| sofmmoo.com 2003 Réflexions sur l'examen clinique du rachis cervical Jean-Yves Maigne |
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Le rachis cervical est caractérisé par sa mobilité et la petite taille des vertèbres, particularité qui, jointe à sa situation profonde (au centre du cou) et à la présence d’une lordose qui éloigne encore les vertèbres du plan postérieur, le rend difficile à examiner. Quelles techniques recommander et dans quel but les utiliser ? Quelle est leur fiabilité ? Et surtout, peut on tirer de cet examen des informations qui vont influer sur le diagnostic ou la prise en charge thérapeutique du patient cervicalgique ? C’est à ces questions que nous vous proposons de réfléchir.
Interrogatoire |
Comme pour toutes les douleurs vertébrales, l’interrogatoire représente à lui seul 50% de la démarche diagnostique. Il doit donc être conduit de façon méthodique et systématisée. La première étape est de s’assurer qu’il s’agit bien d’une cervicalgie commune. Une cervicalgie de survenue très brutale, une cervicalgie survenue après un traumatisme plus ou moins violent, une cervicalgie d’apparition très récente (moins de 48 heures) doivent éveiller l’attention, a fortiori s’il existe des signes neurologiques d’accompagnement (souvent discrets). La première doit faire rechercher un tassement vertébral néoplasique, la seconde une lésion osseuse ou ligamentaire grave, la troisième est compatible avec une dissection spontanée de l’artère vertébrale. Cette première étape est en général facile à franchir et nous ne la donnons que pour mémoire.
Les autres questions ont pour but d’essayer d’identifier la cause, d’apprécier le terrain et d’évaluer le retentissement de la douleur. Il n'est pas question de reprendre tout l'interrogatoire du cervicalgique, développé ailleurs.(4) Rappelons que nous avons décrit une classification des douleurs dites vertébrales en trois cercles.
Le
premier cercle
est celui des douleurs qui proviennent d’une atteinte du rachis lui-même,
et plus précisément d’un segment mobile. Ces douleurs se
caractérisent par ce que nous avons appelé une «logique
d’organe». Cette logique apparaît dans la topographie de la
douleur (qui peut être rapportée à une lésion segmentaire
unique), dans son rythme (des éléments rationnels, en général
mécaniques, sont susceptibles de la calmer ou de l’aggraver), dans
les données de l’imagerie et dans les traitements (par exemple
lorsqu’une cure de hernie discale guérit une NCB ou qu’un
traitement anti-inflammatoire soulage une douleur arthrosique). Savoir les identifier
et en trouver la cause est important. Elles peuvent en effet bénéficier
de traitements simples ou plus complexes en fonction des cas : anti-inflammatoires
ou infiltrations, manipulations ou chirurgie.
Le
deuxième cercle correspond probablement à un dysfonctionnement
des voies de la douleur. Il s’agit de douleurs diffuses, échappant
à toute systématisation anatomique, et permanentes : rien ne les
calme. L’imagerie est négative, ou bien montre de petites anomalies
incapables d’expliquer une telle douleur. Les traitements habituels sont
sans effet. L’exemple le plus caractéristique est celui de la fibromyalgie,
grande pourvoyeuse de douleurs cervico-dorsales. Les douleurs de dépression
masquée, les douleurs de stress rentrent aussi dans cette catégorie.
Le traitement repose souvent sur l’amitriptyline (Laroxyl).
Le
troisième cercle est celui des douleurs où les facteurs
dits psycho-sociaux jouent un rôle de premier plan. Les patients sont
souvent en arrêt de travail prolongé, ou engagés dans un
conflit d’ordre médico-légal ou médico-social. Il
s’agit souvent d’accidentés du travail. Une autre caractéristique
est le contraste entre l’importance des douleurs, leur retentissement
et l’absence de toute lésion susceptible d’expliquer un tel
tableau. La prise en charge de ces patients est difficile, dans l’ignorance
que nous sommes de la cause réelle de leur douleur. L’exemple le
plus caractéristique au niveau cervical est celui du «coup du lapin»,
quoique dans nombre de cas, il existe une lésion identifiable.
Pour revenir aux cervicalgies, nous souhaitons attirer l'attention sur deux groupes de questions dont les implications sont à la fois diagnostiques et thérapeutiques. Les premières ont pour but de déterminer si la douleur provient bien d'un segment mobile cervical (le premier cercle de la douleur vertébrale) ou s'il s'agit plutôt, au contraire, d'une douleur liée à un dysfonctionnement des voies de la douleur (le deuxième cercle des douleurs vertébrales). Elles figurent ci-dessous. Une réponse positive à l'une d'elles doit éveiller l'attention, et faire évoquer une cervicalgie non vertébrale.
Les secondes n’ont d’utilité que si la douleur est a priori d’origine vertébrale (ci-dessous). Elles doivent faire évoquer une composante inflammatoire arthrosique, cette inflammation siégeant soit dans le disque, soit dans l'articulaire postérieure. Il nous semble qu’elle survient surtout aux stades débutants de l’arthrose, c’est à dire chez des sujets jeunes (principalement des femmes entre 35 et 50 ans).
Mesure
de la mobilité cervicale |
La mobilité du cou doit être explorée dans les six directions : flexion/extension, rotation et latéro-flexion droite et gauche, en donnant en fin de mouvement une petite poussée supplémentaire afin d’explorer la totalité de l’amplitude disponible. La rotation doit être testée le regard du patient étant horizontal, afin de disposer de l’amplitude maximale. Son amplitude est mieux appréciée si l’examinateur observe son patient par dessus (fig. 1). Cette évaluation constitue la base de l’examen physique du rachis cervical. Le rachis cervical peut voir sa mobilité perturbée en termes d’amplitude ou de douleur.
Figure 1 : évaluation de la rotation cervicale, en se plaçant au dessus du patient.
Anomalie
de mobilité en l'absence de douleur |
Perte
d’amplitude
Une perte d’amplitude, surtout nette dans une ou les deux rotations, n’a
de réelle valeur que si elle s’accompagne de douleur. En l’absence
de douleur, elle témoigne simplement de la présence d’une
arthrose ou d’un enraidissement, phénomène banal au delà
de cinquante ans. Elle apparaît très progressivement et n’est
perçue par le sujet que lorsqu’elle diminue en deçà
de 45°. Une gène fonctionnelle réelle apparaît alors
dans la vie quotidienne, en particulier pour se retourner (en voiture, pour
se garer par exemple). Elle est en général bilatérale et
symétrique.
Les pertes de mobilité les plus marquées surviennent en cas d’atteinte
(en général arthrosique) du segment C1-2, celui où se produit
près de la moitié de la rotation cervicale. En théorie,
ce segment peut être examiné de façon plus élective
en faisant fléchir le cou au maximum (menton sur le sternum), ce qui
bloque la rotation des étages cervicaux moyens et inférieurs par
mise en tension des structures postérieures. La rotation résiduelle
dans cette position ne dépend alors que de C1-2.
Les traitements manuels, associés à de la kinésithérapie,
peuvent parfois redonner un peu de la mobilité perdue. Quelques degrés
de plus suffisent souvent pour améliorer la fonction.
Augmentation
d’amplitude
Une augmentation d’amplitude, également observable dans les rotations,
est parfois notée chez les jeunes femmes. Elle témoigne d’une
hyperlaxité, syndrome parfois à l’origine de douleurs articulaires
multiples. La présence d’une hyperlaxité contre indique
formellement toute manipulation cervicale en rotation, en raison du risque vasculaire
majoré.
Amplitude
normale
Beaucoup de cervicalgies communes n'ont pas de diminution de leur mobilité
cervicale. C'est un argument intéressant lorsque l'on soupçonne
qu'un dysfonctionnement des voies de la douleur est en cause (comme dans la
fibro-myalgie ou les douleurs des dépressions, où l'on observe
pas de diminution de mobilité), mais il n'a aucune spécificité.
Douleur
à la mobilisation du cou |
La douleur à la mobilisation est la perturbation la plus intéressante à rechercher, puisqu’elle marque la vraie frontière entre le normal et le pathologique. Elle doit être recherchée en flexion, en extension et en rotation. Cette douleur peut retentir, mais non constamment, sur l’amplitude.
Douleur
en flexion
Une douleur en flexion est rare. Certains patients la signale spontanément,
qu’il s’agisse de cervicalgiques, de dorsalgiques, ou même
de lombalgiques (leur douleur lombaire habituelle étant déclenchée
par la flexion cervicale). Cyriax considérait ce phénomène
comme caractéristique d’une douleur dure-mérienne, surtout
s'il contrastait avec des rotations libres.(2) Son explication était
la suivante : la flexion du cou tire l’ensemble de la dure-mère
(jusqu’au cul de sac dural) vers le haut. Si elle ne coulisse plus librement,
en raison d’un blocage par une «protrusion» discale et des
adhérences que cette situation implique, son étirement vers le
haut devient douloureux. Cet étirement reproduit la douleur spontanée.
La douleur en flexion pourrait donc traduire une pathologie discale dite «protrusive».
Douleur
en extension
Les douleurs provoquées par l’extension du cou ne sont pas fréquentes
non plus. Certaines radiculalgies sont déclenchées de cette façon,
probablement en raison de la fermeture du foramen intervertébral cervical
en extension. Peut être aussi certaines fissures discales de l’anulus
antérieur sont elles rendues douloureuses du fait de la traction qu’exerce
sur elle la mise en extension ?
La reproduction d’une radiculalgie par une combinaison d’extension,
de rotation et de latéro-flexion homolatérale (manœuvre fermant
le foramen intervertébral) constitue le test de Spurling, dont la positivité
témoigne de l’origine cervicale d’une radiculalgie (peu sensible
mais très spécifique). La aussi, le mécanisme probable
est une fermeture du foramen.(10)
Douleur
en rotation
Les douleurs provoquées par la rotation et la latéro-flexion sont
très communes en cas de cervicalgie commune. Ces deux mouvements sont
concernés simultanément, puisqu’il s’agit de fait
d’un seul et même mouvement au niveau des portions moyennes et inférieures
du rachis cervical. Ils ne sont indépendants qu’au niveau de la
charnière crânio-cervicale (C0-1, C1-2). Les douleurs apparaissent
en fin de course et s’accompagnent en général d’une
perte d’amplitude variant de quelques degrés (le menton ne pouvant
atteindre le moignon de l’épaule) à des blocages francs.
Ces symptômes sont en général unilatéraux, du même
côté que la douleur, parfois du côté opposé.
La discussion des mécanismes pouvant entraîner une douleur en rotation
font l’objet d’un paragraphe séparé (cf. infra).
Douleur
en compression axiale
La reproduction d’une douleur lombaire par compression axiale cervicale
(en appuyant sur la tête) constitue l’un des cinq tests de non organicité
décrits par Waddell. Cette manœuvre n’a pas été
étudiée pour les douleurs cervicales.
Validation
de l'étude de la mobilité cervicale |
La mesure de la mobilité cervicale est elle reproductible ? Deux examinateurs examinant le patients à deux moments différents vont ils trouver la même chose ? Ceci n’a pas été étudié à notre connaissance, contrairement à la mobilité lombaire, où les résultats inter et intra observateurs sont plutôt bons.
Quelles
structures peuvent rendre la rotation douloureuse ? |
L’anatomie fonctionnelle montre que la rotation cervicale est un mouvement complexe dont le centre, pour un segment mobile donné, est situé au milieu du bord antérieur du plateau vertébral supérieur. C’est là que convergent (en V renversé) les fibres de l’anulus antérieur, que Mercer et Bogduk appellent «ligament interosseux antérieur» en raison de sa forme en croissant.(8) C’est la partie la moins mobile du segment mobile, et donc la moins sollicitée, puisque l’axe de rotation le traverse. En revanche, l’arc postérieur est situé à distance de cet axe. C’est lui qui parcourt le plus de chemin quand on tourne le cou. A distance intermédiaire se trouve la région uncinée. Arc postérieur et région uncinée sont donc les deux régions anatomiques susceptibles d’influer sur la rotation cervicale.
L’arc
postérieur
Deux structures anatomiques sont sollicitées à ce niveau : les
articulaires postérieures d’une part, les muscles qui s’insèrent
sur l’arc postérieur (comme le multifidus par exemple) d’autre
part. L'hypothèse plausible est une limitation de la rotation par "tension"
ou contracture unilatérale de ces muscles (et en particulier du multifidus).
Cette tension pourrait être le fait soit d'une lésion minime du
segment mobile, ce qui expliquerait qu'elle disparaisse parfois instantanément
après manipulation, soit d'une lésion inflammatoire de l'articulaire
ou du disque (en particulier dans les arthroses débutantes). Dans ce
dernier cas, elle ne répondrait pas aux manipulations.
La
région uncinée
Également sollicitée, car située à la partie intermédiaire
du mouvement de rotation (entre centre et périphérie), se trouve
la région uncinée. On la définit comme l’espace,
propre au rachis cervical, compris entre l’apophyse unciforme et la partie
postéro-inférieure du corps vertébral de la vertèbre
sus-jacente. Chez l’enfant, elle contient des fibres de l’anulus
qui unissent ces deux structures. Vers l’âge de 8-10 ans environ
apparaît une fente transversale, décrite par Tondury, qui sépare
peu à peu ces deux surfaces en s’immisçant entre elles,
selon un trajet centripète vers le centre du disque, et de façon
très lente, tout au long de la vie.(9) Elle scinde donc les parties postéro-latérales
du disque en deux (une partie supérieure, une partie inférieure).
Cette fente acquière son développement maximal vers l’âge
de 50 ans, lorsqu’elle atteint un noyau discal central résiduel
qui ne peut être scindé. Ces constatations ont été
récemment confirmées par Mercer et Bogduk.(8) Ce phénomène
est probablement la conséquence de la biomécanique particulière
des mouvements de rotation cervicale, qui cisaillent les régions uncinées.
Ces contraintes seraient telles, que le disque s’y adapterait en se déchirant
lentement en quelques décennies. Cette déchirure progressive de
fibres discales est asymptomatique. Notre opinion est qu'il s'agit cependant
d'une source potentielle de douleurs cervicales, en particulier lorsque ce phénomène
de fissuration se trouve brusquement accéléré. On peut
imaginer que s'il s’aggrave brusquement, sous l’effet, par exemple,
d’un faux mouvement, il puisse devenir douloureux. Nous avons publié
une observation privilégiée de torticolis qui alimente cette hypothèse
(5).
L’examen de la rotation lors de l’évaluation clinique exercerait
donc des contraintes d’étirement des régions uncinées,
qui seraient à l’origine de la reproduction de la douleur en mettant
en tension des fibres rompues.
Examen
des muscles |
Les muscles paravertébraux sont un support important de la douleur, quelle que soit sa cause. Beaucoup de douleurs cervicales sont avant tout des douleurs de muscle. Le muscle est le haut-parleur de la douleur discale. Si le muscle est de plus soumis à une fatigue excessive, il deviendra encore plus douloureux. Ce phénomène est particulièrement net au niveau cervical, car les postures de travail (en particulier sur écran) requièrent une contraction prolongée des muscles postérieurs. De plus, ces muscles sont moins puissants chez la femme, alors que la tête pèse le même poids dans les deux sexes. Ils peuvent donc se fatiguer plus vite. Cette douleur d’origine musculaire peut être évaluée par la palpation des corps musculaires ou de leurs insertions, en comparant les deux côtés.
Technique
Les muscles les plus intéressants à étudier sont au nombre
de quatre : le levator scapula (ex angulaire de l’omoplate), le splenius
du cou, les trapèzes et les muscles profonds de la nuque (semispinalis
et multifidus, respectivement ex complexus et transversaire épineux).
La meilleure position d’examen est un patient assis, de dos, sa tête
légèrement penchée en avant.
Résultat
Le levator scapula s’insère sur l’angle
supéro-interne de l’omoplate, où sa palpation est aisée
(fig. 2). Le corps charnu, pas très épais, est moins accessible.
Lorsque la douleur spontanée irradie vers l’omoplate (situation
souvent décrite par les patients comme une douleur «d’épaule»),
cette insertion est très sensible et sa pression reproduit la douleur
spontanée.
Le splenius du cou s’insère sur la
face latérale de l’épineuse de T4 et sur les ligaments interépineux
adjacents. Cette insertion est facilement palpable, à condition de diriger
la pression obliquement vers l’arrière et le dedans (donc d’appuyer
sur la face latérale de l’épineuse, et non pas sur l‘articulaire
postérieure, fig. 3). Elle est douloureuse lorsque le patient se plaint
d’une irradiation interscapulaire, voire d’une dorsalgie isolée.
Notons que levator scapula et splenius du cou partagent leurs insertions hautes
sur les transverses cervicales et peuvent être regardés comme un
muscle unique avec deux chefs inférieurs, l’un médial, l’autre
latéral.
Le trapèze est palpable au dessus de l’épaule.
Il est souvent sensible de façon bilatérale en cas de fibromyalgie.
Les muscles profonds sont palpables avec trois
doigts se déplaçant d’avant en arrière (fig. 4).
Tout problème cervical est susceptible de les rendre sensibles, soit
sur toute leur hauteur (ce qui rend difficile la palpation rachidienne, cf.
infra), soit sur quelques centimètres, en regard du segment atteint.
Figure 2 : palpation
de l’insertion basse du splenius du cou. |
Figure 3 : palpation
de l’insertion basse du levator scapula.
|
Figure 4 a et b : palpation
du semispinalis. La tête est maintenue par la main gauche de l’examinateur,
appuyée sur le front du patient. La palpation se fait d’avant
vers l’arrière. |
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Examen
segmentaire cervical |
Technique
Le troisième temps de l’examen cervical est la palpation, segment
par segment, d’un côté puis de l’autre, du rachis cervical,
selon la technique décrite par R. Maigne.7 Cette palpation peut être
menée sur le patient assis, la main gauche de l’examinateur soutenant
le front (fig. 5), ou surtout en position allongée (fig. 6). Les quatre
manœuvres de base (pressions sur les articulaires postérieures,
sur l’épineuse, sur le ligament interépineux et pression
latérale sur l’épineuse) ne sont pas valables aux étages
cervicaux, les épineuses étant courtes et profondes, donc non
palpables. Seules celles de C2 et de C7 le sont et servent de repères
anatomiques (fig. 7). On n’utilise donc que la palpation des articulaires.
Faut-il signaler que l’on cherche à provoquer une douleur, ou au moins une sensibilité anormale, à un niveau, et non pas à évaluer la mobilité fine de cet étage ? Cette dernière démarche caractérise l’ostéopathie traditionnelle et ne repose sur aucune donnée fiable. L’intensité de la réponse douloureuse est appréciée par rapport au côté opposé, et, si possible, par rapports aux étages sus et sous jacents. On doit aussi préciser l’étage concerné, soit de façon approximative (rachis cervical supérieur, moyen ou inférieur), soit, ce qui peut s’avérer plus délicat, de façon précise en s’aidant des repères anatomiques classiques : épineuse de C7 (la première palpable en bas), angle de la mâchoire (qui correspond au corps de C4), épineuse de C2 (la seule palpable en haut).
Figure 5 : palpation de la ligne des articulaires postérieures, ici au rachis cervical supérieur.
Figure 6 : palpation
de la ligne des articulaires postérieures sur un patient allongé.
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Figure 7 : les deux
repères osseux : saillie de l’épineuse de C7 en bas
et palpation de l’épineuse de C2 en haut. |
Résultats
de l’examen segmentaire
La pratique en routine de cet examen segmentaire cervical montre que les résultats
en sont variables selon les cas.
Souvent, un étage paraît nettement plus sensible que les autres.
Ceci signifie t'il que cet étage est la source de la douleur ressentie
par le patient ? Pour valider sa technique d’examen, R. Maigne recourrait
au bloc anesthésique péri-articulaire (1cc de lidocaïne injecté
au contact osseux). L’injection était faite selon de simples repères
cliniques. La disparition de la douleur spontanée et de ses irradiations
à distance apportait la preuve de la responsabilité du segment
suspect. Une étude de Jull et al, comparant les données de la
palpation cervicale selon une technique similaire (effectuée par une
physiothérapiste entraînée) à celles de blocs de
branche postérieure sous contrôle scopique (soit avant, soit après
l’évaluation clinique), a porté sur 20 patients dont 15
avaient eu un bloc positif et 5 un bloc négatif.(3) La palpation cervicale
lui a permis de diagnostiquer sans faute les 15 patients avec bloc positif et
les 5 avec bloc négatif, et de préciser le niveau concerné
dans les 15 cas avec bloc positif. Malgré l’absence d’autres
études sur ce thème (en particulier d’évaluation
de la reproductibilité intra/inter observateur), une certaine validité
peut être reconnue à l’examen segmentaire cervical. Autrement
dit, la douleur retrouvée à la palpation d’un segment signifie
bien que ce segment est responsable de la douleur.
De façon un peu moins fréquente, il arrive que toute la hauteur du cou soit sensible sur toute sa hauteur, sans que l’on puisse déterminer si un étage est plus concerné qu’un autre, et ce y compris chez des patients dont la douleur provient bien d’un seul segment cervical et n’est pas d’origine fibromyalgique ou dépressive par exemple. Ce phénomène pourrait être lié à une sensibilité exagérée des muscles (ce sont eux que l’on palpe avant d’atteindre la ligne des articulaires : semispinalis et multifidus). Il devient alors impossible de préciser l’étage responsable. Seule la projection de la douleur, s’il y en a une, permet de rapporter la douleur à la partie inférieure, moyenne ou haute du rachis cervical.
Valeur
étiologique de l'examen segmentaire
La question qui se pose est de savoir si la douleur reproduite par la pression
en regard d’une articulaire postérieure correspond spécifiquement
à une douleur provenant de l’articulaire postérieure elle-même.
Notre réponse est non, pour la raison suivante. Au niveau lombaire, l’examen
segmentaire est positif dans la quasi totalité des lombalgies, alors
que les syndromes articulaires postérieurs ne représentent que
10 à 20% des causes de lombalgie. Dans une population de lombalgiques
tout venants, Revel a montré que la douleur réveillée à
la pression de l’articulaire était présente aussi bien dans
les cas répondant au bloc intra-articulaire postérieur que dans
ceux n’y répondant pas et qu'elle n'avait aucune valeur prédictive.
Cette constatation vaut aussi pour le rachis cervical. Étudiant une population
dont la douleur cervicale était d’origine vertébrale (le
premier cercle de la douleur vertébrale) par des discographies et des
blocs de branches postérieurs, Bogduk et Aprill ont trouvé 20%
de douleurs discales, 23% de douleurs articulaires postérieures, 41%
de douleurs mixtes et 17% de douleurs d’origine inconnue.(1) On en déduit
que l’examen segmentaire est positif, que la douleur soit discale ou articulaire
postérieure. Cette positivité peut s’expliquer de différentes
façons : la pression sur l’articulaire mobilise l’ensemble
de la vertèbre, la pression intéresse aussi les muscles para-vertébraux
ou le périoste (et l'on sait que les muscles sont très souvent
sensibles en cas de cervicalgie). Il est donc impossible de distinguer une douleur
discale d’une douleur articulaire postérieure par la simple palpation.
Examen
neurologique et vasculaire |
Examen
neurologique
Un examen neurologique simple vient conclure l’examen cervical. Il s’agit
simplement, en cas d’absence de tout signe d’appel, de vérifier
systématiquement la normalité des réflexes ostéo-tendineux
du membre supérieur : réflexe bicipital (C5 et C6), le plus important,
mais aussi tricipital (C7) et stylo-radial (C6). Un examen plus poussé
(sensibilité et motricité) est nécessaire en cas de signes
d’appels.
Examen
vasculaire
Un certain nombre de cervico-scapulalgies du sujet jeune sont non pas d’origine
vertébrale, mais liées à un syndrome des scalènes.
Outre les données de l’interrogatoire, le dépistage repose
sur la palpation du pouls radial, qui diminue et s’abolit lorsque le bras
est surélevé, épaule en abduction et rétropulsion
(fig. 8). Ceci constitue la manœuvre d’Adson.
Figure 9 : manœuvre
d’Adson |
Conclusion |
L’examen clinique du rachis cervical est donc avant tout orienté par l’interrogatoire, qui demeure l’élément clé du diagnostic.
Bibliographie
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