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La Lettre de la SOFMMOO N°6 Janvier 2004 Lettre
trimestrielle d'information et de liaison entre nos membres |
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Certains
technocrates, soumis à des influences diverses, que nous préférons
ne pas imaginer, poussent à la promotion d’une nouvelle catégorie
d’auxiliaires de médecine, espèce hybride entre kinésithérapeutes
et manipulateurs. La difficulté pour la commission ministérielle
en charge du dossier, sous la direction de professeurs de médecine, est
de définir si l’on se situe dans le cadre de la médecine
(chargée d’élaborer un diagnostic, positif et différentiel,
avec des compétences pour interpréter des examens complémentaires
et réaliser des actes thérapeutiques précis) ou de la para-médecine
(certains évoquant même la patamédecine, à l’écoute
de théories physiopathologiques ésotériques).
Quelle que soit l’issue des discussions et le contenu des divers décrets,
les diplômes inter universitaires de Médecine Manuelle-Ostéopathie,
actuellement fonctionnels dans 16 CHU, vont prendre un essor important, sous
l’action conjuguée d’une demande de patients de plus en plus
nombreux (et mieux informés) et de jeunes médecins attirés
par cette compétence qui s’intéresse à des pans importants
de la rééducation fonctionnelle, la rhumatologie, la médecine
du sport et la médecine du travail en particulier. En effet, la grande
majorité des patients consultant en Médecine Manuelle-Ostéopathie
souffre de maladies bien caractérisées (rhumatismes dégénératifs,
pathologie traumatique, professionnelle ou sportive) et n’envisage à
aucun instant de confier l’avenir de son système locomoteur à
des non médecins, en première intention en tout cas.
Le système de santé français n’a
en réalité aucun besoin d’une catégorie nouvelle
de guérisseurs. Par contre, une commission inter universitaire aurait
suffi pour s’interroger :
- d’une part sur la nécessité d’amplifier la formation
de médecins manuels-ostéopathes
- d’autre part, sur la possibilité d’améliorer la
formation des masseurs kinésithérapeutes en ce qui concerne les
techniques manuelles à proprement parler.
Rien n’interdit de penser que l’on s’oriente rapidement dans
cette direction.
Ces dernières semaines, des messages assez troublants sont venus animer les espaces publicitaires, et en particulier sur le petit écran, afin de promouvoir des « hautes écoles » d’ostéopathie (sans doute distinctes des « basses écoles » médicales de nos CHU), hautes écoles à but lucratif, sans délivrance de diplôme d’état à la sortie. Grosso modo, il suffira d’avoir réglé son ticket d’entrée (conséquent, comme on peut le penser), et de s’inscrire ensuite sur des listes agréées (par des mutuelles bienveillantes… à but non lucratif comme chacun sait), établies à notre connaissance par des gestionnaires de caisse dont la compétence en matière de formation médicale est bien connue.
Ceci est évidemment fort inquiétant pour les patients et en deuxième lieu pour les Caisses de Maladie (en raison de frais induits, quasi incontrôlables, comme nous l’avons déjà expliqué il y a plusieurs mois). Je n’ose imaginer la transposition à des Hautes Ecoles de chirurgie cardio-vasculaire ou de neurochirurgie, privées, échappant à tout contrôle universitaire, ou d’un conseil de l’Ordre. Le silence des ministères compétents, face à cette publicité « douteuse », ne peut que nous étonner, surtout s’il perdure. Il me paraît donc sage de continuer, dans un souci d’éthique et de rigueur scientifique, à œuvrer pour la promotion d’une Médecine Manuelle-Ostéopathie universitaire, auprès des jeunes médecins, avec le ferme soutien de nos doyens de Facultés, pour le plus grand bien de nos patients, et l’honneur de la Médecine Française.
Le mercantilisme et l’irrationnel peuvent attirer certains esprits avides, ils ne feront jamais bon ménage avec la Médecine.