| Cahiers de Rééducation et Réadaptation
Fonctionnelle Les
manipulations vertébrales dans le traitement R Maigne
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Résumé : la manipulation est un traitement intéressant dans les névralgies cervico-brachiales. Elle s'adresse surtout aux formes d'intensité moyenne. La sélection des cas susceptibles d'être manipulés est faite en fonction de certains critères qui sont exposés. Mais l'action favorable des manipulations cervicales s'étend à certains syndromes d'irritation radiculaire décrits ici sous le nom de « Syndrome cellulo-tendino-myalgique » et qui comporte, dans le territoire d'innervation de la racine concernée :
L'Auteur attire aussi l'attention sur la présence quasi constante dans les N.C.B. d'un point dorsal douloureux très précis para D5 ou D6, véritable « Point cervical du dos ». Il le retrouve dans les dorsalgies communes de l'adulte dont il affirme l'origine cervicale habituelle. Il souligne enfin les liens qui peuvent exister entre certains syndromes du canal carpien et le rachis cervical.
GENERALITES SUR LES TRAITEMENTS PAR MANIPULATIONS
1) Comment se pratique une manipulation ?
Imaginons un patient allongé
sur le dos. Le médecin lui tient la tête entre deux mains. C'est
la mise en position. Le médecin imprime au cou une rotation vers la droite,
jusqu'à ce qu'il ait l'impression d'être arrivé au bout
du mouvement possible. Il insiste légèrement : c'est la mise en
tension. Si à partir de ce point, il revient à son point de départ
et recommence plusieurs fois, nous disons qu'il a fait une série de mobilisations
en rotation droite.
Mais si, ayant mis en tension, il imprime brusquement d'un petit coup sec et
très bref du poignet gauche, un léger mouvement de rotation supplémentaire,
il a alors l'impression qu'une résistance a cédé et que
la colonne a exécuté quelques degrés de mouvement en plus.
Cela s'accompagne d'un bruit de craquement caractéristique. Ce mouvement
forcé, bref, unique, exécuté à partir de la mise
en tension, c'est la manipulation (fig. 1).

Fig. 1 : On peut schématiser
les degrés des mouvements d'un système articulaire de la manière
suivante : 1) Mouvement actif, volontaire, qui a une amplitude (V). 2) Mouvement
passif, non volontaire, qui a une amplitude un peu plus grande que V et qui
sera V + P (c'est la mobilisation). 3) Et enfin la manipulation, mouvement forcé
qui va au-delà du jeu physiologique, sans dépasser le jeu anatomique
(M). 4) Si ce jeu anatomique est dépassé, c'est la luxation (L).
La manipulation doit toujours être effectuée à partir de
la mise en tension. Ce doit être un tout petit mouvement. Un grand mouvement
lancé est violent, non mesurable, douloureux et dangereux.
La manipulation est donc une mobilisation
forcée, qui porte les éléments de l'articulation au-delà
de leur jeu volontaire et habituel, sans bien entendu, dépasser les limites
anatomiquement possibles de l'articulation.
C'est dire que ce mouvement doit être parfaitement contrôlé
par l'opérateur et demande, pour être bien exécuté,
une certaine expérience. La manipulation doit être complètement
indolore. Elle peut être exécutée à tous les étages
du rachis par un opérateur entraîné sur un patient normal,
sans qu'aucun de ces mouvements forcés ne soit douloureux ou désagréable.
Le bruit de craquement qui accompagne la manipulation n'est que le témoignage
de la brusque séparation des surfaces articulaires ; il est de même
nature que celui obtenu par une brusque traction exercée sur les doigts
; il ne signifie nullement que quelque chose a été remis en place.
Il est possible de faire craquer tous les segments vertébraux d'un sujet
dont la colonne est absolument normale. Ce bruit est dû, comme l'ont montré
UNWORTH et coll., au phénomène de cavitation qui se produit dans
le liquide synovial, lors de la séparation brusque des surfaces articulaires.
2) Règle d'application des manipulations
Les manipulations ne doivent pas
être des mouvements forcés, exécutés systématiquement
sur un segment vertébral, quel que soit l'aspect du cas clinique considéré
; il est par exemple tout à fait illogique de traiter toutes les lombalgies
aiguës ou chroniques ou toutes les sciatiques par deux ou trois manœuvres
standard répétées systématiquement, à droite
puis à gauche, quelles que soient les particularités propres à
chaque cas comme cela se fait trop souvent. Chaque cas réclame une manœuvre
particulière, qui doit être rigoureusement adaptée.
L'expérience nous a montré que si on forçait un mouvement
rachidien douloureux, cela apportait quelquefois une amélioration au
prix d'une vive douleur pour le malade, mais que bien souvent on aggravait les
choses. Cela est logique : si un mouvement est douloureux ou bloqué,
c'est qu'il est limité par un conflit ; vouloir forcer ce conflit va
peut-être permettre de le vaincre, de « briser des adhérences
», comme il est souvent dit, mais va l'irriter et l'aggraver.
Au contraire, des années
d'expérience nous ont prouvé que lorsqu'un mouvement de la colonne
vertébrale est limité, par exemple dans sa rotation gauche, alors
qu'il est libre en rotation droite, ce n'est pas en forçant cette rotation
gauche que l'on va l'améliorer, mais au contraire en faisant un mouvement
de rotation droite forcé.
Ainsi un malade qui présente un torticolis traumatique qui l'empêche
de tourner la tête à droite et qui tourne librement le cou à
gauche ne sera pas soulagé par une rotation forcée du cou à
droite, même sous traction, mais bien par une rotation forcée du
cou à gauche. Ce point est extrêmement important car cette manière
de procéder permet d'agir toujours sans douleur pour le malade et la
pratique quotidienne montre que ce mode d'action est tout à fait physiologique
puisqu'il apporte régulièrement une libération du mouvement
bloqué.
Nous avons appelé cette règle de conduite la « Règle
de la non-douleur et du mouvement contraire ». Elle consiste donc à
faire la manipulation dans le sens opposé à celui qui est douloureux
et limité, à condition bien entendu qu'il soit lui-même
libre et indolore.
Mais comme il est rare qu'une seule orientation de mouvement soit bloquée,
les mouvements vertébraux étant liés, la manipulation devra
être faite selon chacune des orientations libres, soit successivement,
soit avec des techniques multidirectionnelles.
3) Testing prémanipulatif
Une fois le diagnostic acquis et l'indication d'un traitement par manipulations posé, il faut procéder à un « testing prémanipulatif », destiné à analyser les mouvements libres d'une part, et douloureux ou bloqués d'autre part.
On teste successivement :
- rotation droite,
- rotation gauche,
- latéroflexion droite,
- latéroflexion gauche,
- extension,
- flexion.
Cette analyse correcte n'est pas
toujours facile, surtout si on veut la rapporter exactement au joint que l'on
désire traiter. Si généralement la limitation est évidente,
elle est parfois discrète et demande à être recherchée
avec soin : les techniques de manipulations indirectes montrent là tout
leur avantage, car il est possible de les exécuter incomplètement.
Il suffit d'aller jusqu'à la mise en tension pour noter avec précision
quelles sont les directions où cette manœuvre est limitée
ou douloureuse. On les pratique selon les six directions citées plus
haut.
Pour rendre clairs les résultats de cet examen, nous figurons les six
mouvements du rachis par une étoile à six branches. Les résultats
du testing sont notés en mettant 1, 2 ou 3 barres sur la branche correspondante,
selon le degré de la limitation ou de la douleur. Dans l'exemple choisi,
nous avons : très forte limitation en rotation gauche : 3 barres, forte
limitation en latéroflexion gauche : 2 barres, légère limitation
à la flexion : 1 barre (fig. 2).
Fig. 2
Les manœuvres à faire
seront en rotation droite, latéroflexion droite et en extension.
Si dans un cas, tous les mouvements sont limités ou douloureux, il n'y
a pas d'application possible de la Règle de la non-douleur et du mouvement
contraire et on ne doit pas manipuler. C'est
dire que dans le cas des névralgies cervico-brachiales hyperalgiques,
la manipulation ne peut être utilisée puisque dans ces cas, les
six orientations sont généralement douloureuses. L'indication
de la manipulation devient raisonnable lorsque trois orientations sont libres
sur le schéma en étoile.

Fig. 3 : Traitement manipulatif d'une névralgie
cervico-brachiale droite Le patient présente une N.C.B. droite C8. Le
testing prémani-pulatif donne : — latéroflexion droite très
limitée et douloureuse, — rotation droite limitée et douloureuse,
— extension limitée et douloureuse. Le patient sera d'abord mobilisé
en rotation gauche, puis latéroflexion gauche, puis en flexion (fig.
4) une série de 8 à 10 mouvements de chaque orientation sera exécutée,
puis on fera : 1° une manipulation en flexion, 2° une manipulation en
rotation gauche (fig. 5), 3° une manipulation en latéroflexion gauche
(fig. 6).
NEVRALGIES CERVICO-BRACHIALES
ET MANIPULATIONS
Bien que les N.C.B. ne constituent pas la meilleure indication des manipulations, dans bien des cas, celles-ci peuvent rendre service en apportant un soulagement rapide au patient.
1) Sélection des cas à manipuler
Le premier temps de la sélection
est le diagnostic. Il est évident que le traitement par manipulations
ne peut être envisagé que si l'on est sûr d'être en
présence d'une N.C.B. de nature bénigne, et dont on a retenu l'origine
mécanique.
Un deuxième temps sera l'élimination des cas où la manipulation
pourrait présenter un risque : rachis porotique, mauvais état
vasculaire, malformation de la charnière cervico-occipitale, «
tests de postures » défavorables, etc.
Le troisième temps sera technique : il faut que la « Règle
de la non-douleur » puisse être appliquée.
Il faut enfin que la manipulation soit réalisable. Il est en effet des
cas où le dernier temps de la manipulation, bien que non douloureux,
ne permette pas la détente rapide souhaitable.
En pratique, l'indication la meilleure pour les N.C.B. est la N.C.B. subaiguë,
tout particulièrement la N.C.B. subaiguë traînante. Certains
cas aigus peuvent cependant être soulagés d'une manière
spectaculaire, le traitement manipulatif n'étant appliqué que
si trois orientations sont libres, et si les mobilisations donnent au patient
l'impression d'une détente, d'un soulagement.
Dans les formes hyperalgiques, où aucun mouvement du cou n'est libre,
il ne faut pas manipuler. C'est l'immobilisation du cou dans un collier rigide,
voire dans une minerve, qui est la solution de choix. Les anti-inflammatoires,
les ganglioplégiques donnent souvent d'excellents résultats, et
parfois l'infiltration stellaire. Dans quelques cas cependant, elles pourront
rendre service : on n'utilisera que les manœuvres de détente et
on effectuera très doucement des manœuvres de mobilisation selon
des orientations très étudiées s'il y a des mouvements
restés libres.
2) L'examen prémanipulatif du cou
Les mouvements sont étudiés
avec soin en position assise d'abord, puis en position allongée tête
en dehors de la table en position de relâchement maximum. Le résultat
de cet examen est reporté sur le schéma en étoile.
Le test de traction manuelle : le patient étant allongé sur le
dos, le médecin empaume menton et occiput, maintient cette traction 1
minute environ, et demande au patient si cette manœuvre le soulage de sa
douleur de bras ou d'épaule. Il va sans dire que si la manœuvre
produit une exacerbation, il faudra éviter toute traction manuelle ou
mécanique (fig. 7).
Recherche de l'étage atteint : il peut être connu par la topographie
de la douleur si elle atteint les doigts. Sinon, on le retrouvera en recherchant
les signes de « dérangement intervertébral mineur »,
et notamment la très vive sensibilité à la palpation, du
massif articulaire postérieur au niveau de l'étage atteint ; ce
signe recherché, le patient étant allongé sur le dos, est
d'une grande constance dans tous les dérangements intervertébraux
mineurs, que la cause en soit discale ou non. On pourra aussi rechercher le
point sonnette antérieur (Maigne) (fig. 10). On appuie légèrement
au niveau de la partie antéro-latérale et inférieure du
cou, étage par étage, avec le pouce maintenu horizontal. Au niveau
de l'étage responsable, la racine est très sensible à son
émergence et la pression légère reproduit la douleur traçante
habituelle.
On ne manquera pas d'examiner le dos où l'on trouvera presque toujours
le « Point interscapulo-vertébral para-D6 » que nous avons
décrit et qui est un véritable « Point cervical du dos ».
3) La séance de traitement
Elle commence toujours par l'examen
attentif des mouvements possibles et de ceux qui ne le sont pas. Le résultat
est reporté sur le schéma en étoile. On procède
lentement à quelques mobilisations dans chacun des sens non-douloureux,
puis on pratique deux ou trois manipulations, l'une à dominante de rotation,
l'autre à dominante de latéro-flexion et la troisième combinée
à la flexion ou à l'extension selon celle de ces orientations
qui est libre. Entre chaque mobilisation et après chaque manipulation
on pratique un nouveau testing.
Un soulagement est fréquent dès la première séance.
Mais, dans un cas sur trois environ, le patient peut avoir après la première
séance une réaction plus ou moins désagréable dans
la nuit suivante. Il faut le prévenir de cette éventualité
qui ne change rien au bon résultat possible. Cette réaction dure
6 à 8 h, parfois un peu plus. Elle est généralement modérée,
mais elle peut être vive. Dès qu'elle est terminée, l'amélioration
apparaît, souvent très nette.
Il est parfois des réactions plus durables. Elles sont très rares
si toutes les précautions pré-manipulatives ont été
prises, et si les manœuvres ont été bien faites. Il peut
s'agir d'un cas où l'élément inflammatoire était
trop important. Mais il s'agit le plus souvent ou d'une imprudence du patient
qui, très soulagé après la manipulation s'est livré
à des exercices qu'il n'aurait pas pu faire la veille, ou qui a pris
une mauvaise position la nuit suivant le traitement, ce qui amplifie et allonge
la réaction normale. II est toujours bon de conseiller au patient le
port d'un collier cervical — ce qui est un excellent traitement complémentaire
des N.C.B. — tout au moins pendant les 48 h qui suivent la manipulation.
On fera ainsi de deux à cinq séances ; mais on ne poursuivra pas
au-delà de trois si aucun progrès n'a été marqué.
4) Résultats
Ainsi comprise, la manipulation
rend des services certains. Les cas où elle peut être utilisée,
si on suit nos directives, représentent environ les 2/3 des cas totaux
de névralgies cervico-brachiales aiguës communes. Dans les cas retenus,
les bons résultats sont de l'ordre de 70 p. 100 en une à cinq
séances. Mais près de la moitié de ces patients sont franchement
soulagés dès la première séance de traitement.
Ajoutons que la manipulation a un intérêt particulier dans le traitement
des séquelles ou des algies cervico-brachiales traînantes. C'est
le cas lorsqu'existe un élément du « Syndrome cellulo-tendino-myalgique
» (Maigne).
LE SYNDROME CELLULO-TENDINO-MYALGIQUE DES N.C.B.
Les signes classiques de souffrance radiculaire sont :
Mais si l'on examine systématiquement les plans cutanés par la manœuvre du palpé-roulé, si l'on pratique systématiquement les testings musculaires, en palpant muscles et tendons ainsi sollicités, on retrouve souvent dans de tels cas ce que nous avons appelé « le Syndrome cellulo-ténomyalgique » des algies radiculaires. II consiste en :
Dans
de nombreux cas de névralgies cervico-brachiales, on va retrouver un
ou plusieurs de ces éléments : « bande cellulalgique »,
« sensibilité d'un faisceau musculaire induré » ou
d'un tendon ; chacun peut être responsable de douleurs rebelles, augmenter
ou perpétuer la douleur radiculaire. Mais aussi, ils peuvent provoquer
des douleurs d'épaule, de coude ou de poignet, différentes de
la douleur radiculaire primitive.
On peut donc se trouver en présence (fig. 8) :
1° De douleurs d'épaule
Elles se présentent à
l'examen comme des douleurs tendineuses. L'exploration analytique contre résistance
statique de chacun des muscles de l'épaule révélera ainsi
une souffrance soit du sous-épineux, soit du sus-épineux, soit
du sous-scapulaire ou du biceps, que la palpation simultanée du muscle
mettra encore mieux en évidence.
Dans certains cas, la manipulation cervicale fera disparaître instantanément
la souffrance de l'étage cervical révélée par la
palpation du massif articulaire postérieur du même côté,
la douleur d'épaule spontanée et celle contre résistance.
Certaines épaules aux mouvements limités (sus et sous-épineux
surtout) sont parfois libérées instantanément.
Généralement, trois ou quatre séances seront nécessaires,
mais le résultat sera obtenu sans autre aide thérapeutique.
2° De douleurs de coude
Il s'agit d'épicondylalgies
le plus souvent, d'épitrochléites plus rarement. S'il s'agit d'une
épicondylite, c'est l'étage C5-C6 ou C6-C7 qui est concerné.
S'il s'agit d'une épitrochléite, c'est l'étage C7-D1 que
l'on trouvera sensible, du même côté.
Sans nous étendre sur cette question, disons que nous considérons
que 60 p. 100 des épicondylites sont d'origine cervicale. La moitié
de celles-ci va être soulagée en une à quatre séances
de manipulations purement cervicales. L'autre moitié sera nettement améliorée
par ce traitement cervical mais nécessitera pour obtenir un soulagement
complet un traitement local, qui sera soit manuel (mobilisation latérale
du coude, s'il y a un certain degré de périarthrite associé),
soit dans quelques cas, l'infiltration de corticoïdes au niveau du tendon
douloureux, ou mieux en injection intra-articulaire si la périarthrite
du coude est trop marquée. Elle se manifeste par la disparition des mouvements
de ballottement latéral du coude à l'examen.
3° De douleurs du poignet
Il arrive qu'une douleur de la styloïde radiale accompagne l'irritation radiculaire C6 et disparaisse dès la manipulation réussie de l'étage correspondant.
Ces manifestations peuvent se rencontrer
au cours de N.C.B. aiguës et surtout comme séquelle de N.C.B. plus
ou moins sévères.
Elles peuvent aussi exister après une phase discrète, vite oubliée
d'algie cervico-brachiale. Mais surtout, on peut les rencontrer chez des patients
n'ayant jamais eu de crise cervico-brachiale. Il faut cependant penser à
leur origine cervicale possible, si à l'examen on retrouve une vive sensibilité
de l'étage cervical correspondant du même côté (par
palpation du massif articulaire postérieur).
Le traitement cervical — toute précaution étant prise —
pourra alors soulager spectaculairement le patient.
Fig.
8 : Syndrome cellulo-tendino-myalgique de l'irritation de la racine
C6
- Cordons myalgiques sus et surtout sous-épineux, biceps parfois.
- Cellulalgie : CP, liée à l'irritation de la branche postérieure
de C6 ; CA, liée à l'irritation de la branche antérieure.
- Douleur ténopériostée : sus-épineux (insertion
humérale), biceps (longue portion), styloïde radiale.
RACHIS CERVICAL ET DOULEUR INTERSCAPULAIRE
1) La douleur dorsale des N.C.B.
Nous avons attiré l'attention
sur le fait que dans la quasi-totalité des N.C.B., l'examen attentif
va mettre en évidence l'existence d'un point électif, très
sensible à la pression situé au niveau de D5 ou D6 du même
côté que la radiculalgie : c'est le « point interscapulo-vertébral
», véritable « point cervical du dos » (MAIGNE). Ce
point très sensible à la pression peut être inconnu du patient,
mais bien souvent, une douleur dorsale aura précédé de
quelques jours la douleur radiculaire, et aura été très
aiguë, transfixiante. Elle pourra disparaître ou s'atténuer
avec l'apparition de la douleur du bras, mais aussi l'accompagner ou lui survivre.
Dans certains cas, elle va persister très gênante. Il est intéressant
de noter que la pression sur ce point para-D6 très localisé, très
précis, toujours constant dans sa topographie quelque soit l'étage
cervical atteint (C5-C6, C6-C7, C7-D1) reproduit exactement ou exagère
la douleur dorsale du patient même si celui-ci croit la ressentir plus
bas, plus haut ou plus latéralement ; parfois même elle reproduit
l'irradiation brachiale.
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| Fig. 9 : Le « point interscapulo-vertébral » ou « point cervical du dos » (MAIGNE) La pression sur ce point reproduit la douleur dorsale habituelle même si le patient la ressent plus externe, plus diffuse. C'est un point très particulier, véritable « point cervical du dos », car il est presque toujours le reflet d'une souffrance cervicale basse, comme permet généralement de le montrer la manœuvre du « Point sonnette antérieur » | Fig. 10 : le point sonnette antérieur. Une pression modérée est exercée étage par étage à la partie antéro-latérale et intérieure du rachis cervical. A un certain niveau, elle déclenche la dorsalgie habituelle du patient. |
Dans 70 p. 100 des cas, comme nous
l'avons montré, une pression faite doucement avec le pouce sur la région
antéro-latérale du cou au niveau de l'étage concerné
reproduit la douleur dorsale habituelle, signant son origine cervicale, sans
que l'on puisse affirmer sur quelle structure s'exerce la pression (fig. 10).
Mais notre impression est qu'il s'agit le plus souvent du disque.
Chose plus intéressante, la manipulation strictement cervicale élective
faite sur l'étage sensible peut faire disparaître instantanément
et complète-ment la douleur dorsale spontanée et « le point
interscapulaire » qu'on ne retrouve plus à la palpation. Dans des
cas anciens, on peut noter l'existence d'une zone de cellulalgie parfois très
épaisse, occupant un triangle à base externe dont le sommet est
le point interscapulaire. La manœuvre du pince-roulé est vivement
sensible dans ce territoire alors qu'elle est insensible du côté
opposé.
Véritable contre-épreuve : une complication bégne mais
fréquente des manipulations cervicales mal faites, est précisément
le déclenchement d'une douleur dorsale interscapulaire présentant
exacte-ment les mêmes caractères.
2) La dorsalgie commune de l'adulte. Son origine cervicale fréquente
Il est intéressant de noter
que ce P.I.S. (Point interscapulo-vertébral) se rencontre d'une manière
quasi-constante dans les dorsalgies de l'adulte, et notamment dans celles dites
de la jeune femme, avec les mêmes signes d'examen. Nous pensons donc que
la quasi-totalité des douleurs dorsales communes sont l'expression d'une
souffrance cervicale, même lorsque celle-ci ne se traduit par aucune douleur
cervicale et par aucune douleur cervico-brachiale. Cependant l'examen attentif
met toujours en évidence la particulière sensibilité d'un
étage cervical inférieur au niveau du massif articulaire postérieur
C5-C6 ou C7-D1 du même côté que le P.I.S. palpé sur
le patient en décubitus dorsal. Si cette sensibilité disparaît
après traitement cervical, aussitôt disparaît le P.I.S. A
l'inverse, toute manœuvre qui augmente la sensibilité articulaire
postérieure, augmente la dorsalgie.
L'examen radiologique peut montrer un cou normal, un disque aminci, une arthrose
banale. Cela n'a guère d'importance pour le traitement ; ce qui est important,
c'est de ne pas méconnaître une origine cervicale maligne. Nous
avons vu de telles dorsalgies avec point interscapulo-vertébral typique,
isolées pour un temps, être le premier témoin d'une métastase
cervicale ou d'une tumeur cervicale.
Dans les cas habituels et bénins, le traitement le plus efficace de ces
dorsalgies est la manipulation cervicale lorsqu'elle est techniquement possible.
3) Nature du point inter scapulo-vertébral para D6
Ce point interscapulaire correspond, comme nous l'avons montré, à l'émergence superficielle de la branche postérieure de D2, et le territoire cellulitique répond exactement au territoire cutané de ce nerf. L'infiltration de la branche postérieure de D2, lorsqu'elle contourne le massif articulaire D2-D3, supprime aussitôt la douleur spontanée et le point interscapulaire para-D6 et rend complètement insensible la zone cellulalgique au pince-roulé (fig. 11 et 12).
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| Fig. 11 : Les nerfs superficiels du plan dorsal. Noter que la branche postérieure de D2 est plus grosse et a un territoire plus étendu que ses voisines, ce que nous avons pu vérifier sur de nombreuses dissections. | Fig.
12 : La branche postérieure du 2e nerf rachidien. Née
entre D2 et D3, elle devient superficielle en perforant les muscles paravertébraux
dont l'innervation est cervicale. Son point d'émergence superficielle
correspond au « Point interscapulovertébral ». Son territoire
correspond à la zone d'hyperesthésie et à celle de
l'infiltration cellulalgique qui accompagnent fréquemment la dorsalgie. L'infiltration anesthésique faite à son niveau d'origine entre D2 et D3 soulage la dorsalgie et fait disparaître le Point interscapulaire. Le lien qui existe entre le rachis cervical inférieur et cette branche postérieure de D2 n'est pas clair : anastomoses entre les branches postérieures ou sympathiques ? |
Le problème est plus complexe en ce qui concerne la liaison entre le
rachis cervical et la branche postérieure de D2 : anastomoses des branches
postérieures ou des nerfs sinu-vertébraux ? Sympathique ? Mais
nous insistons sur le fait que la quasi-totalité des dorsalgies communes
de l'adulte répondent à cette description. Elles sont d'origine
cervicale et elles ne peuvent être rapidement soulagées que par
un traitement cervical. II est évident que le terrain psychique sur lequel
elles évoluent entre en ligne de compte. Il ne faut ni le méconnaître,
ni le surestimer. Il joue souvent un rôle facilitateur, donnant de la
voix à une douleur mécanique mineure, dont il ne faut pas pour
autant mer l'organicité et négliger le traitement mécanique.
NEVRALGIE CERVICO-BRACHIALE ET SYNDROME DU CANAL CARPIEN
Nous rappellerons une observation, prise parmi quelques dizaines :
OBS. — Mme
C., 35 ans : Après un épisode de torticolis présente
une névralgie cervico-brachiale C6. Elle vient nous voir au 15e jour
de l'évolution de cette douleur mal calmée par les anti-inflammatoires.
Soulagée dès la première traction elle voit son algie brachiale
disparaître au bout de 4 séances. Une vague sensibilité
épisodique persiste dans le bras très peu gênante.
Nous ne la revoyons que trois mois plus tard, qu'elle a passes en province.
Elle a dû consulter un Rhumatologue pour des acroparesthésies gênantes
occupant les 3 premiers doigts. Elle a été bien soulagée
par deux infiltrations du Canal Carpien, mais venait nous voir car après
un mois de calme, elle les ressentait à nouveau.
Il s'agit bien d'un syndrome du canal carpien : avec sa topographie typique,
un signe de Tinel, la reproduction des acroparesthésies par la dorsiflexion
forcée du poignet, etc.
Nous pratiquons une infiltration de corticoïdes La patiente revient un
mois plus tard ayant été soulagée 15 jours. A ce moment,
nous examinons attentivement le cou en retrouvant une sensibilité de
l'étage C5-C6 nous manipulons le cou, sans faire d'infiltration du canal
carpien La patiente est soulagée. Deux autres manipulations complétèrent
le résultat qui se maintient au bout d'un an
Or cette observation n'est pas pour
nous une exception. Nous avons vu de nombreux cas où l'on pouvait conclure
à une irritation du médian dans le canal carpien et où
la présence de signes cervicaux à l'examen (vive sensibilité
d'une articulation interapophysaire) nous conduisait à manipuler le cou
— sans infiltrer le canal — et où le soulagement était
excellent, meilleur et plus durable que celui obtenu par nous ou par d'autres
par l'infiltration du canal carpien.
Il s'agissait tantôt de patients ayant présenté une N.C.B.
typique plus ou moins sévère, tantôt de patients n'ayant
pas présenté de N.C.B. mais où l'examen cervical révélait
la vive sensibilité de l'étage C5-C6.
Un signe intéressant : la manœuvre du point sonnette antérieur
qui permet de reproduire l'acro-paresthésie habituelle est un argument
en faveur de l'origine cervicale de celle-ci. Cela montre qu'il faut peut-être
envisager avec moins de fréquence qu'on ne le fait aujourd'hui la responsabilité
du canal carpien dans le mécanisme des acroparesthésies. Il est
en cause souvent, mais indirectement parfois.
LES ACCIDENTS DES MANIPULATIONS CERVICALES — LEUR
PREVENTION
La manipulation ne présente pas plus de risques que la plupart des thérapeutiques
médicales, lorsque son indication est bien posée et qu'elle est
bien exécutée. C'est son mauvais usage qui lui a créé
une mauvaise réputation, mauvais usage par des non-médecins qui
en font une panacée (les chiropractors notamment) avec des théories
infantiles et des techniques limitées mais aussi par des médecins
inexperts dans cette technique qui de-mande un long apprentissage et une certaine
dextérité.
Il est néanmoins une complication rarissime que l'on doit bien connaître
: c'est le risque vasculaire.
Les accidents d'insuffisance vertébro-basilaire aiguë, dont le syndrome
de Wallenberg est l'expression la plus habituelle, peuvent être, on le
sait, provoqués par des manipulations cervicales. En fait, dans la plupart
des accidents publiés (ils sont peu nombreux), il s'agit presque exclusivement
de manipulations chiropractiques (donc brusques), faites par des non-médecins
et souvent sur des indications aberrantes.
On a beaucoup exagéré la fréquence de ces accidents si
l'on songe à leur très petit nombre comparé aux millions
de manipulations qui se font chaque jour dans le monde, sur des indications
ahurissantes avec des techniques approximatives et entre des mains non médicales
ou inexpertes.
Les tests de posture
Mais aussi exceptionnel qu'il soit,
il faut connaître la prévention de ce risque. Nous avons proposé
avant toute manipulation cervicale d'utiliser ce que nous appelons les «
test de posture » :
Le patient est à plat dos sur la table, le médecin porte sa tête
en hyperextension et en rotation droite, puis gauche, la maintenant ainsi dans
chacune de ces positions pendant 10 à 15 secondes, guettant un nystagmus,
une impression vertigineuse qui feraient surseoir à toute manipulation
cervicale — tout au moins dans le sens qui provoque le vertige —
d'une manière absolue. On sait en effet que la rotation en hyperextension
du rachis cervical supérieur stoppe la circulation dans l'artère
vertébrale opposée au sens de la rotation. On détecte par
ces manœuvres toute menace que ferait peser une manipulation cervicale
insistante.
Bibliographie
* Chargé du Centre de Rééducation de l'Hôtel-Dieu (Paris). Chef de service Institut National de Réadaptation (St-Maurice 94).