Gilson M. Revue de Médecine Orthopédique. 1988;14:25-27.
Importance de la latéro-flexion
pour les
manipulations lombaires en décubitus latéral
Ce travail présenté par la section francophone du groupement belge de Médecine Manuelle tend à répondre à une question souvent posée mais à laquelle jamais nous n'avons eu de réponse précise, au cours des enseignements antérieurs : "Comment, dans une manipulation vertébrale lombaire en décubitus latéral, privilégier le mouvement manipulatif sur un complexe articulaire postérieur droit ou gauche dans un segment mobile déterminé ?" ou en d'autres termes: lorsque l'on manipule un segment mobile lombaire en décubitus latéral, où la manipulation passe t'elle: sur le massif articulaire droit ou sur le massif articulaire gauche ?
DEFINITIONS
Entendons nous d'abord sur un vocabulaire commun. Lorsque sur un complexe articulaire postérieur donné, on imprime un mouvement rotatoire, celui ci peut se faire dans deux directions :
Fig. 1 : Rotation antérieure
Une autre direction possible est
celle où l'apophyse articulaire supérieure se dirige en arrière et en haut,
par rapport à l'articulaire inférieure (fig. 2). C'est la rotation postérieure
ou dérotation.
Fig. 2 : Dérotation ou rotation postérieure
A ce stade, on peut objecter que, à partir du moment où on exécute dans un massif articulaire donné une rotation antérieure, automatiquement il existe une rotation postérieure dans l'autre articulation. Ceci est inexact pour deux raisons :
La deuxième raison est que chaque mouvement de rotation, au niveau lombaire, s'accompagne obligatoirement d'une latéro-flexion homologue ou hétérologue suivant l'état de cyphose ou de lordose de la colonne. Cette latéro-flexion va amener des amplitudes de mouvement inégales dans les deux articulations interapophysaires :
RAPPEL DE PHYSIOLOGIE ET DE CINETIQUE ELEMENTAIRE DU SEGMENT MOBILE LOMBAIRE
Nous savons que le disque permet le mouvement en fonction directe de sa hauteur et que les articulations vertébrales postérieures conditionnent la direction et l'amplitude du mouvement.
REALISATION PRATIQUE
Première possibilité (fig. 3)

Fig. 3 : Manipulation en rotation antérieure
Il s'agit de la résultante
de deux mouvements distincts : un axe de direction rotatoire perpendiculaire
à l'axe de la colonne et un axe dirigé vers la tête du patient et qui tente
d'exagérer la latéro-flexion gauche.
Ce mouvement complexe, en fait, ouvre le massif articulaire droit L4-L5 qui est de suite mis en tension capsulaire et ligamentaire alors que le massif gauche est verrouillé par convergence. L'appui sur l'aile iliaque porte l'articulaire supérieure droite de L5 en arrière et en bas par rapport à l'articulaire inférieure droite de L4... ou si l'on veut, L4 droit reste en avant par rapport à L5 droit qui se déplace en arrière et en bas. Il s'agit donc bien d'une rotation antérieure gauche de L4 sur L5.
Deuxième possibilité (fig. 4)

La
rotation vers la gauche est douloureuse. C'est à dire que la rotation antérieure
de L4 droit sur L5 droit éveille une douleur chez le sujet. Par contre, la
rotation vers la droite est indolore. On aura donc la possibilité de faire
une manipulation en rotation postérieure sur ce massif articulaire précis
L4-L5 droit.
Pour cela, nous installons le patient sur le côté gauche, le massif articulaire en cause vers le haut.
La
mise en tension s'effectuera, d'une part, par le recul de l'épaule droite,
augmentant la latéro-flexion et mettant en tension ligamentaire la colonne
thoraco-lombaire jusqu'au niveau souhaité, d'autre part, par l'appui sur l'aile
iliaque droite avec l'avant bras gauche dans une direction qui est la résultante
d'un mouvement rotatoire perpendiculaire et d'un mouvement d'exagération de
la latéro-flexion gauche, c'est à dire en direction des pieds du patient.
La manipulation suivra la mise en tension.
Cette seconde manœuvre ouvre le massif articulaire droit vers le haut avec tension capsulaire et ligamentaire alors que le massif articulaire gauche est verrouillé en dessous. L'appui sur l'aile iliaque porte l'articulaire droite de L5 en avant et en bas par rapport à l'articulaire droite de L4 qui reste en arrière et en haut ; L4 droit reste en arrière et en haut par rapport à L5 droite qui se dirige en avant et en bas. Il s'agit donc bien d'une rotation postérieure droite de L4 sur L5.
Cette dernière manipulation
en dérotation est en fait plus globale et peut être moins précise que la première.
Elle correspond plus en fait à celle que R. Maigne appelle "le tir à
l'arc" qui est un mouvement de décoaptation articulaire globale.