La Lettre de la SOFMMOO N°8 Juillet 2004

Lettre trimestrielle d'information et de liaison entre nos membres
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Ostéopathie non médicale, ou comment ne pas sombrer dans la schizophrénie

Plus on pense s’approcher de la date de parution des décrets concernant la pratique de l’ostéopathie par des non médecins, plus certains confrères prennent conscience de l’existence d’une formation universitaire de Médecine Manuelle-Ostéopathie (MMO).

Pourtant la création d’un Diplôme Inter Universitaire fut un événement important pour l’Université française, qui n’en n’a sûrement pas rapidement pris conscience. La qualité des enseignements délivrés, tant sur le plan théorique que pratique, a fait de ce DIU la filière principale de l’enseignement de la biomécanique de l’appareil locomoteur, notamment en ce qui concerne le rachis. Les congrès organisés par la Société Française de Médecine Manuelle Orthopédique et Ostéopathique ou les Journées que notre société patronne attirent chaque année davantage d’auditeurs.

L’Ecole Médicale Manuelle Française est une référence et il faut aller plus loin.

Pourquoi donc, depuis une bonne dizaine d’années, tant de dignitaires universitaires, négligeant les appels de collègues universitaires et libéraux, se sont désintéressés de cette spécialité, au point que de nombreux étudiants parvenus en fin de formation ignorent l’existence même du DIU ?

Sur le plan pratique, il faudrait tripler les inscriptions au DIU pour espérer conserver à la sortie, un tiers de confrères « pointus » qui assureraient par la suite le renouvellement des cadres à un haut niveau de compétence. Si une telle dynamique avait été la règle, la couverture territoriale en médecins diplômés rendrait obsolète la question de la formation d’un nouveau corps d’auxiliaires, alors même que des voix en Europe affirment que certains pays (dont la France) possèdent un pool de kinésithérapeutes inflationniste.

Deux questions doivent être posées, si l’on veut saisir le malentendu qui existe sur la pratique de l’ostéopathie par des non médecins :

1- Pourquoi avoir créé un DIU de MMO réservé aux médecins ?

2- Pourquoi réunir une commission ministérielle pour débattre de la pratique de techniques non éprouvées (en particulier sur le plan diagnostic !) et pourquoi écarter des débats les groupes les plus représentatifs de la Médecine Manuelle-Ostéopathie de notre pays ?

Le DIU était devenu indispensable, car trop de « pata médecines » sévissent sur notre territoire et l’ostéopathie n’est une médecine ni douce ni alternative. Quel praticien non entraîné à des techniques rigoureuses et éprouvées accepterait aujourd’hui de « couvrir » les actes d’un auxiliaire pratiquant des techniques souvent délicates surtout au rachis ? Quel patient surtout, clairement informé, accepterait de confier son rachis à un praticien aux compétences douteuses, d’autant qu’existe une ostéopathie médicale très officielle ? Pourquoi diable réunir une commission ministérielle pour débattre d’un problème qui n’existe pas, en France en tout cas ?

Alors ne sombrons pas dans la schizophrénie

Soit l’on s’occupe de patients, porteurs d’affections organiques et la chaîne thérapeutique existe, bien structurée (de l’omnipraticien au kinésithérapeute, en passant par le médecin compétent en MMO (Rhumatologue, Rééducateur, Médecin du sport, Neurologue), soit l’on s’occupe de « Bobologie » et l’on sort du cadre de la pathologie organique, donc de la prise en charge médicale caractérisée et l’on peut trouver son bonheur dans certains centres de thalassothérapie, SPA, « pata thérapie »…

Bien sûr, la demande de prise en charge du corps existe, bien orchestrée par certains médias et les technocrates européens se sont justement interrogés sur certaines pratiques dans certains pays voisins où n’existe pas de structure universitaire médicale en MMO, comme c’est le cas chez nous. Il est faux de vouloir parler d’exception française là où le terme d’exemple français conviendrait mieux.

Le vrai débat consiste en une information éclairée et honnête des patients et non pas en la reconnaissance d’une catégorie supplémentaire d’auxiliaires dont on n’a pas vraiment besoin en matière de Santé Publique.

La vraie préoccupation de nos responsables ès Santé Publique doit être la promotion des DIU de MMO, car il s’agir d’une véritable urgence et la situation de la rééducation en ambulatoire pourrait devenir préoccupante dans moins de dix ans si l’on continue de somnoler.

Si le ministère de la Santé veut débattre de sujets pas très médicaux, est-ce bien notre affaire ? Ne s’agit-il pas plutôt de questions intéressant la consommation en général et le service de répression des fraudes peut-être ?

A l’heure de la Médecine Fondée sur les Preuves, que chacun assure ses responsabilités. Les UER en charge de l’enseignement de la MMO n’ont sans doute pas créé leur DIU sans preuves scientifiques, ni critères de cohérence et de sérieux dans les techniques enseignées par des médecins, en majorité universitaires. Rien n’empêche les directeurs des 16 DIU français de développer des thèmes de recherche en MMO, d’initier des thèses sur des grandes séries de patients (ce qu’aucune structure non médicale n’est capable de produire actuellement). La SOFMMOO s’y attèle depuis deux années et c’est une tâche immense.

L’Ecole Française a l’opportunité de devenir une référence avec les retombées culturelles que l’on peut imaginer pour nos villes universitaires. Ne polarisons pas nos énergies sur la commission « Nicolas-Thibault »

Mesdames et Messieurs les médecins ostéopathes français, il nous faut affirmer haut et fort que nous ne nous situons ni dans la catégorie des médecines douces ni dans celle des médecines non conventionnelles. Ne nous trompons pas de débat. Et tous ensemble, patients, médecins, professeurs et doyens d’UER de médecine, donnons sans tarder davantage à la Médecine Manuelle-Ostéopathique française sa vraie place dans la chaîne des soins.