La Lettre de la SOFMMOO N°5 Octobre 2003

Lettre trimestrielle d'information et de laison entre nos membres
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La dernière Assemblée générale de la SOFMMOO en juin dernier à Paris a été l’occasion d’échanges de vues intéressants sur ce que pourrait être le paysage ostéopathique français, après la publication des décrets concernant les conditions de formation et d’exercice des ostéopathes non-médecins sur notre territoire.

Deux problèmes vont se poser :
1- les futurs ostéopathes : quelle va être la formation agrée ?
2- les ostéopathes déjà installés : quelles modalités d’agrément ?

Concernant les ostéopathes déjà installés, leur sort n’est pas encore évoqué et il sera intéressant d’analyser le raisonnement du législateur en vue de la reconnaissance éventuelle de leur exercice.

Concernant les futurs ostéopathes (phase de gestation), un programme d’enseignement théorique et un programme pratique seront mis sur pied. Le programme théorique sera t’il en partie confié à des médecins, comme dans le cas de l’enseignement d’autres auxiliaires médicaux ? Quant au programme pratique, il faudra être très attentif aux recommandations des conseillers-experts. Si l’on prend acte de la multiplicité des DIU médicaux, il suffirait de se calquer sur eux, mais il faudra bien évaluer ce qui peut être réalisé par un non médecin et ce qui relève de la pratique exclusive du médecin, car cette question va se poser en permanence au cours des séances de réflexion. Si la mobilisation d’une péronéo-tibiale a autant de chance d’être correctement réalisée par les deux, l’indication aussi bien posée par les deux, les risques d’incidents secondaires aussi faibles dans les deux situations, qu’en sera-t-il des techniques rachidiennes et notamment cervicales, où la précision diagnostique prime de loin l’habileté technique ?

Le médecin manipulateur assurera (comme il le fait actuellement) la totalité de ses responsabilités. Mais quelles garanties aura un patient souffrant de céphalées ou de troubles de l’équilibre, de bénéficier d’un diagnostic correct auprès d’un non-médecin ? Quelle garantie en responsabilité aura l’hypothétique médecin prescripteur (non pratiquant) s’il adresse son patient à un ostéopathe non-médecin (qui n’offrira pas les mêmes garanties qu’un médecin manipulateur diplômé en MMO, à commencer par un redressement de diagnostic) ?
En pratique, il y aura très peu de médecins prescripteurs inconscients, et les patients consulteront selon une loi aléatoire (variable selon la densité de médecins compétents dans la circonscription) : qui un médecin, qui un non-médecin, qui les deux…
La probabilité d’augmentation des incidents, et l’augmentation des coûts induits (débauche d’examens complémentaires, d’imagerie en particulier, soins secondaires aux complications…) conduira les patients à se poser la question de la reconnaissance des responsabilités de tous les acteurs du nouveau système (médicaux et administratifs).
Dans le même temps, la demande va croître dans les cabinets médicaux spécialisés, d’où un avenir floride de nos DIU, comme nous l’avions exprimé il y a bientôt deux ans.
La formation de spécialistes de l’appareil locomoteur étant en chute libre, comme dans de nombreux domaines (la clairvoyance de nos stratèges administratifs se révèle ici avec éclat), les DIU recruteront préférentiellement parmi des omnipraticiens, qui parachèveront leur formation pratique dans le cadre d’associations en cabinets spécialisés. Ils deviendront assez rapidement (en moins de 10 à 12 ans en tout cas), d’excellents spécialistes, dont on peut penser qu’ils seront à la hauteur des non-médecins.
La loi « Kouchner », qui n’a bien entendu pas souhaité voir la disparition des DIU médicaux, (les responsables de la santé à l’époque, étaient-ils au courant de leur existence ?), va immanquablement relancer la dynamique de ces DIU, et pour la plus grande satisfaction des assurés sociaux (au fait qu’en pensent-ils ?) et parmi les mieux informés, les médecins manipulateurs cinquantenaires par exemple qui commencent à avoir recours à la médecine manuelle, mais à la condition qu’elle soit éclairée.

Dr Norbert Teisseire