Les
progrès de la médecine permettent une lutte plus efficace contre
les maladies graves. De ce fait, les médecins, moins accaparés
par les grands fléaux, doivent retrouver le chemin d’une approche
psychologique et manuelle du patient. La médecine scientifique, efficace
mais dépersonnalisée, n’a pas vocation à cultiver
le contact humain. Le risque est alors de voir se développer des filières
de soins parallèles n’offrant pas les garanties d’une pratique
médicale reconnue. La démédicalisation des soins est
un recul et fait courir un risque aux patients. En revanche, l’exercice
de la Médecine Manuelle Ostéopathie permet au praticien de réinvestir
un domaine qui est le sien, qui privilégie le contact humain et au
sein duquel l’empirisme n’a pas sa place. La définition
qu’en donne la convention de Zurich en 1983 est précise sur ce
point : La Médecine Manuelle concerne la physiologie et la physiopathologie
des troubles fonctionnels réversibles de l’appareil locomoteur
et des postures. Elle englobe toutes les techniques de diagnostic et de thérapie
de la colonne vertébrale et des articulations périphériques,
techniques visant à la découverte, à la correction et
à la prévention de leurs troubles fonctionnels.
| Un
peu d'histoire |
La pratique de la Médecine Manuelle remonte aux sources
de l’humanité, lorsque la main constituait le seul moyen de soulager.
La lecture d’Hippocrate et de Galien autorise à penser que ces
deux praticiens utilisaient, à l’occasion, des traitements manipulatifs.
C’est encore à un médecin que l’on doit la première
méthode de traitement par manipulations vertébrales : le docteur
Andrew Taylor Still. Ancien médecin militaire américain, il testa,
pour la première fois et avec succès, sa méthode de traitement
manuel à l’automne 1874. Le 10 mai 1892, il fonda l’Americain
School of Osteopathy et lanca ainsi le mouvement ostéopathique qui n’aura
de cesse de se faire reconnaître et accepter. En France, Robert Lavezarri
ouvrit la première école d’ostéopathie à la
fin de la deuxième guerre mondiale mais le véritable enseignement
de cette discipline, sur une grande échelle, est à mettre au crédit
de Robert Maigne aux alentours de 1960. Sans renier ce qu’il a appris
de Myron C Beal au London College of Osteopathy, Robert Maigne abandonna le
concept de lésion ostéopathique et élabora la sémiologie
originale du Dérangement Intervertébral Mineur.
A l’heure actuelle, notre société scientifique, la SOFMMOO,
promeut cette discipline. De nombreux enseignements destinés aux médecins
fonctionnent sur le territoire français et sont regroupés au sein
de la Fédération des Enseignements de Médecine Manuelle
Ostéopathie. Parallélement, l’université dispense
également, dans plusieurs facultés, un enseignement de Médecine
Manuelle Ostéopathie, sanctionné par un diplôme inter universitaire
(DIU).
| Réhabiliter
l'examen clinique |
Le médecin d’aujourd’hui, imprégné
de science et témoin des progrès stupéfiants accomplis
par les techniques d’imagerie, peut être légitimement étonné
qu’on lui propose d’éduquer sa main aux techniques diagnostiques.
Pourtant, il est confronté quotidiennement aux mauvaises performances
de l’imagerie dans le diagnostic de la douleur commune. Nous connaissons
tous la fréquence des lésions vertébrales dégénératives
ou des discopathies évoluées totalement indolores. Nous rencontrons
tous, quotidiennement, d’impressionnantes hernies discales au scanner
qui n’entrainent aucune gêne fonctionnelle. Alors que dans le même
temps, beaucoup de nos patients se plaignent de symptômes bien réels
avec des résultats d’examens sophistiqués qui restent désespérement
normaux. Dans ces situations, le salut vient d’une réhabilitation
de l’examen clinique.
La sémiologie élaborée par Robert Maigne et ses assistants
fait table rase du jargon hermétique et des théories fantaisistes.
Elle propose une technique d’examen qui part de la douleur périphérique,
cutanée, tendineuse, périostée ou musculaire pour retrouver
une possible cause rachidienne. Et c’est bien là la clef de nombreuses
énigmes diagnostiques. Quel médecin généraliste
n’a pas rencontré, à maintes reprises, ces maux de tête
pour lesquels le bilan étiologique revient normal et qui ne sont pas
soulagés par les traitements anti migraineux ou antalgiques ? Quel rhumatologue
n’a pas hésité devant ces épaules douloureuses qui
ne sont pourtant ni capsulaires ni tendineuses et qui évoluent à
leur gré, comme si quelque chose d’autre entretenait la symptomatologie?
Quel médecin du sport ne s’est pas acharné sur une pubalgie
qui résistait aux traitements les mieux conduits, chirurgie comprise
? Quel médecin rééducateur ne s’est pas découragé
devant ces lombalgies résistantes et sans substratum anatomique reconnu
? L’examen de Médecine Manuelle Ostéopathie, codifié,
reproductible, effectué par un praticien rompu aux exigences du diagnostic
différentiel et de la physiopathologie, répond à l’attente
de ces praticiens et inscrit définitivement la Médecine Manuelle
dans le champ des matières médicales à enseigner rationnellement.
La filiation ostéopathique revendiquée par la Médecine
Manuelle justifie pour certains la prise en charge des troubles de la régulation
du système nerveux végétatif, quittant ainsi le domaine
strict des dysfonctions de l’appareil locomoteur, mais respectant toujours
l’article 33 du code de déontologie : "Le Médecin doit
toujours élaborer son diagnostic avec le plus grand soin, en y consacrant
le temps nécessaire, en s’aidant dans toute la mesure du possible
des méthodes scientifiques les mieux adaptées et s’il y
a lieu, des concours appropriés".
| Une
discipline médicale |
Le risque existe, en effet, de voir tomber entre des mains non
médicales un tel outil diagnostic. La diffusion des connaissances par
les moyens de vulgarisation très performants dont nous disposons et le
flou artistique qui caractérise le statut de « soignant »
permet à quiconque, aujourd’hui, de s’essayer à des
techniques sans maitriser les bases indispensables du diagnostic médical.
C’est pourquoi la responsabilité des médecins est grande
à ne pas s’appropier, en nombre, cette technique d’examen.
Souvent, le prétexte invoqué par ces praticiens pour justifier
leur méfiance relève du respect de l’orthodoxie médicale.
Mais, si leurs maîtres manifestaient une réserve légitime
vis à vis de techniques responsables d’accidents, c’est bien
parce que leur désintérêt les avaient abandonnées
à des mains non expertes.
Quant aux techniques manuelles utilisées dans un but thérapeutique,
elles imposent une parfaite connaissance de l’anatomie et de la biomécanique.
De plus, respectant les lois de la « non-douleur » et du «
mouvement contraire », édictées par Robert Maigne et son
école, elles garantissent l’absence de risque pour le patient.
Il arrive que cette rêgle de la « non-douleur » et du «
mouvement contraire » impose une contre indication à la thérapie
manuelle. Dans ce cas, il est indispensable que la prise en charge du patient
ait été assurée par un médecin dont l’arsenal
thérapeutique ne se limite pas à la manipulation. Il est, au plan
éthique, indéfendable de prétendre soigner sans offrir
une palette, la plus complète possible, de thérapeutiques efficaces,
fondées sur les données acquises de la science, et au rapport
« bénéfice-risque » évalué. En revanche,
avoir à sa disposition une technique de traitement supplémentaire,
aux résultats immédiats et qui fait l’économie d’une
drogue, ne peut que satisfaire le patient et valoriser l’acte médical.
| Un
apprentissage minutieux |
L’article 70 du code de déontologie nous ramène
à la dure réalité de l’apprentissage : Tout médecin
est en principe habilité à pratiquer tous les actes de diagnostic,
de prévention et de traitement. Mais il ne doit pas, sauf circonstances
exceptionnelles, entreprendre ou poursuivre des soins, ni formuler de prescriptions
dans les domaines qui dépassent ses connaissances, son expérience
et les moyens dont il dispose. La thérapie n’est jamais anodine,
mais particulièrement en Médecine Manuelle Ostéopathie,
en raison de la nature des éléments concernés. Un rachis
cervical ne se traitera pas comme un rachis thortacique qui ne se traitera pas
comme un rachis lombaire. La présence des artères vertébrales
dans les trous transversaires imposera des précautions particulières.
L’orientation des facettes articulaires postérieures lombaires
ne permet pas n’importe quel geste manipulatif. Une cheville ne peut pas
être abordée avant de s’être assuré de la tibio-péronière
supérieure. L’équilibre du thérapeute au cours du
traitement manuel lui impose de parfaitement maitriser son schéma corporel…Toutes
raisons, jetées en désordre, pour donner une idée du caractère
indispensable, minutieux et patient de l’apprentissage en Médecine
Manuelle Ostéopathie. La culture médicale est un prérequis
mais ne suffit pas à la pratique de cette discipline. Un métier
manuel s’apprend au fil des rencontres avec des enseignants d’expérience
qui ont décidé de transmettre leur savoir à ceux qu’ils
en jugent dignes. C’est, en effet, l’un des derniers refuges du
compagnonnage médical et ce n’est pas le coté le moins attachant
de cet apprentissage. Dans ce contexte de partage du savoir, le praticien en
Médecine Manuelle Ostéopathie a plaisir à actualiser continuellement
ses connaissances, théoriques et pratiques, au cours de nombreuses réunions
et dans le cadre de congrès annuels.
La Médecine Manuelle Ostéopathie rend à l’examen clinique sa primauté s’appuyant sur le fait que tout diagnostic médical comporte un temps palpatoire. Elle cultive le contact en permettant au praticien de « prendre à bras le corps » les souffrances de son patient. Elle élargit le champ des compétences médicales en proposant une sémiologie riche et innovante. Elle obtient des résultats immédiats et souvent spectaculaires là ou la médecine orthodoxe est en échec. Satisfaisante pour les patients, elle valorise celui qui la pratique. Mais, par définition , elle ne peut être pratiquée que par des médecins aux acquis solides et impose, pour vivre, un investissement qalitatif et quantitatif du corps médical, sous peine d’être récupérée par des filiéres de soins parallèles dont les acteurs, sans culture médicale, la priveront de ses bases scientifiques et la dénatureront.