discussion pathogéniques intéressantes, mais qui masquent par trop le mérite
de cet auteur qui avait parfaitement reconnu l'origine cervicale et bénigne
de ces manifestations (le syndrome de Barré Liéou).
Certains auteurs attribuent toutes ces manifestations
à une insuffisance vertébro-basilaire fruste. Il est connu qu'elles peuvent
en être les premiers signes, mais dans ces cas, le tableau clinique se complète
avec l'évolution et des manifestations plus lourdes et plus significatives
apparaissent. Comment invoquer un tel mécanisme lorsque les symptômes durent
depuis 20 ans ou plus sans avoir changé de caractère ? Comment expliquer le
succès très régulier (les échecs sont rares) du traitement cervical bien conduit.
En serait il ainsi s'il s'agissait d'une insuffisance vertébro-basilaire fruste
? Il faut ajouter les cas de plus en plus nombreux de patients chez lesquels
nous avons pu reconnaître et traiter l'origine cervicale de la céphalée et
qui avaient eu des artériographies parfaitement normales. Certains en avait
même eu à deux reprises. L'observation no 3 en est un exemple. Elle est loin
d'être isolée.
A l'inverse, il va sans dire qu'il ne faudrait
pas, jouant de l'argument de fréquence, méconnaître l'origine vertébro-basilaire
de troubles qu'on attribuerait trop facilement et trop uniquement à un dérangement
cervical mineur, et du risque que constituerait alors un traitement par manipulation.
V)
Mécanisme
La zone sus-orbitaire est la zone de projection
de nombreuses structures de l'endocrâne. Penfield a proposé la section du
contingent ophtalmique du V dans ce qu'il appelle la « céphalée durale ».
On peut avancer deux hypothèses :
Il est possible que les deux mécanismes, trigéminal
et vasculo-sympathique, coexistent. L'explication est peut être autre, mais
les faits demeurent : le lien entre le rachis cervical supérieur et la zone
sourcilière.
VI)
Autres céphalées cervicales
Qu'elles soient associées à une céphalée sus-orbitaire,
ou qu'elles soient isolées, on peut, beaucoup plus rarement il est vrai, rencontrer
deux autres types de céphalée cervicale
1) La névralgie d'Arnold
Soit dans sa très rare forme aiguë classique
Nous y ajoutons un autre signe : le « plissement
douloureux du cuir chevelu » du côté de l'hémicrâne. Ce signe, comme celui
du pincé-roulé du sourcil, existe en dehors des crises.
2) La névralgie C3 (ou névralgie de l'auriculo-temporal)
La céphalée est occipitale, irradie au lobule de l'oreille et à l'angle de la mâchoire. Elle est isolée ou accompagne une céphalée sus-orbitaire. Elle doit être différenciée du syndrome de Costen (douleurs provoquées par un trouble de l'articulé dentaire qui fait souffrir l'articulation temporomaxillaire).

Figure
6 :
Deux
autres types de céphalées d'origine cervicale
A)
Névralgie d'Arnold.
B)
Névralgie de l'auriculotemporal (C3).
Il peut s'agir de formes aiguës, mais la forme
chronique est plus fréquente. Nous avons noté dans ces cas un signe qui là
nous paraît être spécifique : la vive sensibilité des plans cutanés de l'angle
de la mâchoire au pincé-roulé (fig. 7).
L'examen cervical révèle une sensibilité articulaire postérieure C2-C3 ou C3-C4. La radio, souvent normale, montre parfois une arthrose articulaire postérieure. Là encore le traitement cervical fait disparaître le plus souvent douleur habituelle et signes d'examen.

Figure
7 : Le pincé-roulé de l'angle de la mâchoire. Ce territoire
cutané correspond à une innervation C3.
VII)
Déclenchement des crises
Chez un céphalalgique habituel, le facteur cervical
est permanent. On le retrouve même en dehors des crises, de même que le pincé-roulé
douloureux du sourcil. Les crises peuvent être fréquentes ou rares, sévères
ou légères. Parfois, elles apportent un handicap sérieux au patient ; ailleurs,
elles ne sont qu'une gêne occasionnelle.
Nous ne nous étendrons pas sur les trois premiers
facteurs, mais nous sommes obligés d'être un peu plus explicite sur le dernier
: le facteur psychique. Car il est bien évident que le plus grand nombre
des céphalées que nous classons et traitons, avec efficacité, comme d'origine
cervicale, sont classées par la plupart des auteurs, comme psychogéniques.
Il nous semble que ces auteurs attribuent à l'origine
psychique d'une part des céphalées vraiment psychogènes, d'autres, nombreuses,
qui sont cervicales d'origine et qui sont déclenchées éventuellement par des
facteurs psychiques, et d'autres enfin qui sont purement cervicales mais où
l'inefficacité des traitements entrepris, la persistance des crises, inquiètent
le patient.
Il nous est facile de nous convaincre de ce point
de vue en considérant les nombreux patients que nous avons pu examiner et
qui avaient été soigneusement expertisés dans des services de neurologie.
Ils étaient souvent porteurs de lettres où la céphalée était qualifiée de
« psychogène », ou de « vasculaire ». Les traitements entrepris avaient été
des échecs. Or ces céphalées répondaient aux critères décrits ci dessus et
étaient rapidement, et durablement, soulagées par le traitement cervical.
Toutes les tensions musculaires de la nuque ne sont pas d'origine psychique.
Et si le « Syndrome d'Atlas », d'Alajouanine et Nick se rencontre peut être
couramment dans les services de psychiatrie, il n'est pas si fréquent dans
les consultations tout venant.
La contracture, surtout si elle est unilatérale,
est en règle d'origine mécanique. Mais elle peut être aggravée par un état
anxieux ou dépressif.
L'examen attentif du rachis cervical et la recherche
du signe du pincéroulé du sourcil nous amènent à être très sceptiques sur
l'origine psychique habituelle des céphalées communes. Ce diagnostic cache
le plus souvent l'ignorance du médecin des problèmes de la pathologie mécanique
mineure du rachis. Il ne verra que l'état psychique du petit anxieux et lui
attribuera la responsabilité de la céphalée.
Mais ce serait une erreur aussi sérieuse que de
méconnaître l'effet potentialisateur de ces états psychiques et de ne pas
les traiter lorsqu'ils le méritent. Ils ne créent pas le symptôme. Ils permettent
son déclenchement et en amplifient les conséquences.
Il existe certes des échecs car on ne peut prétendre,
même quand on en a fait le diagnostic, pouvoir faire disparaître à tout coup
toute souffrance articulaire même mineure. Elles sont souvent favorisées par
des
habitudes posturales défectueuses (sujets qui dorment sur
le ventre ou des oreillers mal adaptés), parfois par des conditions de travail
peu modifiables, ou par un état articulaire vulnérable (arthrose, entorse,
etc.).
Certains seront très tentés de nous dire que traitant
le rachis cervical, nous faisons simplement une psychothérapie. Sans souligner
combien il nous serait flatteur d'être en ce domaine plus régulièrement efficace
que les psychothérapeutes patentés dans leur propre domaine, il nous faut
malheureusement ajouter que si la manipulation est faite dans le mauvais sens,
ce que ne peut savoir le patient, elle aggrave notablement la céphalée ou
la produit d'une manière quasi expérimentale avec toutes ses caractéristiques.
Lorsque la part de l'élément psychique est évidente,
son importance est à déterminer dans chaque cas. Si la disparition du point
d'appel cervical soulage parfaitement le patient de sa céphalée, c'est que
l'état psychique n'est pas dominant. Ce ne sera pas toujours le cas et parfois
seul le traitement des deux facteurs associés amènera la disparition du symptôme.
Ailleurs, il est vain de traiter le rachis cervical si l'état psychique apparaît
être le facteur dominant. Il ne faut donc pas méconnaître les vraies céphalées
de tension.
Mais affirmer que 80 % des céphalées sont de nature
psychique est aussi vrai que d'affirmer que la glace à la vanille ou le sorbet
sont responsables de 80 % des rages de dents.
VIII)
Observations
Bien souvent les patients que nous avons eus à
traiter ne venaient pas nous voir pour leurs céphalées. Ils avaient consulté
dans le passé, mais devant les échecs, ils avaient appris à vivre avec. Certains
étaient peu gênés et facilement calmés par les antalgiques. D'autres savaient
que leur céphalée était déclenchée par un excès alimentaire ou par les soucis.
D'autres enfin étaient en traitement depuis longtemps ailleurs et avaient
subi de nombreuses explorations. Ces patients venaient donc nous consulter
pour une douleur d'épaule, une lombalgie ou une dorsalgie et c'est l'examen
systématique et complet du rachis qui nous montrant une sensibilité articulaire
postérieure C2-C3 et un signe de « pincé-roulé du sourcil » qui nous faisait
leur demander s'ils avaient des céphalées.
« Oui bien sûr depuis 20 ans, je suis empoisonné
par ça, mais il n'y a rien à y faire ; j'ai tout essayé ». « Oui, depuis un
accident de voiture, mais c'est devenu plus supportable ». « Oui, de temps
en temps », etc. Ils étaient tous très étonnés qu'on puisse leur dire si les
crises étaient à droite, à gauche ou bilatérales... et plus étonnés quand
traitant simultanément leur autre problème articulaire, ils se trouvaient
débarrassés de leurs maux de tête en trois on quatre traitements.
Nous illustrerons cet exposé de trois observations
; chacune est typique d'une variété de céphalée cervicale sus-orbitaire.
Première observation.
M. P... F., 48 ans, souffre de céphalées très anciennes.
Elles étaient rares et peu gênantes au début ; puis elles sont devenues pénibles
depuis deux ans. Sa céphalée est toujours sus-orbitaire et occipitale droite.
Rien ne semble être spécifiquement déclenchant. Mais elle débute souvent le
matin au lit, la crise dure un jour ou deux. Seul le Pyramidon calme un peu.
Il y a 3 à 4 crises par mois. Les explorations faites dans différents services
ou consultations sont toujours négatives sur le plan général et plus particulièrement
neurologique, ORL et ophtalmologique.
A l'examen, le pincé-roulé du sourcil droit est
très douloureux ; il ne l'est pas à gauche. Il y a une vive sensibilité à
la palpation de l'articulation C2-C3 droite. Les radiographies cervicales
sont normales. Quelques minutes après la première manipulation, on note la
diminution de la sensibilité au pincé-roulé du sourcil. Après trois séances
faites à huit jours d'intervalle, on constate une disparition totale de la
douleur au pincé-roulé et aussi de la douleur articulaire postérieure C2-C3
et le patient n'a plus de céphalées. Il y a une légère reprise quatre mois
plus tard. Une seule manipulation remet les choses en ordre. Revu un an plus
tard, il n'a jamais resouffert.
Cette observation est typique de celles qui se
rencontrent avec quelques variantes tous les jours. Il est parfois nécessaire
de faire une séance de manipulations ou une infiltration à titre de rappel
deux ou trois fois par an, pendant un an ou deux, dans les cas anciens.
Deuxième observation
Mme F.C, 38 ans, secrétaire, a des céphalées sus-orbitaires droites depuis l'enfance. La première crise dont elle se souvient date de l'âge de 7 ans. Les crises se sont rapprochées elle a subi différentes investigations dans des services de neurologie et de médecine générale La crise s'accompagne de nausées et parfois de vomissements lorsqu'elle est violente. Le vomissement ne termine pas la crise, qui dure 21 à 48 heures et l'handicape considérablement dans sa vie. Si elle fait une injection de dihydroergotarnine au début d'une forte crise, celle ci apporte un net soulagement.
Par contre, la dihydroergotamine est sans action
sur le fond douloureux quotidien. Elle fait depuis 20 ans une consommation
effrayante de Pyramidon : 2 à 4 suppositoires par jour et a la chance de n'avoir
aucune perturbation de sa formule sanguine.
A l'examen, sensibilité exquise de l'articulation
C2-C3 droite et signe du « pincé-roulé du sourcil » droit très fortement
positif. Radiographies cervicales normales. Le test d'infiltration articulaire
postérieure C2-C3 amène une diminution importante de la sensibilité du sourcil
au placé-roulé. Après la deuxième séance de traitement (infiltration cortisonée
C2-C3 et manipulation), net soulagement des céphalées. Après, la troisième
séance disparition des signes d'examen et disparition des céphalées. Le résultat
se maintient excellent depuis huit mois.
Il v a donc dans cette deuxième observation une
note vaso-motrice nette mais moins forte cependant que dans la troisième observation.
Troisième observation
On notera ici le caractère nettement migraineux.
Ce sont des cas assez rares mais qui méritent d'être connus. Ici, tous les
neurologues ou allergologues consultés avaient posé le diagnostic de « migraine
vraie ».
M. G. A., 41 ans. Céphalées rebelles à allure migraineuse
depuis 10 ans. Il y a 18 ans accident de voiture avec léger trauma cervical.
Elle présente des cervicalgies pendant un an qui s'accompagnent de céphalées
frontales. Celles ci se calment progressivement au bout d'an an.
Il y a dix ans, sans cause apparente, elle présente
à nouveau des crises de céphalée frontale toujours gauche, avec une impression
de tiraillement rétro-orbitaire. Ces céphalées s'accompagnent d'une obstruction
nasale du même côté et lorsque la crise est vive, d'une abondante rhinorrhée,
tandis que l'oeil larmoie. Elle cherche le calme, le noir, vomit parfois.
Les crises deviennent très vite quotidiennes. Différents calmants sont essayés
en vain. Après examen ORL et ophtalmologique négatifs, un premier consultant
la met au Niamide pendant un an sans le moindre effet. Dirigée alors sur un
stomatologiste, on enlève une dent de sagesse incluse à gauche. L'avulsion
est sans effet sur les céphalées. Adressée en consultation chez un neurologue,
celui ci pose le diagnostic de migraine vraie. Les différents essais thérapeutiques
: Dihydroergotamine, Gynergène caféiné, Dimétotiazine, etc., ont un effet
nul. Seul le Gynergène à forte dose pris dès la menace de crise, en association
avec du Pyramidon, a parfois un certain effet atténuateur. Elle est finalement
hospitalisée dans un service de Neurologie où entre autres examens, on fait
une artériographie. Celle ci est normale. La dihydroergotamine est prescrite
sans résultat. Les crises s'intensifiant et l'handicapant considérablement
dans sa profession de commerçante, on l'hospitalise dans un deuxième service
de neurologie. Une encéphalographie gazeuse est pratiquée ; elle est normale.
Un troisième neurologue vu en ville,éminent spécialiste des céphalées, demande
un bilan allergique. Les tests sont positifs aux moisissures et à la poussière.
Un an de désensibilisation n'influence pas la migraine qui garde tous ses
caractères. Elle a alors recours à un guérisseur ; il conseille des bains
de mains avec des plantes et des bains de siège... Cela reste sans effet...
Elle consulte alors dans un autre service de neurologie On confirme le diagnostic
de migraine. On institue un traitement au méthysergide qui apporte une légère
amélioration , une urographie de contrôle est faite tous les six mois. La
troisième montre un début de fibrose rétropéritonéale et oblige à l'arrêt
du traitement.
Elle part alors en vacances et son médecin généraliste
la remet alors au pyramidon à forte dose qui seul la soulage un peu. Au retour,
elle consulte dans le même Service de Neurologie. Devant tous ces échecs on
lui explique que tous ses ennuis sont sans doute psychiques. On trouve une
raison à cela dans la présence de sa mère au foyer, avec laquelle pourtant,
elle ne pense avoir aucun problème majeur. Un concours de circonstances fait
que sa mère doit partir. Mais cela n'influence en rien les maux de tête...
C'est alors qu'un nouveau médecin consulté pendant des vacances dans le sud-ouest
nous l'adresse.
Il s'agit d'une femme qui ne petit à aucun prix
arrêter son travail (commerce) et qui est très handicapée par des crises quasi
quotidiennes.
La topographie fixe, toujours gauche, la négativité
des examens, conduisent à examiner avec attention le rachis cervical. On a
déjà fait des clichés mais ceux ci étant normaux, on a éliminé celle étiologie.
La palpation de la région sous-occipitale, la patiente étant allongée sur
le dos, révèle une très vive sensibilité de l'articulation interapophysaire
C2-C3 gauche. Cette pression reproduit même ici l'irradiation rétro-orbitaire
ressentie lors des crises. A droite et au dessous, tout est normal. La palpation
des plans cutanés sous-occipitaux gauches les montre épaissis, infiltrés et
très sensibles dès qu'on ébauche une manœuvre de pincé-roulé. La manoeuvre
du « pince-roulé du sourcil » à droite est indolore mais à gauche le
pli est épaissi, infiltré et très douloureux.
Un test thérapeutique est aussitôt pratiqué ; l'infiltration
de l'articulation interapophysaire C2-C3 à gauche fait nettement diminuer
en quelques minutes la sensibilité au pincé-roulé du sourcil gauche. Un traitement
par manipulation associé à l'infiltration cortisonée de C2-C3 gauche est pratiqué.
Après le troisième traitement, les crises sont plus rares et moins fortes.
Le pincé-roulé est à peine sensible. Après le cinquième, disparition des céphalées
et des signes d'examen. Une reprise se manifeste quatre mois plus tard après
un port de valises. On retrouve le signe du pincé-roulé gauche et la sensibilité
de C2-C3 gauche. Un seul traitement remet les choses en ordre.
Il s'agit ici d'une céphalée cervicale à allure
migraineuse.
Ces trois cas que nous avons choisis ne sont que
quelques exemples parmi des centaines, les uns bénins, les autres sévères
; les uns récents et généralement post traumatiques, les autres anciens, datant
parfois de 25 ou 30 ans.
IX)
Traitement
Il variera en fonction de l'état du rachis cervical.
L'infiltration articulaire
postérieure C2-C3 est à conseiller si la manipulation est contre indiquée
ou impossible. On l'emploiera aussi pour compléter un traitement par manipulation
si celui ci ne fait pas disparaître complètement la sensibilité articulaire
postérieure C2-C3, même si l'effet est bon sur la céphalée et le pincé-roulé
du sourcil. Elle sera bien entendu le traitement utilisé par ceux qui ne savent
pas manipuler.
L'infiltration sera faite avec un 1/4 ml d'un dérivé cortisoné. L'injection doit être faite strictement au contact osseux, après avoir vérifié par aspiration l'absence de sang ou de liquide. Si ces conditions sont respectées, le risque est nul.
Autres traitements
Le massage des plans cutanés de la nuque s'ils
sont infiltrés peut être un complément utile.
La rééducation cervicale est inutile, sauf exceptions.
Il faut enseigner au patient à éviter les rotations
extrêmes du cou (marche arrière prolongée en auto par exemple).
Dans les cas de céphalées matinales, faire enlever
le traversin éventuel, modifier l'oreiller. Si le patient dort sur le ventre,
cela implique une rotation extrême du cou génératrice de céphalée du réveil.
Le port d'un collier cervical la nuit pendant quelques semaines peut après
traitement par manipulation ou infiltration aider ces patients.
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Travail du Service de Rééducation Fonctionnelle
de l'Hôtel-Dieu
(Docteur MAIGNE) Paris 75004