La Lettre de la SOFMMOO n°16
juillet 2006

Lettre trimestrielle d'information et de liaison entre nos membres

Le mot du Secrétaire Général


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Plusieurs articles parus récemment dans la presse médicale sur la relation entre céphalées et rachis cervical témoignent des interrogations de nombreux praticiens confrontés à cette symptomatologie. Ces articles appellent de notre part plusieurs remarques, et quelques rappels cliniques, car les preuves de la relation céphalées-rachis cervical et notamment les preuves thérapeutiques manqueraient.

Pour Robert MAIGNE 80% des céphalées communes seraient d’origine cervicale, pour les neurologues 0,5 à 2% seulement. L’opposition de ces deux chiffres traduit, davantage qu’une divergence d’analyse, un manque de communication et de véritable collaboration, et en particulier un accord sur une sémiologie reproductible, quel que soit l’examinateur, permettant de bien définir ce que l’on doit entendre par céphalée cervicogénique.

Doit-on rappeler les nombreux travaux expérimentaux, et en particulier ceux de KELLGREN (Clin Sci 1938 et 1939) ? Doit-on rappeler les travaux de R. MAIGNE, qui ont permis d’enseigner des générations de médecins manipulateurs, grâce à une sémiologie précise, enrichie par l’apport de plusieurs élèves, dont parmi les plus récents Jean Louis GARCIA (Thèse médicale Reims, 1977 et Revue de Médecine Orthopédique, 1995;3:9-20) et Norbert TEISSEIRE (NT) (Société de rhumatologie de l’Ouest-Laval 1996, SOFMER Angers 1998, 4° Congrès Européen de MPR Syracuse 2002, SOFMER, Perpignan 2002).

Une série de 377 patients (étude prospective à partir d’une maquette de saisie informatisée) était en particulier présentée en 2002, en milieu rhumatologique, la céphalée devant être le premier ou second motif de consultation. Le recrutement se faisait donc en milieu spécialisé, à orientation manuelle affirmée depuis plus de 20 ans. Ce travail avait été mené par l’auteur dans le but affirmé de motiver une étude à plus grande échelle, et en collaboration avec des praticiens de sensibilités variées. Une thèse aurait pu alors être proposée, menée à partir de consultations de neurologie et rhumatologie, le recueil des données étant réalisé par un praticien (thésard) n’intervenant pas à titre thérapeutique, mais très entrainé à la fois à la sémiologie classique et MMO (médecine manuelle ostéopathie). Pour diverses raisons ce travail reste à réaliser.

Le travail de NT rappelait les bases physiopathologiques nombreuses à l’appui de la thèse cervicogénique, et faisait ressortir les caractéristiques cliniques, avec une prévalence féminine (4 F pour 1 H), dans la tranche d’âge de 30-50 ans, et chez des sujets classés « semi-sédentaires ». Le taux de patients (biaisé par le recrutement très spécialisé sans doute) présentant les stigmates d’un DIM de R. MAIGNE ressortait à plus de 80% …. tout de même !... Les patients soulagés de façon complète à 6 mois étant de 63 %, le taux à 1 an à 20% (à l’exclusion de tout autre thérapeutique que manuelle).

Il est donc d’un intérêt essentiel d’enseigner aux jeunes médecins les bases de la reconnaissance d’une céphalée cervicogénique.

Pour en revenir aux articles récents à proprement parler, quelques remarques :

  • La relation avec l’arthrose est faible : c’est bien ce qui ressort de tous les travaux menés par l’école française depuis plus de 40 ans…. Un grand point d’accord donc.
    En effet le rôle des contractures musculaires est essentiel (ici témoins de DIM, là à l’origine de tableau de DIM).
  • L’association à des migraines « vraies » : le traitement manuel améliore ces patients dans la grande majorité des cas, permettant un confort de vie avec recours très diminué à des traitement médicamenteux non dénués d’inconvénients, voire de risques.
  • Le danger de certaines thérapeutiques : lors de l’enseignement du DIU de MMO, et depuis 10 ans dans les recommandations de la SOFMMOO, ont été définies les limites de certaines manoeuvres et les contre indications formelles des manipulations vertébrales cervicales : ceci n’apparaît pas dans les artickes récents. Y apparaît par contre l’idée d’ injections de xylocaïne en région cervicale, ce qui est formellement prohibé dans les enseignements du DIU de MMO (et plus bas encore).

Au final : pas assez de collaboration entre praticiens de diverses écoles, qui à l’évidence ont le même souci d’efficacité et d’innocuité pour les patients.

C’est souligner la nécessité pour les directeurs de DIU de MMO de motiver des travaux cliniques (thèses ++) de grande envergure, pour que tous les jeunes médecins, et rapidement leurs patients, puissent bénéficier des techniques manuelles que leurs anciens éprouvent depuis si longtemps.

Amis libéraux, amis universitaires ….à vos dossiers !

Norbert TEISSEIRE
S.G. de la SOFMMOO