| Annales de Médecine Physique 1981;24 Pubalgies,
pseudo-tendinites des adducteurs R Maigne
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Nous avons décrit une forme particulière de lombalgies basses : la lombalgie d'origine dorso-lombaire (1). Il s'agit d'une lombalgie à expression basse, mais qui trouve son origine au niveau D11-D12 ou D12-L1. Elle est due à la souffrance des articulations postérieures, et des branches postérieures des nerfs rachidiens correspondants. Ces derniers innervent les plans cutanés de la fosse lombaire, de la région fessière supérieure et de la région sacro-iliaque. Elle simule parfaitement la lombalgie discale. Nous ne reviendrons pas sur les signes de cette lombalgie qui ont été récemment repris dans cette même revue (2).
Nous avons aussi
montré que cette lombalgie est fréquemment associée à
des douleurs simulant des douleurs gynécologiques, intestinales ou
urogénitales. Celles-ci siègent du même côté
que la lombalgie. Elles sont la conséquence de l'irritation de la branche
antérieure des mêmes 11e, 12e nerfs rachidiens
dorsaux ou du 1er lombaire, c'est dire qu'elles occupent le territoire
cutané du nerf abdomino-génital. Le signe clinique essentiel
est la douleur des plans cutanés du dermatome à la manœuvre
du « pincé roulé » : ceux-ci sont épaissis
et surtout très sensibles au malaxage que provoque cette manoeuvre.
Le résultat de l'examen est à comparer avec le côté
opposé. Il est rare, mais cela existe, qu'il y ait atteinte bilatérale
(3). A ces deux éléments : douleurs lombaires et douleurs pseudo-viscérales,
il nous faut ajouter un autre élément à ce syndrome d'irritation
des nerfs de la charnière dorso-lombaire, c'est la fréquente
sensibilité de l'hémipubis du même côté.
Fig.
1 : Trajet schématique de l'innervation cutanée du
nerf abdomino-génital (D12, L1) et du rameau pubien.
I)
Examen lombaire
1° Recherche de la sensibilité à la pression latérale sur l'épineuse . la pression est faite tangentiellement à la peau, avec la pulpe du pouce de droite à gauche, puis de gauche à droite, sur les épineuses de D10 à L2. On trouvera une vive sensibilité dans un seul sens en général sur D12 ou L1 ;
Fig.
2 : Examen de la région dorsolombaire. Noter la position du
patient (position d'examen de l'auteur) : à gauche manœuvre de
pression latérale sur les épineuses, à droite manœuvre
de pression friction sur les articulaires interapophysaires.
II)
Examen abdominal
On trouvera au « pincé-roulé » une zone de sensibilité plus ou moins étendue au niveau de l'aine, et d'une manière constante sur la partie supérieure de la face interne de la cuisse (ce territoire n'est pas toujours attribué à D12 et à L1 dans les traités classiques) (Fig. 3 et 4).
Fig.
3 : Examen par le « pincé-roulé
» de la partie supéro-interne de la cuisse. Cette manœuvre
est pratiquement toujours douloureuse du côté de l'irritation
chronique de la branche antérieure des nerfs rachidiens Dl 2 ou L1,
même s'il n'y a pas douleur spontanée.
Fig.
4 : Le « pincé-roulé » de la peau abdominale
inférieure, de l'aine, de la peau prépubienne est très
douloureux. Cette « cellulalgie » peut être responsable
de douleurs trompeuses pseudo-viscérales.
Obs. n°1:
A.C., 25 ans : Pratique le judo, et depuis quatre mois
souffre d'une hémi-pubalgie et de douleurs des tendons adducteurs droits.
Il a Présenté aussi des épisodes de lombalgie droite.A
l'examen : tableau de lombalgie d'origine dorsale, vive sensibilité
de l'hémipubis et, au « pincé roulé » de
la partie supérieure de la face interne de la cuisse. Au niveau dorsal
l'examen révèle la sensibilité de l'étage D12-L1
; les radios sont normales.Dès la première manipulation lombaire
centrée sur la charnière dorsolombaire : disparition de la sensibilité
spontanée du pubis. Elle persiste, diminuée, à 1'examen.
Après trois traitements retour à l'état normal.
Obs. n°2
: J.P., 28 ans : Joueur professionnel de football souffre
depuis un an, et surtout depuis 6 mois de douleurs au niveau de l'insertion
des adducteurs droits. Il a dû arrêter de jouer il y a 4 mois.
Le repos atténue, mais ne module guère la situation. Il a eu
de nombreuses infiltrations et du traitements physiothérapiques sans
succès.L'examen révèle une hémipubalgie, et un
pincé-roulé de l'aine et de la partie supero-interne de la cuisse
douloureux. Cette manoeuvre est également sensible au niveau de la
peau de la partie supérieure de la fesse du même côté.
Il y a bien quelques lombalgies, mais elles passent ici au deuxième
plan.L'examen segmentaire vertébral révèle une souffrance
D12-L1, avec des radios normales. Trois manipulations vont soulager cette
souffrance mécanique mineure du rachis, et font en même temps
disparaître la douleur supposée due aux adducteurs.On l'autorise
à reprendre 15 jours après le soulagement, ce qu'il fait sans
problème ultérieur.
Obs. n°
3: H.C., 23 ans : Danseuse professionnelle, souffre des
adducteurs gauches depuis plusieurs mois, et a dû interrompre entraînement
et spectacles depuis 2 mois. On trouve les mêmes signes que clans l'observation
précédente.On obtient le même bon résultat en quatre
manipulations associées à une infiltration articulaire postérieure
de D12, L1 gauche qui était très sensible à l'examen.
A noter que dès la première le soulagement était très
net.
Douleurs d'insertion des grands droits
III) Discussion pathogénique
Dans les sports, tels que danse, judo, football, il y a une très forte sollicitation de la charnière dorso-lombaire par les mouvements de torsion du tronc, d'autant que ceux-ci s'effectuent le plus souvent en lordose. La colonne lombaire a, on le sait, une possibilité de rotation très faible en position neutre, mais celle-ci est inexistante en lordose. Ceci est dû à l'orientation sagittale des articulations interapophysaires. Par contre, les vertèbres dorsales sont très mobiles en rotation. Le gril costal limite le mouvement, mais pas pour les deux derniers segments dorsaux où s'attachent les fausses côtes. Cette zone charnière dorsolombaire, est donc soumise à des stress considérables dans les mouvements de rotation forcée du tronc, particulièrement en lordose. Cela explique la fréquence avec laquelle l'examen systématique du rachis de ces patients révèle une sensibilité de l'un des derniers segments dorsaux. Le plus souvent ces sensibilités segmentaires sont passagères et sans conséquence, mais parfois deviennent chroniques, constituant ce que nous appelions un « dérangement intervertébral mineur » ; celui-ci peut provoquer une certaine irritation du nerf rachidien correspondant qui se traduira exceptionnellement par une douleur névralgique, mais plus généralement comme nous l'avons signalé, par des manifestations neurotrophiques « celluloténomyalgiques » dans son territoire d'innervation. A ces manifestations que nous ne décrirons pas en détail, car elles ont fait l'objet de publications dans cette revue, il faut ajouter la fréquente sensibilité du périoste innervé par le même nerf.
IV) Traitement
Institut National de Réadaptation (St-Maurice 94). Centre de Rééducation de l'Hôtel-Dieu (Paris).
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