La Lettre de la SOFMMOO N°6 Janvier 2004

Lettre trimestrielle d'information et de liaison entre nos membres
uniquement disponible sur www.sofmmoo.com

Congrès SOFMER (Société Française de Médecine Physique et Rééducation) - Lille, Octobre 2003

Session SOFMMOO

Comparaison des attitudes antalgiques de la sciatique et du lumbago
JY.Maigne, P.Chazerain, Service de Médecine Physique, Hôtel-Dieu, 75181 Paris cedex 04, France ;
 

Introduction : l’attitude antalgique (AA) qui accompagne lumbagos et certaines sciatiques est un domaine mal connu de la pathologie discale. Différents facteurs ont été décrits qui pourraient influencer sur elle : l’étage lombaire, la situation de la hernie, la pression herniaire, la latéralité du patient.
Objectifs : comparer les AA du lumbago et de la sciatique pour savoir si elles obéissent aux mêmes règles.
Méthodes : Ont été inclus de façon prospective les patients avec sciatique et AA et ceux avec lumbago (défini par une lombalgie de survenue brutale associée à une AA). Etaient notés le côté de la douleur et le côté de l’AA. Pour le lumbago, le côté était celui de la douleur spontanée, ou, si elle était médiane, celui trouvé sensible à l’examen segmentaire. Lorsque ce dernier était normal, le lumbago était dit médian. L’AA était directe (du côté de la douleur), croisée (de l’autre côté) ou en flexion pure.
Résultat : Dix-neuf sciatiques (15 droites et 4 gauches, p=0.1) et 27 lumbagos (11 à droite, 11 à gauche et 4 médians) furent inclus en 3 ans. L’AA était croisée dans 79% des sciatiques et 33% des lumbagos, directe dans 5% des sciatiques et 52% des lumbagos (p<0.01) et en flexion pure dans 16% des sciatiques et 15% des lumbagos.
Discussion-Conclusion : La prédominance droite des sciatiques avec AA pourrait être liée, entre autre, au fait que les hernies discales droites sont statistiquement plus volumineuses que les gauches. La différence observée dans la répartition des AA pourrait signifier que les lésions discales responsables de la sciatique et du lumbago ne sont pas situées dans les mêmes zones du disque.

Quelle information du patient avant manipulation vertébrale ?
Ph. Vautravers, A. Dupeyron, J.Y. Maigne, Strasbourg, Paris
 

Introduction : Les manipulations vertébrales (MV) constituent un geste extrêmement courant en pratique médicale. Les techniques utilisées en France sont ostéopathiques. Elles sont indiquées dans les "dysfonctions" vertébrales segmentaires douloureuses, bénignes, réversibles, mécaniques ou réflexes, dont la traduction est strictement clinique : contracture musculaire, raideur, douleur spontanée ou provoquée, locale ou projetée.
Objectifs : Le droit à l'information médicale des patients, inscrit à l'article 35 du Code de Déontologie, et l'Arrêt Hedreul de la Cour de Cassation du 25/02/97 (1) imposent aux médecins de signaler à leurs patients toutes les informations concernant les manipulations, en particulier les risques encourus même s'ils ne sont qu'exceptionnels.
Matériel, méthodes : Diverses sociétés médicales nationales en particulier la Société Française de Médecine Manuelle Orthopédique et Ostéopathique (SOFMMOO) ainsi que le Syndicat de Médecine Manuelle-Ostéopathie de France (SMMOF) ont réalisé une notice d'information qui complète, en salle d'attente et en salle de consultation, l'information orale donnée par le médecin pratiquant une manipulation vertébrale.
Résultat/discussion : L'information avant manipulation vertébrale est délicate, avant comme après l'Arrêt Hedreul. En effet, les manipulations sont indiquées dans une pathologie bénigne, mais elles sont parfois responsables de complications graves ; le risque est extrêmement réduit mais réel (2). Or, avant la manipulation, il est impératif d'obtenir la mise en confiance et la décontraction du patient.
La primauté doit être donnée à l'information orale ; celle-ci doit être positive et non pas défensive. Le document écrit, affiché en salle d'attente et en salle de consultation, est court, clair, compréhensible. Il définit la manipulation vertébrale et les étapes cliniques qui la précèdent. Il décrit les risques des manipulations vertébrales, incidents et accidents, et les suites à donner en cas de problème.
Conclusion : La notice d'information, s'ajoutant aux 5 recommandations de la SOFMMOO, permet de répondre aux indispensables devoirs de prudence, de précaution et à l'information du patient avant toute MV.

1 Regnoux M. L’évolution jurisprudentielle du droit à l’information médicale des patients. Revue de Médecine Vertébrale 2001 ; 3 : 28-31.
2 Vautravers Ph., Maigne J.Y. Cervical Spine Manipulation and the précautionary principle. Joint Bone Spine 2000 ; 67 (4): 272-6.

Radios systématiques ou non avant manipulation : que nous disent les statistiques d’assurances ?
J-C.Goussard MPR, Paris
 

Introduction : L’ANAES recommande des radiographies standard systématiques avant toute manipulation. Cette recommandation n’est pas basée sur une recherche de la littérature, mais sur un principe traditionnel. Cette notion de systématicité est diversement appréciée dans le monde manipulatif.
Objectifs : Nous avons analysé des dossiers d’expertises réalisées après réclamation auprès du Sou Médical pour accident survenu dans les suites de traitements par manipulations vertébrales et noté la position des experts.
Méthode : Onze dossiers d’accidents ont été sélectionnés, dont 10 après manipulation cervicale et un après manipulation lombaire. L’absence de radiographies préalables a été relevée dans quatre de ces dossiers. D’une manière constante, la manipulation sans radiographie préalable a été considérée par les experts comme une imprudence, bien que leur réalisation n’ait pas révélé d’élément contre-indiquant le traitement manipulatif, ni permettant de prévoir un accident.
Discussion : Afin de déterminer s’il y a eu faute technique, les experts font référence à ce qui est considéré comme les règles de l’art, accessibles à la connaissance. La faute est reconnue si les moyens nécessaires à l’établissement du diagnostic exact n’ont pas été mis en œuvre. A l’heure actuelle, pour les experts, il s’agit des radiographies standard.

Asymétrie cranio-faciale et syndrome des charnières vertébrales
P. Van-Tichelen, D. Rousié, Rhumatologue, Lille, service de stomatologie, CHR Lille
 

Introduction : La constatation de troubles discrets du tonus postural chez des patients consultant pour des douleurs vertébrales variées (céphalées, cervicalgies, dorsalgies et lombalgies) nous a poussé à entreprendre cette étude.
Objectifs : Mettre en évidence le ratio de répartition droite gauche des dérangements inter-vertébraux mineurs (DIM) des zones charnières cervico-occipitales, thoraco-lombaires et lombo-sacrées chez des patients consultant pour algies vertébrales et présentant une asymétrie cranio-faciale. Cette asymétrie est appréciée sur le port de tête et la comparaison des hémi-faces droite et gauche lors de l’examen clinique.
Méthode : Les patients présentant ces critères ont fait l’objet d’une recherche de DIM par examen segmentaire.
Résultat : 224 patients ont été inclus. Une attitude en latérocolis droit a été trouvée chez 197 patients (88%) et gauche chez 27 (p<0.01). Dans le premier cas, l’examen segmentaire notait la présence de DIM à gauche (ou prédominant à gauche) dans 153 cas (77,6%) et à droite dans 44 cas (32,4%). Dans le second, les chiffres étaient de 20 à droite (74%) et 7 à gauche (26%). Il y a donc une localisation croisée entre sens du latérocolis et côté des DIM (p<0,05).
Discussion : Ces DIM pourraient être la résultante d'une asymétrie de répartition du tonus de posture des muscles para-vertébraux qui impose des contraintes asymétriques au segment mobile. Cette asymétrie pourrait aussi être responsable de la grande fréquence de SADAM retrouvée dans cette population (76% de notre série).