Quelques bonnes raisons de se former en Médecine Manuelle Ostéopathie

Jean Lecacheux

MPR, Médecine du sport, Médecine Manuelle Ostéopathie
Membre du conseil d’administration de la SOFMMOO

Mise en ligne : mars 2004
 

Les progrès de la médecine permettent une lutte plus efficace contre les maladies graves. De ce fait, les médecins, moins accaparés par les grands fléaux, doivent retrouver le chemin d’une approche psychologique et manuelle du patient. La médecine scientifique, efficace mais dépersonnalisée, n’a pas vocation à cultiver le contact humain. Le risque est alors de voir se développer des filières de soins parallèles n’offrant pas les garanties d’une pratique médicale reconnue. La démédicalisation des soins est un recul et fait courir un risque aux patients. En revanche, l’exercice de la Médecine Manuelle Ostéopathie permet au praticien de réinvestir un domaine qui est le sien, qui privilégie le contact humain et au sein duquel l’empirisme n’a pas sa place. La définition qu’en donne la convention de Zurich en 1983 est précise sur ce point : La Médecine Manuelle concerne la physiologie et la physiopathologie des troubles fonctionnels réversibles de l’appareil locomoteur et des postures. Elle englobe toutes les techniques de diagnostic et de thérapie de la colonne vertébrale et des articulations périphériques, techniques visant à la découverte, à la correction et à la prévention de leurs troubles fonctionnels.

 
Un peu d'histoire
 

La pratique de la Médecine Manuelle remonte aux sources de l’humanité, lorsque la main constituait le seul moyen de soulager. La lecture d’Hippocrate et de Galien autorise à penser que ces deux praticiens utilisaient, à l’occasion, des traitements manipulatifs. C’est encore à un médecin que l’on doit la première méthode de traitement par manipulations vertébrales : le docteur Andrew Taylor Still. Ancien médecin militaire américain, il testa, pour la première fois et avec succès, sa méthode de traitement manuel à l’automne 1874. Le 10 mai 1892, il fonda l’Americain School of Osteopathy et lanca ainsi le mouvement ostéopathique qui n’aura de cesse de se faire reconnaître et accepter. En France, Robert Lavezarri ouvrit la première école d’ostéopathie à la fin de la deuxième guerre mondiale mais le véritable enseignement de cette discipline, sur une grande échelle, est à mettre au crédit de Robert Maigne aux alentours de 1960. Sans renier ce qu’il a appris de Myron C Beal au London College of Osteopathy, Robert Maigne abandonna le concept de lésion ostéopathique et élabora la sémiologie originale du Dérangement Intervertébral Mineur.
A l’heure actuelle, notre société scientifique, la SOFMMOO, promeut cette discipline. De nombreux enseignements destinés aux médecins fonctionnent sur le territoire français et sont regroupés au sein de la Fédération des Enseignements de Médecine Manuelle Ostéopathie. Parallélement, l’université dispense également, dans plusieurs facultés, un enseignement de Médecine Manuelle Ostéopathie, sanctionné par un diplôme inter universitaire (DIU).

 
Réhabiliter l'examen clinique
 

Le médecin d’aujourd’hui, imprégné de science et témoin des progrès stupéfiants accomplis par les techniques d’imagerie, peut être légitimement étonné qu’on lui propose d’éduquer sa main aux techniques diagnostiques. Pourtant, il est confronté quotidiennement aux mauvaises performances de l’imagerie dans le diagnostic de la douleur commune. Nous connaissons tous la fréquence des lésions vertébrales dégénératives ou des discopathies évoluées totalement indolores. Nous rencontrons tous, quotidiennement, d’impressionnantes hernies discales au scanner qui n’entrainent aucune gêne fonctionnelle. Alors que dans le même temps, beaucoup de nos patients se plaignent de symptômes bien réels avec des résultats d’examens sophistiqués qui restent désespérement normaux. Dans ces situations, le salut vient d’une réhabilitation de l’examen clinique.
La sémiologie élaborée par Robert Maigne et ses assistants fait table rase du jargon hermétique et des théories fantaisistes. Elle propose une technique d’examen qui part de la douleur périphérique, cutanée, tendineuse, périostée ou musculaire pour retrouver une possible cause rachidienne. Et c’est bien là la clef de nombreuses énigmes diagnostiques. Quel médecin généraliste n’a pas rencontré, à maintes reprises, ces maux de tête pour lesquels le bilan étiologique revient normal et qui ne sont pas soulagés par les traitements anti migraineux ou antalgiques ? Quel rhumatologue n’a pas hésité devant ces épaules douloureuses qui ne sont pourtant ni capsulaires ni tendineuses et qui évoluent à leur gré, comme si quelque chose d’autre entretenait la symptomatologie? Quel médecin du sport ne s’est pas acharné sur une pubalgie qui résistait aux traitements les mieux conduits, chirurgie comprise ? Quel médecin rééducateur ne s’est pas découragé devant ces lombalgies résistantes et sans substratum anatomique reconnu ? L’examen de Médecine Manuelle Ostéopathie, codifié, reproductible, effectué par un praticien rompu aux exigences du diagnostic différentiel et de la physiopathologie, répond à l’attente de ces praticiens et inscrit définitivement la Médecine Manuelle dans le champ des matières médicales à enseigner rationnellement. La filiation ostéopathique revendiquée par la Médecine Manuelle justifie pour certains la prise en charge des troubles de la régulation du système nerveux végétatif, quittant ainsi le domaine strict des dysfonctions de l’appareil locomoteur, mais respectant toujours l’article 33 du code de déontologie : "Le Médecin doit toujours élaborer son diagnostic avec le plus grand soin, en y consacrant le temps nécessaire, en s’aidant dans toute la mesure du possible des méthodes scientifiques les mieux adaptées et s’il y a lieu, des concours appropriés".

 
Une discipline médicale
 

Le risque existe, en effet, de voir tomber entre des mains non médicales un tel outil diagnostic. La diffusion des connaissances par les moyens de vulgarisation très performants dont nous disposons et le flou artistique qui caractérise le statut de « soignant » permet à quiconque, aujourd’hui, de s’essayer à des techniques sans maitriser les bases indispensables du diagnostic médical. C’est pourquoi la responsabilité des médecins est grande à ne pas s’appropier, en nombre, cette technique d’examen. Souvent, le prétexte invoqué par ces praticiens pour justifier leur méfiance relève du respect de l’orthodoxie médicale. Mais, si leurs maîtres manifestaient une réserve légitime vis à vis de techniques responsables d’accidents, c’est bien parce que leur désintérêt les avaient abandonnées à des mains non expertes.
Quant aux techniques manuelles utilisées dans un but thérapeutique, elles imposent une parfaite connaissance de l’anatomie et de la biomécanique. De plus, respectant les lois de la « non-douleur » et du « mouvement contraire », édictées par Robert Maigne et son école, elles garantissent l’absence de risque pour le patient. Il arrive que cette rêgle de la « non-douleur » et du « mouvement contraire » impose une contre indication à la thérapie manuelle. Dans ce cas, il est indispensable que la prise en charge du patient ait été assurée par un médecin dont l’arsenal thérapeutique ne se limite pas à la manipulation. Il est, au plan éthique, indéfendable de prétendre soigner sans offrir une palette, la plus complète possible, de thérapeutiques efficaces, fondées sur les données acquises de la science, et au rapport « bénéfice-risque » évalué. En revanche, avoir à sa disposition une technique de traitement supplémentaire, aux résultats immédiats et qui fait l’économie d’une drogue, ne peut que satisfaire le patient et valoriser l’acte médical.

 
Un apprentissage minutieux
 

L’article 70 du code de déontologie nous ramène à la dure réalité de l’apprentissage : Tout médecin est en principe habilité à pratiquer tous les actes de diagnostic, de prévention et de traitement. Mais il ne doit pas, sauf circonstances exceptionnelles, entreprendre ou poursuivre des soins, ni formuler de prescriptions dans les domaines qui dépassent ses connaissances, son expérience et les moyens dont il dispose. La thérapie n’est jamais anodine, mais particulièrement en Médecine Manuelle Ostéopathie, en raison de la nature des éléments concernés. Un rachis cervical ne se traitera pas comme un rachis thortacique qui ne se traitera pas comme un rachis lombaire. La présence des artères vertébrales dans les trous transversaires imposera des précautions particulières. L’orientation des facettes articulaires postérieures lombaires ne permet pas n’importe quel geste manipulatif. Une cheville ne peut pas être abordée avant de s’être assuré de la tibio-péronière supérieure. L’équilibre du thérapeute au cours du traitement manuel lui impose de parfaitement maitriser son schéma corporel…Toutes raisons, jetées en désordre, pour donner une idée du caractère indispensable, minutieux et patient de l’apprentissage en Médecine Manuelle Ostéopathie. La culture médicale est un prérequis mais ne suffit pas à la pratique de cette discipline. Un métier manuel s’apprend au fil des rencontres avec des enseignants d’expérience qui ont décidé de transmettre leur savoir à ceux qu’ils en jugent dignes. C’est, en effet, l’un des derniers refuges du compagnonnage médical et ce n’est pas le coté le moins attachant de cet apprentissage. Dans ce contexte de partage du savoir, le praticien en Médecine Manuelle Ostéopathie a plaisir à actualiser continuellement ses connaissances, théoriques et pratiques, au cours de nombreuses réunions et dans le cadre de congrès annuels.

La Médecine Manuelle Ostéopathie rend à l’examen clinique sa primauté s’appuyant sur le fait que tout diagnostic médical comporte un temps palpatoire. Elle cultive le contact en permettant au praticien de « prendre à bras le corps » les souffrances de son patient. Elle élargit le champ des compétences médicales en proposant une sémiologie riche et innovante. Elle obtient des résultats immédiats et souvent spectaculaires là ou la médecine orthodoxe est en échec. Satisfaisante pour les patients, elle valorise celui qui la pratique. Mais, par définition , elle ne peut être pratiquée que par des médecins aux acquis solides et impose, pour vivre, un investissement qalitatif et quantitatif du corps médical, sous peine d’être récupérée par des filiéres de soins parallèles dont les acteurs, sans culture médicale, la priveront de ses bases scientifiques et la dénatureront.