| Sem Hôp Paris 1977;53:1067-72. La dorsalgie inter-scapulaire : manifestation
de la souffrance du rachis cervical inférieur. R Maigne
|
Retour
accueil RM / Retour sofmmoo.com ![]()
Résumé : L'auteur retient comme très
fréquente l'origine cervicale inférieure (C5-C6-C7-D1) des dorsalgies
interscapulaires médiodorsales. Il décrit les signes cliniques
très évocateurs de cette origine, quelle que soit l'étiologie
au niveau cervical :
1) Un « point douloureux interscapulovertébral
», fixe, unilatéral le plus souvent, toujours para D5 ou D6,
qu'il nomme le « point cervical du dos ». Il est l'épicentre
de la douleur dorsale. La pression sur lui et sur lui seul reproduit la douleur
habituelle du patient.
2) Les plans cutanés adjacents à ce
point sont le siège d'un infiltrat cellulalgique mis en évidence
par la manoeuvre au pincé-roulé.
Dans l'immense majorité des cas, cette souffrance
cervicale inférieure est bénigne, due à un problème
micromécanique (« Dérangement Intervertébral
Mineur ») traumatique ou postural ou parfois à une poussée
inflammatoire d'arthrose cervicale. Elle peut être la première
manifestation d'une affection grave.
L'auteur montre le rôle de la branche postérieure
(posterior ramus) du 2° nerf rachidien. Le « point cervical du dos
» para D5 ou D6 correspond à l'émergence superficielle
du rameau cutané de ce nerf. La zone cellulalgique correspond exactement
à son dermatome qui est très étendu. L'irritation de
ce nerf semble donc traduire la souffrance des derniers étages du rachis
cervical.
L'auteur avance l'hypothèse que le dermatome de la branche postérieure de D2 représente le contingent cutané des derniers segments cervicaux. En effet, les branches postérieures des derniers nerfs cervicaux (C5, C6, C7, C8) n'ont pratiquement pas de rameaux cutanés. On passe ainsi directement du dermatome C4 au dermatome D2 au niveau des plans cutanés du dos.
La dorsalgie est un motif fréquent
de consultation ; il est bien rare que l'examen aboutisse à la découverte
d'une cause organique évidente, qu'elle soit vertébrale (rachis
dorsal) ou viscérale. Il s'agit dans l'immense majorité des
cas d'une affection bénigne qui touche plus les femmes que les hommes.
Il est habituel de considérer
que cette dorsalgie dite « bénigne des jeunes femmes »
comporte une forte part psychique. Il est vrai qu'elle est souvent associée
à des périodes de fatigue ou de problèmes affectifs.
Mais ceci n'est pas propre à la dorsalgie et on peut en dire autant
de la plupart des algies vertébrales et de bien d'autres affections
auxquelles ces facteurs psychiques servent de haut parleur mais que dans la
plupart des cas ils ne créent pas.
Telle n'est pas notre opinion. Un
certain nombre d'arguments nous amènent à considérer
que la plupart des douleurs dorsales perçues dans la région
interscapulaire m6diodorsale ont une origine cervicale. Nous avons, il y a quelques années,
attiré l'attention sur ce mécanisme. Mais, à la lumière
d'une expérience plus grande et de quelques éléments
nouveaux, nous pensons utile de reprendre cette description, en analysant
les différents arguments qui nous font soutenir cette thèse
et en exposant les mesures thérapeutiques efficaces qui en découlent.
Cette « algie interscapulaire
», lorsqu'elle présente les caractéristiques que nous
allons exposer, constitue un véritable miroir de la souffrance cervicale
inférieure, que celle ci soit discale ou articulaire, bénigne
ou maligne. Dans l'immense majorité des cas, il s'agit évidemment
d'une origine bénigne, liée à un problème mécanique
mineur de la région cervicale basse. 75 % des cas des dorsalgies bénignes
rencontrées dans le service de l'Hôtel-Dieu correspondent à
ce tableau d'« algie interscapulaire d'origine cervicale ». Mais
nous l'avons rencontrée isolée et tenace comme premier signe
d'une tumeur intra rachidierme cervicale ou d'une métastase cervicale.
Avant de considérer les arguments
qui ont attiré notre attention sur le lien entre cette dorsalgie interscapulaire
et le rachis cervical inférieur, nous allons décrire rapidement
le tableau clinique de cette dorsalgie cervicale. Il est stéréotypé.
Nous prendrons pour type la dorsalgie bénigne.
I)
Aspect clinique de la dorsalgie bénigne d'origine cervicale
Le tableau clinique de l'«
algie interscapulaire d'origine cervicale » est celui de la dorsalgie
dite commune ou « fonctionnelle des jeunes femmes », car elle
est pour nous la forme habituelle de ces dorsalgies bénignes dont l'origine
réelle n'est pas reconnue. Aussi le lecteur ne s'étonnera pas
que cette description soit celle qu'il a lue maintes fois par ailleurs sous
une autre rubrique.
1)
Signes fonctionnels
C'est une dorsalgie interscapulaire
médio-dorsale perçue comme un « point », un «
fer rouge », une sensation de brûlure ou comme une crampe. Elle
est le plus souvent chronique, évoluant par poussées, favorisées
par les périodes de fatigue ou de surmenage. Elle est souvent déclenchée
par certains travaux essentiellement féminins : la dactylographie,
la mécanographie, la couture, le tricot, etc. Elle est généralement
calmée par le repos, mais elle est parfois augmentée le matin
au réveil.
Ce signe qui est inhabituel pour une douleur vertébrale mécanique, est fréquent dans les douleurs cervicales. Le cou a souvent une mauvaise position dans le sommeil, notamment pour les sujets qui dorment sur le ventre et qui sollicitent à fond la rotation cervicale ce qui augmente le « dérangement mécanique » cervical responsable de la dorsalgie.

Fig. 1. « Le point cervical du dos
». Dans toute dorsalgie d'origine cervicale la palpation révèle
la sensibilité particulière d'un point précis para D5
ou D6, à un ou deux centimètres de la ligne médiane (X).

Elle peut parfois être aiguë,
consécutive à un traumatisme, à un effort et surtout
à un faux mouvement. Elle est généralement unilatérale,
mais parfois perçue comme médiane ou bilatérale. Elle
peut alors précéder une névralgie cervicobrachiale qui
se manifestera quelques jours plus tard.
2)
Examen clinique du dos
a)
Le point interscapulovertébral para D5 ou D6 : « Le point
cervical du dos »
C'est F. Françon qui, depuis
la première description que nous en avons faite, a proposé d'appeler
« Point cervical du dos de Maigne » ce point para D5 ou D6 très
particulier qui est le reflet de la souffrance du rachis cervical inférieur.
Il est fixe, constant, le plus souvent unilatéral.
La pression-friction du doigt sur
lui et sur lui seul reproduit la douleur habituelle du patient, même
lorsque celui ci la perçoit plus haut, plus basse, plus externe, bilatérale,
ou même intra thoracique.
Sa recherche correcte est essentielle
(fig. 2). Elle doit être minutieuse et lente. Le patient est assis,
tête fléchie, mains sur les genoux, en position de relâchement
complet. Le médius ou l'index de l'opérateur glisse lentement
selon une ligne parallèle à celle des épineuses à
un travers de doigt de celle ci. L'opérateur exerce une pression légère,
continue et constante avec la pulpe du doigt tout en exerçant de petits
mouvements de friction longitudinaux tous les centimètres comme s'il
voulait mobiliser le plan cutané sur le plan profond.
En regard de D5 ou de D6, cette
manoeuvre va réveiller un point exquis très précis. Une
pression légère sur lui et sur lui seul reproduit la souffrance
habituelle : « Vous avez mis le doigt exactement sur ma douleur ».
Il peut y avoir quelques variations
d'étages, non dépendantes de l'étage cervical responsable.
Chez un dorsalgique chronique, ce
point interscapulovertébral para D5 ou D6 reste sensible à
la palpation pression même en dehors des périodes douloureuses.
Un test intéressant
:
Dans les cas où l'origine
cervicale est bénigne, il disparaît ou diminue instantanément
par un traitement cervical à action rapide tel que manipulation ou
infiltration articulaire postérieure de l'étage responsable.
b) La bande cellulalgique
latérale médiodorsale
Ce point s'accompagne le plus souvent
d'une bande cellulalgique, qui à partir de lui s'étend vers
l'acromion.
C'est un élément très
fréquent, des dorsalgies cervicales. Il est pratiquement constant dans
les cas chroniques, mais est quelquefois important dans certains cas aigus.
Dans le cas d'une « algie interscapulaire chronique d'origine cervicale », la manoeuvre du pincé-roulé va mettre en évidence une bande de cellulalgie qui s'étend transversalement du point inter scapulovertébral à la partie supéro-externe du dos. Typiquement, la bande a 6 à 8 centimètres de hauteur et est plus large en dehors qu'en dedans. Elle peut être plus étroite et plus limitée. La peau est pincée et roulée lentement entre pouce et index, comme on le ferait d'une cigarette. La pression ainsi produite doit être légère et égale tout au long de l'examen. La manoeuvre est continue, partant de la partie inférieure du thorax jusqu'à la fosse sus-épineuse. On constate un épaississement des plans cutanés et sous-cutanés ainsi explorés. Il est plus ou moins marqué. Il est parfois considérable dans certains cas chroniques. Le plus souvent, les signes retrouvés sont unilatéraux bien que le patient puisse avoir l'impression d'une douleur diffuse bilatérale ou même intrathoracique (fig. 3).

Fig. 3. Technique du pincé roulé. Un pli de peau est pris entre pouce et Index. Il est tiré, pincé et roulé comme on le ferait d'une cigarette, pétri entre les deux doigts. Toute la région dorsale est ainsi explorée. Dans la zone cellulalgique le pli est épaissi et la manoeuvre est douloureuse. Elle est indolore sur les zones voisines ou opposées.
c) Les cordons musculaires
indurés
L'examen palpatoire lent et attentif,
fait sur un sujet relâché en décubitus ventral, de préférence
couché en travers de la table, peut mettre parfois en évidence
des petits cordons musculaires durs et sensibles à la palpation, qui
ne sont souvent guère plus gros qu'une aiguille à tricoter ou
qu'un petit crayon.
II) Signes radiologiques dorsaux
Il va sans dire qu'au niveau du
dos, il n'y a pas de signes radiologiques particuliers. La radio sert ici
pour le diagnostic différentiel permettant de découvrir une
pathologie grave du rachis dorsal. La présence d'une scoliose, d'une
arthrose, d'une séquelle de Scheuermann et même d'une ancienne
fracture de D5 ou de D6 ne doit pas détourner l'attention. S'il y a
présence du « point cervical du dos » et de la bande cellulalgique,
ceux ci imposent l'examen du rachis cervical.
Ce n'est pas, sauf lésion
grave, l'aspect radiologique qui révélera l'étage cervical
inférieur responsable, mais l'examen clinique attentif. Le traitement
cervical sera seul rapidement efficace.
S'il s'agit d'une lésion
métastatique, il est possible que la radiographie cervicale puisse
la mettre en évidence, mais il n'y avait aucune image radiographique
évocatrice au début de l'évolution de certains de nos
cas où la douleur interscapulaire était la première manifestation
d'une métastase cervicale d'un cancer méconnu. Il en va de même
s'il s'agit d'une tumeur intrarachidienne. Nous avons observé un cas
de neurinome cervical qui pendant plusieurs mois n'avait comme manifestation
qu'une douleur interscapulaire typique avec recrudescence nocturne, avant
de provoquer une radiculalgie cervicale rebelle qui fit pratiquer un lipiodol
et permit le diagnostic. Il n'y avait pas dans ce cas d'élargissement
évident du trou de conjugaison.
Dans l'immense majorité des
cas, il s'agit d'une origine bénigne.
1) Le «
dérangement intervertébral mineur »
Par contre un segment vertébral,
parfaitement normal quant à son aspect radiologique peut être
sensible à l'examen, et cause de douleur locale ou à distance.
C'est très fréquent dans des douleurs vertébrales communes.
Prenons un exemple : un faux mouvement
cervical ou autre crée une douleur locale. L'examen radiologique est
négatif mais l'examen clinique montre la sensibilité d'un segment
vertébral précis, particulièrement au niveau d'une de
ses articulations interapophysaires ou à la pression axiale ou
latérale sur l'épineuse.
Si on peut pratiquer une manipulation,
celle ci fait disparaître la sensibilité du segment et la douleur
du patient. Faite en sens inverse, elle va aggraver les deux.
Ce DIM peut siéger sur un
segment vertébral radiologiquement normal ou sur un segment vertébral
qui présente une arthrose, une discopathie, ou une séquelle
d'épiphysite. Mais ces aspects radiologiques sont indépendants
de la notion de dérangement puisqu'ils peuvent exister alors que le
segment fonctionne bien et est indolore. Si la manipulation précise,
adaptée, est le traitement de choix d'un certain nombre de ces DIM,
il est des cas où elle n'est pas suffisante. Il est des cas où
elle est contre-indiquée. Nous n'en faisons mention ici qu'à
titre d'illustration.
Ces DIM nous paraissent devoir être
considérés comme des entorses bénignes d'un segment vertébral,
favorisés par des microlésions mécaniques articulaires
ou discales. Ils sont certainement entretenus par un mécanisme réflexe,
que le fonctionnement strictement automatique des muscles intrinsèques
du rachis favorise. A cela s'ajoutent les conséquences périarticulaires
du dysfonctionnement articulaire, et tout particulièrement l'irritation
de la branche postérieure du nerf rachidien qui est plaquée
contre l'articulation interapophysaire [Lazorthes, 9,10].
2)
Examen du cou
Dans les cas habituels de dorsalgie
bénigne, il s'agit donc simplement de mettre en évidence la
sensibilité particulière d'un étage cervical inférieur.
Celle ci pourra être interprétée selon le contexte clinique,
comme la conséquence d'un DIM, ou parfois d'une poussée congestive
d'arthrose portant sur l'articulation interapophysaire.
L'examen
clinique révélera parfois
une douleur cervicale ou une gêne au mouvement. Dans quelques cas la
rotation forcée ou l'hypertension forcée, ou même l'association
des deux pourront provoquer la douleur dorsale. Ce n'est pas la règle
et cela reste d'intérêt limité.
En pratique, ce qui est essentiel,
c'est l'association :
L'examen cervical doit être
rigoureusement pratiqué. Le patient est couché sur le dos, la
nuque bien relâchée. Le médecin soutient l'occiput dans
la paume de ses mains. Il explore de la pulpe des médius les gouttières
paravertébrales. Il fait des petits mouvements de friction longitudinaux
puis transversaux au niveau de chaque massif articulaire postérieur.
Il est très facile de les palper avec un peu d'habitude (fig. 4).
Dans le cas qui nous intéresse,
cet examen va révéler la particulière sensibilité
d'une articulation postérieure, parfois de deux, du même côté
que le point interscapulovertébral au niveau de C5C6 ou C6-C7
ou C7-D1.
On peut parfois réveiller aussi une douleur à la pression de l'épineuse cervicale correspondante.


Fig. 5 A et B. Le point cervical sonnette
antérieur. Une pression modérée, faite sur une zone précise
de la partie antérolatérale du rachis cervical Intérieur
au niveau de l'étage responsable, permet 2 fois sur 3 de provoquer
la douleur dorsale habituelle. Cette
manoeuvre, décrite dans nos premières publications, n'a d'autre
intérêt que de montrer le lien entre rachis cervical et douleur
dorsale.
Le point sonnette cervical
antérieur
Nous avons dans nos premières
publications insisté sur un signe que nous appelons le « Point
cervical sonnette antérieur ». Il consiste à provoquer
la douleur dorsale habituelle du patient, en exerçant une pression
légère avec le pouce, au niveau de l'étage cervical responsable,
à la partie antérolatérale du rachis (fig. 5).
L'intérêt de cette
manoeuvre était de montrer le lien qui existe entre le rachis cervical
et la douleur
IV)
Essai d'interprétation physiopathologique
La manipulation cervicale qui, selon
le sens où elle est effectuée, provoque, augmente ou améliore
la douleur dorsale isolée est un argument très intéressant
quasi expérimental de l'origine cervicale de celle ci. Le même
résultat peut être obtenu par l'infiltration de l'articulation
interapophysaire cervicale si c'est celle qui est responsable de la souffrance
cervicale.
1)
Notions classiques
Les névralgies cervicobrachiales,
ou les radiculalgies par hernie discale cervicale s'accompagnent souvent d'une
vive douleur dorsale interscapulaire. Cette douleur interscapulaire peut précéder
de quelques jours la douleur du bras. Elle peut parfois lui survivre sous
forme de dorsalgie isolée. Dans ces cas, l'examen clinique attentif
met aussi en évidence que l'épicentre de cette dorsalgie est
le même point para DS ou D6. On retrouve bien entendu 'la sensibilité
de l'étage cervical responsable C5-C6 ou C6-C7 ou C7-Dl.
Ceci nous permettra de noter dès
à présent que quel que soit l'étage cervical responsable,
la situation du point interscapulaire reste fixe. Il est toujours para D5
ou para D6 qu'il s'agisse d'une névralgie C5, C6, C7 ou C8. Cette remarque
est une des bases de notre travail.
Si aucun auteur n’avait évoqué
avant nous l'origine cervicale habituelle des dorsalgies communes, de nombreux
auteurs, surtout américains, avaient noté la fréquence
des douleurs dorsales interscapulaires dans les radiculalgies cervicales,
particulièrement dans celles qui étaient liées à
des hernies discales cervicales (Stookey, Mlichaelsen et Mixter, Elliot et
Gramer, Weddel et Feinstein, etc.) Tous reconnaissent cette évidence
sans pouvoir y apporter d'explication. Seuls, Weddell et Feinstein montrent
à l'aide de l'électromyographie « une irritation constante
des muscles de la région interscapulaire sensible avec l'existence
des contractures involontaires » ; mais ils concluent qu'étant
donné l'innervation de ces muscles qui ne correspond pas au territoire
de la racine cervicale lésée, il « doit y avoir une source
secondaire de la douleur » qu'« ils n'élucident pas ».
Cloward étudiant les hernies discales cervicales par la discographie
reproduit, ce faisant, les douleurs dorsales habituelles de ses patients.
Il établit même une carte des projections douloureuses du dos
en fonction des étages. Cette carte de projection semble un peu artificielle.
Elle a été réalisée en interrogeant les patients
sur la projection douloureuse perçue. Ainsi on voit que de C4 à
C7 la douleur s'échelonne entre le niveau de l'angle interne de l'omoplate
et celui de son angle inférieur.
Cela ne correspond pas du tout à
nos observations. Il est vrai que l'idée directrice de Cloward était
simplement de s'assurer qu'en opérant selon sa technique (voie antérieure
+ greffon) le disque qui était symptomatique, il soulagerait non seulement
les douleurs cervicales et radiculaires du bras, mais aussi, si la réponse
à la discographie était positive les dorsalgies dont se plaignait
le patient. Toutefois, cette très intéressante expérimentation
de Cloward est un argument complémentaire important pour notre thèse
(1).
Remarquons cependant que :
Ainsi, aucune hypothèse sur
le mécanisme de la dorsalgie cervicale n'est acceptable si elle ne
rend pas compte de ces deux faits, et la thèse de Cloward qui en fait,
dans les cas de hernie discale, une douleur musculaire réflexe
des fixateurs de l'omoplate ne peut donc être retenue.
2)
A quoi correspond le point cervical du dos ?
Sa fixité para D5 ou D6 est
étonnante de même que sa constance. Il est bien l'élément
habituel et essentiel de cette dorsalgie d'origine cervicale.
Notre première hypothèse
a été qu'il pouvait être musculaire. Le complexus et le
splénius sont des muscles cervico-dorsaux qui s'attachent sur l'occiput
et dont les faisceaux les plus inférieurs se terminent sur D5 ou D6.
a) Rôle
de la branche postérieure du deuxième nerf rachidien
Nous avons pu par la suite montrer
que ce point correspond exactement à l'émergence superficielle
du rameau cutané de la branche postérieure du deuxième
nerf rachidien dorsal (8) en pratiquant l'infiltration anesthésique
de ce rameau à son origine entre D2 et D3 avec 2 ou 3 ml de Xylocaïne
à 1 %.
Ajoutons que l'infiltration anesthésique
doit être très précise. On peut, en laissant l'aiguille
en place après l'injection d'un ou deux ml de Xylocaïne, contrôler
la disparition du « point cervical du dos » et son effet sur la
bande de cellulalgie. Si le résultat n'est pas obtenu, on modifie légèrement
la position de l'aiguille laissée en place et on injecte un peu plus
de Xylocaïne, jusqu'à disparition du point à la palpation.

b)
A quoi correspond la zone de cellulalgie ?
Elle occupe totalement ou partiellement
le dermatome postérieur de D2 représenté par le
rameau cutané de sa branche postérieure. Sa présence
est un argument complémentaire en faveur du rôle de ce rameau
nerveux.
Une telle zone cellulalgique constitue
l'un des éléments de ce que nous avons décrit sous le
nom de « syndrome celluloténomyalgique des irritations radiculaires
». Rappelons le brièvement (9, 10).
En fait, dans bon nombre de cas,
et surtout s'il s'agit d'une irritation chronique, nous avons pu montrer qu'il
existe souvent dans le territoire de ce nerf rachidien, retrouvés par
une palpation attentive :
Ce « syndrome celluloténomyalgique
» peut disparaître avec la crise douloureuse radiculaire. Il peut
survivre à la crise et entretenir des douleurs plus ou moins vives,
locales ou pseudoradiculaires (sciatiques traînantes par exemple). Mais
surtout, il peut être la seule manifestation de l'irritation chronique
d'un nerf rachidien. Ses manifestations cutanées, musculaires tendineuses
peuvent alors être symptomatiques ou asymptomatiques. Elles sont la
découverte d'un examen palpatoire systématique. Il s'agit par
exemple d'une zone limitée d'infiltration cellulalgique, pouvant être
responsable de douleurs pseudoviscérales surtout pour D11-D12 et Ll
ou de tendinalgies d'épaule (C5-C6) ou de certaines épicondylalgies
(C6-C7), etc. L’examen vertébral segmentaire systématique
révélera la particulière sensibilité de l'étage
correspondant, siège d'un DIM. Le traitement vertébral approprié
amènera le soulagement de la douleur pseudo-viscérale ou de
la « tendinite ».
Dans le cas de dorsalgie que nous
étudions ici, l'infiltration cellulalgique est la conséquence
de l'irritation chronique du rameau cutané, de la branche postérieure
de D2.
Si ce lien est cliniquement évident, il n'en va pas de même anatomiquement. Nous avons avec Le Corre et Rageot disséqué 12 cadavres. Ceci nous a confirme l'importance de la branche postérieure de D2, nettement plus grosse que ses voisines, telle qu'elle a été décrite par Hovelacque et d'autres auteurs (fig. 7). Son émergence superficielle correspondant exactement au point cervical para D5 ou D6. Dans 4 cas, nous avons pu noter des anastomoses entre D2 et D1 et dans un cas avec C8. Mais ceci n'est pas suffisant pour expliquer un lien entre une souffrance du rachis cervical inférieur et la branche postérieure de D2.


Fig. 7. A) Dissection montrant la branche
postérieure de D2 dans les plans profonds. Elle se divise en une branche
externe musculaire (petite flèche du haut) et une branche interne musculo-cutanée,
qui descend profondément jusqu'au niveau de D5 ou D6 (l'épineuse
de D6 est ici piquée d'une épingle à tête noire).
A ce niveau cette branche perfore les plans musculaires (flèche noire
du bas) et devient superficielle.
B) Photo de droite : Partie gauche : le rameau cutané
de la branche postérieure du 2° nerf rachidien. Son territoire
cutané est très important (d'après Hovelacque). A droite
: mais les branches postérieures des étages cervicaux inférieurs
n'ont pratiquement pas de rameau cutané. D'après les travaux
de G. Lazorthes et nos constatations, le schéma de droite serait plus
près de la réalité.

Par contre, un fait remarquable
est la quasi inexistance des rameaux cutanés des branches postérieures
de C5-C6, C7-C8 et Dl. Cela est souligné par G. Lazorthes et d'autres
auteurs. Nous l'avons également noté. Cela revient à
dire que contrairement aux schémas les plus répandus (Keegan
et Garrett par exemple) (fig.8A) au niveau du dos on passe directement du
dermatome C4 au dermatome D2. On retrouve cette notion dans le schéma
de Tondury, mais celui ci n'accorde qu'une bande étroite à D2
alors qu'elle nous parait beaucoup plus
L'origine de la douleur cervicale
peut être aussi bien discale qu'articulaire postérieure ou intrarachidienne.
La voie de transmission de départ semble donc pouvoir être aussi
bien le nerf sinu-vertébral que la branche postérieure du nerf
rachidien qui innerve l'articulation interapophysaire cervicale.
Il est intéressant de rapporter
l'observation d'un de nos patients :
L'échec est total. Deux ans plus tard, pneumologue,
neurologue et neurochirurgien tombent d'accord pour envisager une cordotomie
devant cette douleur rebelle. C'est alors que le patient vient consulter à
l'Hôtel-Dieu. Il est examiné dans le Service par notre collaborateur
E. Rageot qui constate l'existence d'une nette limitation de la rotation et
de la latéroflexion cervicale du côté de la douleur.
Cette manoeuvre augmente un peu la douleur dorsale, de même que l'inspiration
profonde. Le patient souffre plus le matin au réveil que le soir. Mais
surtout l'examen dorsal révèle un « point cervical du
dos » para-D6 (du côté de la cicatrice) particulièrement
sensible. La pression légère faite sur lui et sur lui seul reproduit
exactement la vive douleur habituelle. C'est la première fois en 5
ans qu'on lui reproduit « sa » douleur. Une très épaisse
bande d'infiltration cellulalgique est contiguë à ce point. Il
n'y a rien de l'autre côté, ni point para-D6 ni cellulalgie.
On retrouve à l'examen cervical une sensibilité élective
de l'articulation postérieure C5-C6 du même côté
que 1e « point cervical du dos », tandis que les radiographies
dorsales et cervicales ne montrent qu'une arthrose banale. Les tests pré-manipulatifs
habituels montrent la possibilité de traitement par manipulations.
Il s'agit sans doute d'une « entorse » cervicale (DIM) provoquée
pendant l'anesthésie lors de l'intervention. Dès la première
manipulation et d'une manière spectaculaire, il y a disparition du
« point cervical du dos » tandis que les mouvements cervicaux
sont libres et indolores, la zone cellulalgique plus souple et moins sensible.
Le patient est très soulagé après
une deuxième manipulation huit jours plus tard, il restera un an sans
souffrir du tout. Il soulève alors une charge lourde et retrouve sa
douleur dorsale qu'un traitement identique au premier fait disparaître
complètement.
Que se serait il passé si
la radicotomie outre D3, D4 et D5 avait intéressé D2 ?
1) Formes aiguës
C'est le collier cervical qui les
soulage le mieux. Il est rare qu'un autre traitement cervical soit possible.
On peut y associer l'infiltration de la branche postérieure du 2ème
nerf rachidien au point où elle contourne le massif articulaire postérieur
D2-D2. Le test de réussite est la disparition ou la diminution du point
cervical du dos para-D5 ou D6.
2) Formes chroniques
Ce sont les plus fréquentes.
a) La manipulation cervicale, si elle est possible est le traitement le plus efficace. Son action est rapide, parfois immédiate. Il faut en moyenne 3 à 5 séances dans un cas chronique. L'efficacité de chaque manoeuvre est aussitôt appréciée sur la diminution de la sensibilité articulaire postérieure cervicale, et surtout sur la diminution ou la disparition du point cervical du dos. Il est évident que ce type de traitement doit être appliqué en suivant strictement la « règle de la non douleur et du mouvement contraire » (Maigne). Il n'est valable que s'il est bien exécuté, dans le sens convenable, sur le bon segment par un médecin expérimenté. Sinon, il vaut mieux l'éviter car il serait inefficace ou aggravant. Les manoeuvres les plus souvent utiles seront la rotation (fig. 9A) ou la latéroflexion (fig. 9B).

Fig. 9. Traitement par manipulation cervicale.
Il est utilisé si le cas et l'état du rachis le permettent.
La manoeuvre est effectuée selon la règle de la non douleur
et du mouvement contraire. Exemples

Fig. 10. Infiltration de l'articulation interapophysaire cervicale sensible, de l'étage responsable. Noter la position du patient. L'aiguille est enfoncée à 1 cm 1/2 de la ligne médiane, au niveau de l'articulation douloureuse soigneusement repérée dans la position d'infiltration. On recherche le contact osseux et on injecte à ce contact après aspiration pour vérifier l'absence de sang ou de liquide céphalo-rachidien, 1 ml d'un dérivé cortisoné. Par prudence on choisit celui qui peut être injecté sans inconvénient en injection intra-rachidienne.
b) L'infiltration de l'articulation
interapophysaire cervicale sensible. Lorsqu'il n'y a qu'une articulation
interapophysaire douloureuse du côté de la dorsalgie (C5-C6 ou
C6-C7 ou C7-D1) son infiltration avec un dérivé cortisoné
peut avoir un excellent effet (fig. 10). Elle peut compléter pour celui
qui ne sait pas manipuler, ou lorsque la manipulation est impossible ou contre-indiquée
(état du rachis, état vasculaire, poussée inflammatoire
d'arthrose, etc.).
c) Le collier cervical
est parfois utile dans le traitement des cas difficiles ou récidivants.
Il est aussi à conseiller, semi-rigide mais confortable, pour la nuit
aux sujets dont la dorsalgie est vive le matin parce qu'ils ont une mauvaise
position du cou pendant la nuit.
d) La traction cervicale
est beaucoup moins efficace que la manipulation. Elle est parfois aggravante.
Il faut aussitôt arrêter le traitement si la mise en traction
augmente la douleur dorsale.
e) Le massage est
utile lorsque l'infiltration cellulalgique du dos est importante ou lorsqu'elle
ne disparaît pas complètement par le traitement cervical. Il
faut faire des massages en pétrissage des plans superficiels lents
et progressifs.
f) La rééducation
est le plus souvent inefficace, voire aggravante dans cette forme d'algie
vertébrale. En tout cas, il faut éviter toute rotation forcée
du cou et tout mouvement de rétropulsion des bras. Ce sont d'ailleurs
les conseils aux patients quiseront les plus importants : éviter les
rotations extrêmes du cou, marche arrière prolongée, etc.,
éviter de prendre des objets derrière soi, surtout quand on
est assis, etc.
g) Le terrain. Dans les cas rebelles, ou récidivants, surtout, il faut tenir compte du terrain. On notera souvent des signes marqués de spasmophilie (Chvostek + + +, doublés ou triplés à l'électromyographie, etc.). Le traitement phospho-vitaminique ou magnésien sera très utile et la relaxation donne ici des résultats intéressants.
Centre de Rééducation et Médecine Orthopédique,
Hôtel-Dieu, 1, place du Parvis de Notre-Dame, 75181 Paris Cedex 04
Retour
accueil RM / Retour sofmmoo.com ![]()