La Lettre de la SOFMMOO n°13
Octobre 2005

Lettre trimestrielle d'information et de liaison entre nos membres

Jean-Marie Soulier


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Toutes les techniques en MMO se valent elles ?

La question semble provocatrice, mais en analysant les résultats thérapeutiques de mes divers enseignants, elle prend tout son sens. J’ai choisi de revoir mes 30 ans d’expérience (depuis 1974) et de comparer les différentes méthodes de traitement que j’ai pu utiliser.

Nouveau diplômé en kinésithérapie en 1974, je sortais des stages de rééducation classique en milieu hospitalier où les traitements manuels étaient sous représentés.

Le premier pratiquant, M Cullioli, âgé de 75 ans, kinésithérapeute, pratiquait le massage réflexe, comprenant massages du tissus conjonctif, massages ligamentaires et tendineux, massages du périoste selon Vogler et bien sur massages musculaires. Il y ajoutait les mobilisations articulaires et celles du rachis, avec ou sans manipulations. Les traitements individuels étaient longs (45 minutes à 1 heure), ses techniques puissantes et souvent douloureuses.

Le deuxième était chiropractor. Il traitait toutes les pathologies uniquement par le « recoil » et quelques manipulations en rotation du rachis, jamais les articulations périphériques.
J’ai pu suivre ses consultations tous les mercredi pendant 2 ans. Les succès thérapeutiques étaient considérables et le rythme de travail intensif (8 à 10 patients de l’heure). J’étais en 2ème et 3ème années de médecine et exerçais en même temps en cabinet de kinésithérapie. Ses succès constants, sans effort apparent, instantanés, réguliers, m’interpellaient. Sa clientèle provenait le plus souvent d’échecs médicaux qu’il traitait en 3 séances au maximum. Souvenez vous qu’à cette époque à l’hôpital, le traitement des radiculalgies était chirurgical.

Puis pendant une quinzaine d’années, j’ai pu assister aux stages de kinésithérapie analytique de Raymond Sohier, chef de service à La Louvière (Belgique). Lors d’une formation au centre de rééducation à Nîmes, un patient était hospitalisé sans résultat depuis 1 mois pour une capsulite rétractile consécutive à une fracture de l’humérus survenue 3 mois plutôt. Il ne dépassait pas 80° en antépulsion ni en abduction. Le chef kiné l’avait choisis comme cobaye pour la pratique du traitement de l’épaule. Devant nous et en moins de dix minutes, le patient avait regagné 170° dans toutes les amplitudes, sans aucun geste forcé ni mobilisation forte ni manipulation ni massage.

Nous citons d’autres thérapeutes prestigieux qui enseignent dans les divers DIU ou associations de MMO. Progressivement, leurs techniques deviennent de plus en plus douces et précises. Et même en utilisant de grands bras de levier, la mise en tension initiale ne demande pas de geste brusque. Pour le rachis cervical en particulier, ils manipulent « du bout des doigts ». Actuellement, les techniques manuelles se sont développées et diffusées sous l’impulsion des DIU créés en faculté de médecine.

Nous constatons que tous ces thérapeutes ont réussit à créer leur propre technique : la Cullioli-thérapie, la Reiner-thérapie, la Sohier-thérapie, sans parler de l'école de R. Maigne (qui met en priorité l'accent sur les indications [syndromes vertébraux] des techniques manuelles et les règles de leur mise en oeuvre). Elles sont la synthèse de leurs acquis, les différentes techniques initiales, transformées et retransmises après maturation auprès de leur propre personnalité. Les techniques les plus fortes aussi bien en massages, mobilisations passives, manipulations, que les plus longues qui duraient plus d’une demi heure ne me sont pas apparues à moyen terme plus efficaces que celles qui étaient les plus douces.

J’ai à l’inverse rencontré de piètres thérapeutes. Devant la baisse de leur clientèle, ils ont voulu se recycler dans des spécialités « porteuses » : acupuncture, homéopathie et maintenant manipulations ; ici non plus ils n’ont pas plus de résultat.

En conclusion, nous pourrions dire que toutes les techniques sont efficaces dans la mesure où le thérapeute a des bases médicales et pose un diagnostique précis et si possible étiologique de la pathologie. Car en médecine manuelle, c'est avant tout l'indication qui compte. Les meilleures manipulations seront sans effet si l'indication est mauvaise. Les techniques violentes et très fortes sont abandonnées. Les praticiens les plus expérimentés s’orientent progressivement vers les plus douces. Ils gagnent également en rapidité, par la précision du geste.
Personnellement, depuis 10 ans, mes techniques sont de plus en plus douces et non forcées. Mes résultats sont toujours les mêmes.
Un ami, qui avait beaucoup voyagé et fréquenté de nombreux praticiens, pensait que le succès thérapeutique était lié à l’homme et non à la technique.
A vous de méditer cette dernière phrase : la MMO plus que toute autre médecine est un art, elle est propre à chaque artiste.

Très cordialement

Jean-Marie Soulier