| Annales Médecine Physique 1972;15:275-92 Sémiologie
clinique des R Maigne
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Lorsque
la manipulation soulage une algie vertébrale consécutive à un effort, à un
faux mouvement, à un trouble statique ou postural, il est évident qu'elle
remédie durablement ou temporairement à un désordre réversible provoqué par
l'une de ces causes.
La
pratique des thérapeutiques manuelles nous a permis de nous rendre compte,
au fil des années, que dans des cas de cervicalgies, dorsalgies, lombalgies
communes, aiguës ou chroniques, et tout particulièrement dans celles qui étaient
électivement aidées par la manipulation, un seul étage vertébral est responsable
du syndrome douloureux ; et cela même si les lésions radiologiques d'arthrose
ou de détérioration discale sont plus étendues. Il est donc important de pouvoir
mettre en évidence cet étage responsable, d'autant qu'il arrive que ce soit
le moins atteint radiologiquement. Or l'examen clinique classique ne le permet
généralement pas. C'est seulement dans les cas où existe une algie radiculaire
que l'on peut sur la topographie de la douleur des troubles moteurs ou réflexes
éventuels, déterminer l'étage vertébral atteint. C'est pourquoi dans certains
cas difficiles de lombalgies rebelles par exemple, il faudra avoir recours
à des examens avec substance de contraste ou à la discographie, mais seulement
lorsque l'intervention est envisagée. Or, dans la majorité des cas habituels,
il est possible par un examen attentif de petits signes toujours présents
de déterminer s'il y a une souffrance particulière d'un segment vertébral.
C'est ce que nous nous proposons de montrer ici.
Cette
question est capitale en matière de thérapeutique manuelle, car la manipulation
n'est justifiée que s'il existe un dérangement mécanique. C'est ainsi que
certaines céphalées, certaines épicondylalgies sont soulagées par la manipulation
cervicale appropriée ou aggravées par la manipulation inverse. Mais ce n'est
pas sur une simple impression clinique que l'on doit « tenter » la manipulation,
ni sur les seules impressions du patient que l'on doit juger de ses effets.
Il faut mettre en évidence ce dérangement segmentaire et en préciser les
caractères. Ce problème est donc capital pour l'emploi et la justification
des manipulations, mais il n'est pas moins important pour la compréhension
des algies vertébrales communes.
I)
Que peut être ce dérangement intervertébral mineur ?
Ce dérangement ne peut siéger que dans les éléments mobiles du rachis, c'est à dire en dernière analyse en ce que Junghanns a appelé le « Segment mobile » et qui comprend ce qui joint deux vertèbres adjacentes, c'est à dire le disque, les articulations interapophysaires, les ligaments et les muscles.
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Fig. 1 et 2 : Le Segment mobile de Junghanns
En
fait, une telle lésion mécanique ne peut siéger que dans le disque, ou les
articulations interapophysaires. Mais il faut concevoir aussi l'existence
d'un « dérangement fonctionnel », dans ce système vertébral placé sous le
signe du fonctionnement automatique.
Nous
allons voir d'abord quelles sont les lésions mécaniques (et réversibles) possibles
des articulations intervertébrales et des disques.
1) Lésions possibles des articulations
interapophysaires
Nous
ne voulons pas revenir sur les importants rapports que l'on trouvera dans
ce même volume sur ce sujet. Mais rappelons que pour la plupart des auteurs,
il ne peut y avoir de blocage mécanique intra-articulaire par lésion du petit
ménisque intra-articulaire beaucoup trop mince pour cela. Peut-être dans certains
cas peut-il y avoir pincement et souffrance d'une frange synoviale (Junghanns)
comme cela peut se voir dans certaines entorses tibiotarsiennes, où Florent
nous a dit avoir à l'intervention trouvé des franges synoviales infarcies
et très oedématiées Cela pourrait rendre compte de certaines douleurs aiguës
mais pas des douleurs chroniques qui sont les plus fréquentes.
2) Lésions
discales possibles
a) Hernie discale
La
hernie discale donne dans la majorité des cas un syndrome radiculaire. Le
tableau clinique (sciatique, NCB, etc.) est bien classique : il comporte des
troubles sensitifs, éventuellement des troubles moteurs plus ou moins importants
et des troubles réflexes. Mais il s'ajoute à ces signes d'hypo ou hyperesthésie,
d'hypotonie ou de diminution de la force musculaire, des symptômes plus discrets
qui ne sont pas décrits dans les traités classiques mais qui revêtent un particulier
intérêt dans l'étude et le traitement des algies vertébrales communes.
Nous
avons, il y a quelques années, attiré l'attention sur ce syndrome neurotrophique
d'accompagnement des douleurs radiculaires, que nous appellerons « syndrome
tendino-cellulomyalgique ». Il comporte :
Ces
zones de sensibilité (cutanées, musculaires ou ténopériostées) ne sont retrouvées
que par l'examen systématique. Elles peuvent être responsable de la persistance
de la douleur radiculaire initiale ou si celle ci a manqué, de douleurs, sources
d'erreur de diagnostic. Nous y reviendrons.
b) Blocages intra-discaux
C'est
le blocage d'un fragment de noyau dans une fissure incomplète de l’anulus.
On connaît surtout les blocages postérieurs qui, à la région lombaire sont
classiquement tenus pour responsables du lumbago aigu ou de certaines lombalgies
chroniques (de Séze).
Il faut noter que l'existence d'une hernie discale ou d'un blocage intra-discal, qu'il soit postérieur ou latéral ou antérieur, retentit sur le fonctionnement de l'ensemble du segment mobile. Par mauvaise répartition des contraintes, certains éléments vont donc subir des tractions ou des pressions qu'ils ne peuvent supporter (ligament, articulation, muscle) et de ce fait vont souffrir. La symptomatologie de cette souffrance va s'ajouter à celle propre au disque, si celui ci provoque par sa pression des troubles, ou être isolée si le disque ne comprime directement aucun élément sensible (fig. 3).

Fig. 3 : Blocage discal postérieur ; ses conséquences sur les
articulations interapophysaires et le ligament interépineux.

Fig. 4 : Un blocage discal postérolatéral
entraîne un dysfonctionnement des articulations postérieures.
Cette
souffrance peut se traduire par des douleurs locales ou irradiées, selon une
topographie pseudoradiculaire, comme l'ont montré les expériences de Kellgren.
Rappelons que celles-ci consistent, après anesthésie de la peau, à injecter
dans le ligament interépineux ou dans un muscle paravertébral, une solution
saline hypertonique à 5 %.
Mais
c'est surtout sur une des deux articulations interapophysaires que le « stress
» mécanique se fait le plus sentir. Il n'est pas de « Dérangement intervertébral
mineur » sans souffrance articulaire d'un côté. Cela est facile à constater
au niveau du rachis cervical où ces articulations sont très facilement palpables.
L'intimité
de leur rapport avec la branche postérieure du nerf rachidien (Lazorthes)
fait que la souffrance de ces articulations interapophysaires (oedème, réactions
périarticulaires, etc.) retentit toujours sur le nerf.
En
fin de compte, pour provoquer des douleurs, il n'est pas nécessaire que la
hernie discale ou le blocage intradiscal soient directement symptomatiques.
Ils peuvent être symptomatiques par eux-mêmes, mais le devenir par l'intermédiaire
du ligament interépineux ou de l'articulation interapophysaire que leur présence
fait souffrir.
Il
nous paraît vraisemblable qu'un grand nombre de dérangements intervertébraux
mineurs sont dus à ce mécanisme, et que l'un des modes d'action de la manipulation
est de modifier légèrement la position du fragment discal bloqué, donnant
au segment mobile un équilibre dynamique meilleur, moins traumatisant pour
les autres éléments, notamment le système articulaire postérieur.
3) Le dérangement fonctionnel
Il
faut souligner que dans le système vertébral qui fonctionne sous le signe
de l'automatisme, tout dérangement mécanique est pratiquement la cause d'un
Dérangement fonctionnel créé par les sollicitations anormales qu'il
provoque sur des éléments riches en innervation proprioceptive. Cela modifie
le stéréotype neuromusculaire normal. Le spasme musculaire est l'élément le
plus objectif, en tout cas le plus palpable de ce dérangement fonctionnel
qui peut persister alors que le dérangement mécanique est devenu minime, et
peut être même a disparu.
L'action inhibitrice de la manipulation sur ce spasme constitue sans doute un des points les plus importants de son mode d'action.
II)
Signes du dérangement intervertébral mineur
Ce
sont donc :
Aucun
d'entre eux n'est pathognomonique d'un dérangement de nature mécanique ; ils
sont simplement le témoignage de la souffrance ou de la perturbation du segment
vertébral correspondant.
C'est
sur l'ensemble des données de l'examen clinique, radiologique et des examens
complémentaires que l'on pourra poser l'étiquette du dérangement bénin. Mais
celui ci ne sera une indication à la manipulation que s'il répond à un certain
nombre de critères que nous avons définis par ailleurs et notamment si la
Règle de la non douleur et du mouvement contraire peut être appliquée.
1) Signes locaux
a)
La palpation paravertébrale
Elle permet de mettre en évidence ce que nous appelons le point paravertébral. En effet, la palpation superficielle, à peine effleurée, faite avec la pulpe des doigts qui parcourt de haut en bas les gouttières paravertébrales, va permettre à l'opérateur entraîné de retrouver sur une toute petite surface de moins d'un centimètre carré des signes pour lui familiers. Cette zone se situe à un travers de doigt de la ligne médiane et n'existe généralement que d'un seul côté. Le doigt qui palpe a une impression d'oedème superficiel très localisé et d'une tension profonde des tissus. Ce signe est particulièrement net dans les dérangements thoraciques et cervicaux.
Cette
zone correspond sensiblement à la projection de l'articulation interapophysaire
sous-jacente, dont elle traduit sans doute la souffrance. Si l'opérateur augmente
sensiblement sa pression sur ce point il va provoquer une vive douleur, ce
qu'il ne pourra pas faire sur les zones voisines ou symétriques ; mieux cette
pression rappelle souvent au patient sa douleur habituelle.
Il
est tout à fait surprenant pour le patient et encore plus pour ceux qui ne
sont pas familiarisés avec les thérapeutiques manuelles de voir l'opérateur
repérer ainsi très vite et avec une grande exactitude l'étage douloureux,
sans même interroger le patient. Et cela en promenant simplement la pulpe
de l'index et du médius le long de la ligne paraépineuse. La rapidité, la
certitude et la précision millimétrique de la localisation de l'étage perturbé
grâce à ce « Point para vertébral » ont fait beaucoup pour encourager les
Ostéopathes d'abord et d'autres ensuite à demander à cet examen purement palpatoire
plus qu'il ne peut raisonnablement donner.
Mais
aussi étonnant et amusant que soit ce signe, il ne permet qu'un repérage et
pas un diagnostic.
Il
n'en reste pas moins que cette détection du « Point postérieur » est extrêmement
commode, d'une part, pour la localisation de l'étage, mais aussi pour juger
sur sa disparition ou son atténuation de l'efficacité d'une manoeuvre thérapeutique.
b) manoeuvres de pression
On
va maintenant solliciter le Segment mobile en faisant des pressions sur les
épineuses de manière à créer un mouvement local exagéré. On fera des manoeuvres
de pression vertébrale beaucoup plus intéressantes. Ce sont :
La
pression sur l'épineuse est la manoeuvre la plus utilisée
dans l'examen classique du rachis. Elle a un intérêt si la pression lente,
médiate de préférence, exercée sur elle, réveille une douleur profonde, plus
encore si elle augmente la douleur spontanée (fig. 5).
Mais
il faut se méfier d'une cause d'erreur fréquente : la sensibilité superficielle
de l'épineuse due à une apophysite ou à une douleur d'insertion du ligament
surépineux qu'on peut reproduire par un frottement léger de l'épineuse.
La pression contrariée latérale des épineuses (Maigne). Le but de cette manoeuvre que nous proposons est de faire faire à un Segment Mobile donne un mouvement électif de rotation forcée à droite, puis à gauche (fig. 6).

Fig. 5 : Pression sur l'épineuse.

Fig. 6 : Pression latérale sur l'épineuse (a). Pression latérale
contrariée sur les épineuses (c). La manipulation à faire dans un tel cas
consiste à forcer la rotation de B dans le sens non douloureux, avec éventuellement
un contre-appui sur la transverse gauche de C. (d) : sens de la manipulation.
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Fig. 7 : Pression sur le ligament surépineux.
Fig. 8 : Le point articulaire postérieur et interépineux.
La
pression du ligament inter-épineux. Il est habituel de noter
que le ligament interépineux d'un Segment Mobile siège d'un Dérangement intervertébral
mineur est nettement plus sensible à la pression que les autres. Cette sensibilité,
on la recherche avec un anneau de clé, peut disparaître après manipulation
(fig. 7). Mais elle peut parfois persister, alors que les autres signes ont
disparu. Et dans certains cas, cette souffrance ligamentaire résiduelle entretiendra
une douleur rebelle qui disparaîtra après l'infiltration anesthésique du ligament.
Cela constitue un test utile et parfois le traitement. Dans les cas rebelles,
la sclérose selon le procédé mis au point par Barbon et Troisier sera la thérapeutique
de choix, mais pour nous seulement après que la manipulation aura remédiée
au dérangement responsable.
Signalons
qu'isolée, la sensibilité d'un ligament interépineux traduit souvent une «
instabilité vertébrale » que d'autres appellent « hypermobilité ». La sclérose
peut être là aussi un bon traitement, mais il ne faut pas manipuler. Dans
ce cas si l'on trouve des signes de Dérangement Intervertébral Mineur, ils
ne sont pas fixes à différents examens : le Point Postérieur change de côté
avec le traitement; il peut être bilatéral, ce qui est exceptionnel dans les
D.I.M. qui répondent bien au traitement manipulatif; les muscles sont vite
irritables, etc...
Dernière
manoeuvre de pression que nous avons déjà évoquée tout à l'heure c'est la
pression sur l'articulation interapophysaire.
La manoeuvre du point sonnette antérieur (Maigne). Elle est particulière au rachis cervical. On place horizontalement le pouce qui va appuyer très légèrement sur la partie antérolatérale du cou, étage par étage, d'abord en avant où il comprimera légèrement les racines, puis latéralement où il comprimera les régions latérovertébrales. L'opérateur va ainsi noter la particulière sensibilité d'un étage par rapport aux autres. C'est en règle, le même que celui où l'on aura découvert le Point articulaire postérieur » (fig. 9).
Fig.
9 : Le Point sonnette antérieur.
Cette
manoeuvre peut réveiller ou augmenter une douleur projetée du bras, montrant
son origine cervicale. Dans la plupart des cas de dorsalgies interscapulaires,
elle permettra de reproduire la douleur dorsale habituelle, montrant également
leur origine cervicale. Elle n'est évidemment pas spécifique des dérangements
mécaniques pas plus que les autres signes que nous avons évoqués.
2) Signes régionaux
Mais
c'est sur des signes plus discrets que nous voulons insister ici, car ils
sont fréquents dans les micro dérangements mécaniques qui nous intéressent,
surtout lorsqu'ils sont chroniques.
des
petits noyaux très douloureux à la pression. Cette zone est plus ou moins
étendue. Elle a un grand intérêt séméiologique si elle est isolée, unilatérale
suspendue et encore plus si sa palpation rappelle au patient sa douleur.
Il faut savoir qu'au niveau de la région thoracique, l'innervation cutanée se fait à 3 ou 4 étages au dessous de l'émergence du nerf hors du rachis. C'est donc beaucoup plus bas que le niveau de l'étage qui présente un dérangement mineur qu'il faut rechercher la bande cellulalgique. (fig.10).

Fig. 10 :
La zone cellulalgique, témoignage de l'irritation de la branche
Au
niveau lombaire, les branches postérieures innervent les plans cutanés fessiers
et sacrés et aussi les muscles et les ligaments de la région sacrée. Dans
un cas de lombalgie, par exemple, si la palpation révèle une cellulalgie unilatérale
au niveau de la crête iliaque, il faut avoir l'attention attirée vers L1 ou
L2. Ce sont les branches postérieures des nerfs rachidiens lombaires qui innervent
les plans cutanés, les muscles et les ligaments de la région sacro-iliaque.
Leur irritation est la cause la plus fréquente des douleurs attribuées à tort
à l'articulation sacroiliaque.
3) Signes à distance
-
des DOULEURS RADICULAIRES : les signes d'irritation ou de compression de la
branche antérieure du nerf rachidien, dont la sciatique et la névralgie cervicobrachiale
sont les exemples les plus courants ;
-
les DOULEURS PROJETÉES à topographie souvent pseudo-articulaire d'origine
ligamentaire, articulaire ou musculaire qu'ont bien mises en évidence les
expériences de Kellgren. Nous en connaissons les projections habituelles.
Kellgren, puis Hackett en ont dressé les cartes topographiques. Il faut y
penser lors de l'examen clinique ; elles suivent d'ailleurs à peu près le
trajet des racines du même étage. Mais nous ne nous y attarderons pas ici
car elles ne font pas partie de ce qu'on peut appeler la séméiologie objective.
Revenons
sur les douleurs radiculaires, ou plus exactement sur les signes d'irritation
et de compression de la racine. On sait que ce syndrome comprend classiquement
:
C'est
sur la topographie des signes sensitifs, moteurs, et réflexes qu'on détermine
l'étage atteint dans l'examen neurologique classique.
Nous insisterons encore sur le syndrome cellulo-tendino-myalgique si fréquent dans les algies radiculaires et qui a un intérêt de premier plan pour le thérapeute manuel, aussi bien pour son diagnostic que pour son action thérapeutique. On les trouve au niveau des plans cutanés, des muscles et des insertions ténopériostées dont l'innervation dépend de la racine atteinte (fig. 11 et 12).
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Fig.
12 : Syndrome cellulo-myalgique S1. Cellulalgie (en hachures fines). Faisceaux musculaires indurés
et sensibles : grand fessier, partie inférieure du biceps crural et jumeau
externe).
a)
Dans
le dermatome
correspondant, la manoeuvre du pincé-roulé pourra mettre en évidence certaines
zones plus ou moins étendues allant de la taille d'une pièce de monnaie à
celle d'une paume de main qui sont le siège d'une (« cellulalgie » où
le pli est épaissi. Elles sont très sensibles à la manoeuvre du pincé-roulé
(à comparer avec les zones voisines et symétriques). Nous venons de les évoquer
à propos de la branche postérieure du nerf rachidien. On peut les trouver
simultanément ou indépendamment sur une partie du dermatome de la racine antérieure.
Elles peuvent entretenir des douleurs rebelles (certains cas de sciatiques
prolongées) et être source d'erreur de diagnostic (paroi abdominale).
b)
Dans le myotome correspondant, plus exactement dans des parties de
certains muscles de ce myotome, la palpation pourra révéler l'existence de
faisceaux durs, très sensibles à la pression, de taille variable, de celle
d'une aiguille à celle d'un cigare, en passant par celle d'une olive. Là aussi,
ces zones myalgiques dures sont assez étonnantes dans une atteinte radiculaire
où l'on trouve généralement le muscle mou, hypotonique ou présentant une diminution
de force.
Elles
peuvent aussi entretenir des douleurs rebelles (cruralgies, sciatiques). Elles
siègent presque toujours dans le même muscle pour une même racine et dans
la même partie de ce muscle (partie externe du jumeau externe, droit antérieur,
partie inférieure du court biceps, etc.)
Leur
traitement est d'abord la correction du dérangement responsable, ensuite l'étirement
de muscle (comme pour une crampe) et l'infiltration anesthésique au point
le plus douloureux du muscle.
c)
Dans le sclérotome
correspondant, on pourra trouver une vive sensibilité de certains points d'insertion
tendineux ; ce peut être une pseudotendinite du sus-épineux (pour la racine
C5) ou du biceps (pour la racine C6), ou certaines épicondylites (pour C6
ou C7), ou certaines douleurs trochantériennes dans les sciatiques L5. Dans
certaines sciatiques, existent des douleurs du biceps et même une véritable
périarthrite tibio péronière.
Ces
zones douloureuses et surtout celles des plans cutanés et des muscles sont,
assez curieusement, souvent ignorées du patient bien qu'elles soient responsables
de douleurs rebelles qui perpétuent la crise de radiculalgie alors que la
cause qui lui a donné naissance s'est éteinte.
Mais
on peut les rencontrer dans des cas où la douleur radiculaire n'a jamais été
ressentie. C'est que la souffrance radiculaire a été minime, au dessous d'un
certain seuil, mais les troubles neurotrophiques sont présents. Dans ces cas,
la correction du Dérangement Intervertébral supprimera d'une manière parfois
spectaculaire ces phénomènes et les douleurs qui leur sont liées, par exemple,
soulagement instantané d'une epicondylite d'origine cervicale. Il faudra parfois
associer au traitement vertébral un traitement local (postures étirées du
muscle, massages des plans cutanés, infiltrations du point algique).
Lorsque
nous trouvons les signes locaux ou régionaux d'un dérangement intervertébral
mineur, il faut donc examiner systématiquement les territoires cutanés, musculaires
et téno-périostés qui dépendent de cet étage dans le territoire de la branche
antérieure.
Tels
sont les petits signes qui vont traduire la souffrance d'un étage vertébral.
Ils nous permettront d'affirmer sa responsabilité alors que les radiographies
ou l'examen classiquement conduit s'avéreraient négatifs. Mais il ne fait
qu'attirer l'attention sur cet étage précis qui devra être expertisé radiologiquement.
Ces données devront être reportées dans le cadre de l'examen général. C'est
seulement sur cet ensemble qu'on sera en droit de porter le diagnostic de
« Dérangement Intervertébral Mineur » dans le traitement duquel la manipulation
pourra être envisagée si les critères d' application en montrent la possibilité.
C'est sur leur diminution et leur disparition parfois instantanée après une
manipulation que l'on jugera du résultat favorable, complet ou incomplet,
des manoeuvres.
III)
Que penser de la notion de restriction de mobilité ?
A
aucun moment nous n'avons envisagé dans le diagnostic du dérangement intervertébral
mineur la « restriction de mobilité » qui est, on le sait, pour les Ostéopathes,
pour Mennel et pour Lewitt, la justification essentielle du traitement manipulatif.
Rappelons
qu'il s'agit d'apprécier par la seule palpation une modification du jeu intervertébral
portant sur un seul segment ; le segment atteint présentant par rapport aux
autres un moindre rapprochement ou écartement des épineuses, ou une sensation
de résistance élastique en fin de rotation. On imagine la subtilité d'un tel
examen et sa subjectivité !
Il
ne nous parait pas sérieux de tenir cette donnée de restriction de mobilité
comme la justification essentielle de la manipulation et cet examen pour la
base du traitement manuel.
Mais
surtout l'examen qui prétend reconnaître et analyser de tels micromouvements
est une illusion : la palpation ne peut permettre d'apprécier des modifications
de jeu interépineux aussi subtiles à travers la peau et les plans sous cutanés
et à plus forte raison les modifications du jeu de rotation sur la palpation
du mouvement des apophyses transverses profondément enfoncées sous les muscles
!
On
peut sans risque défier quiconque de reconnaître par cet examen l'existence
d'un bloc vertébral congénital cervical, dorsal ou lombaire par exemple. C'est
pourtant un cas où la « restriction » de mobilité est totale et indiscutable
!
Selon
la théorie défendue par les Ostéopathes ou par Lewitt, il faudrait restaurer
par la manipulation cette mobilité perdue en insistant selon le sens restreint
(un peu comme on le ferait pour une porte qui ouvre mal). Or, il suffit de
prendre une exemple pour comprendre la fausseté d'un tel raisonnement.
Prenons
donc le cas d'un lumbago dû à un blocage discal postérieur entre L4 et L5.
La mobilité du segment sera à peu près normale en flexion ; mais elle sera
très diminuée en extension. C'est un beau cas de « restriction de mobilité
» en extension. Il faudrait donc pour « restaurer » la mobilité restreinte,
forcer le mouvement en extension, ce qui est évidemment aberrant : c'est exactement
l'inverse que l'on fera pour soulager ce patient.
En
réalité, ceux qui prétendent être capables de détecter ces « restrictions
de mobilité », s'illusionnent sur ce qu'ils perçoivent. Comme nous l'avons
exposé, il existe autour du segment dérangé des réactions tissulaires trophiques
ou réflexes. Ce sont, d'une part, ces modifications et, d'autre part la réaction
des muscles aux petits mouvements passifs faits lors de l'examen qui sont
perçus par l'opérateur entraîné. Il les interprète à tort comme un moindre
mouvement intervertébral. Au plus, la palpation peut permettre un repérage
des zones où il y a disfonctionnement, sans pour autant révéler la cause de
celui-ci, ni sa nature exacte, ni être d'une aide sérieuse dans la détermination
du mouvement thérapeutique.
Conclusion
En
matière de traitements manuels, ne peuvent nous intéresser que les dérangements
intervertébraux qui sont suffisants pour être générateurs de troubles ou de
douleurs locales, régionales ou radiculaires, mais qui ne sont cependant pas
trop importants car ils doivent être réversibles et accessibles à notre thérapeutique.
Le
Signe le plus fidèle d'un tel dérangement est la douleur que l'on peut provoquer
localement on à distance en sollicitant le segment responsable. On cherche
ainsi à augmenter légèrement le dérangement (par le mouvement localisé, la
pression latérale sur une épineuse, etc.) C'est ce que nous avons ressayé
de montrer dans ce rapport.
La
positivité de ces manoeuvres met en évidence la souffrance de certaines structures
sensibles du segment mobile ; sinon il n'y aurait pas de symptômes provoqués.
L'examen qui va solliciter ce segment en forçant son mouvement dans les différentes
directions va aussi permettre d'analyser la direction qui augmente le dérangement
et de choisir pour le traitement celle qui le diminue, c'est à dire le sens
de la non-douleur opposé à celui qui fait mal. Mais cet examen serait incomplet
si l'on ne faisait le bilan des signes d'irritation radiculaire du même étage
y compris ceux de la branche postérieure.
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