La Lettre de la SOFMMOO N°3 Avril 2003

Lettre trimestrielle d'information et de laison entre nos membres
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"Faut-il interdire les manipulations cervicales ?" s'interrogent C. Hamonet et quatre co-auteurs, dont un neuro-chirurgien hospitalier, dans la dernière livraison de La Lettre de l'ANMSR. Leur conclusion est sans appel et sans nuance : "Il faut interdire immédiatement (leur) pratique". Leur argumentation tient en trois points.

Le premier point est que la cervicalgie (liée pour eux à la "violence et l'instabilité de la société") "guérit facilement" grâce à une "médecine efficace et humaine" comportant des "thérapeutiques simples". Les auteurs nous précisent ce que sont ces thérapeutiques simples : avant tout de la chaleur, du repos et des "massages vibrés superficiels" (sic). Ils préconisent également, parmi d’autres, les infiltrations de l'insertion du SCM (?). On ne peut que se réjouir de leurs succès thérapeutiques. Ils sont d'autant plus impressionnants et méritoires que ces méthodes sont jugées sévèrement par la littérature scientifique en raison de leur absence d'effet propre. Quant à la chirurgie de la hernie discale cervicale (citée dans l'article), il n'existe aucune preuve qu'elle vaille mieux que la simple évolution naturelle et ses dangers ne sont pas négligeables.

Le deuxième point est une prise de position sur les manipulations. Elles seraient dépourvues de "base scientifique sérieuse", et c'est seulement pour "avoir l'air branchés et virils" (sic) que les patients y auraient recours. C’est une prise de position partiale et non objective.
Les cervicalgiques étant en majorité des femmes, il y a chez ces quatre auteurs un biais de recrutement qui étonne un peu. Mais l'absence de base scientifique ? Les auteurs ont-ils pris connaissance de la littérature ? Aucune référence n'est citée. Pourtant, les manipulations figurent parmi les traitements du mal de dos qui ont été le plus et le mieux étudiés. Elles figurent parmi les rares traitements qui peuvent se targuer de preuves d'efficacité. Ce n’est le cas ni des massages vibrés superficiels recommandés par les auteurs, ni des infiltrations de l'insertion du SCM…

Le troisième point est celui des accidents, et, nous sommes d’accord avec les auteurs, c'est un problème sérieux. Pouvons nous leur rappeler que la SOFMMOO a la premiere à insister sur leur caractère imprévisible (et à récuser les tests vasculaires censés dépister un risque vertébro-basilaire) ? La SOFMMOO a organisé en 1997 une table ronde sur ces complications, réunissant des représentants de la profession. Constatant l'échec de la prévention de ces complications, cinq recommandations ont été rédigées, dites recommandations de la SOFMMOO, qui visent à réduire le recours aux manipulations cervicales en rotation, les seules à avoir un effet pathogène sur les artères vertébrales (étirements et latéroflexion étant sans risque démontré). L’une de ces recommandations déconseille formellement les manipulations en rotation chez la femme de moins de cinquante ans, terrain d'élection de ces accidents. Elles ont été publiées dans la Revue de Médecine Orthopédique, devenue depuis deux ans Revue de Médecine Vertébrale, puis dans la Revue du Rhumatisme dans sa version française et anglaise. Hamonet et coll. restent muets sur ce sujet, préférant qualifier les manipulateurs de "charlatans mercantiles".

Interdire toutes les manipulations cervicales, de façon indifférentiée et chez tous les patients, au profit par exemple des "massages vibrés superficiels" ou de la chirurgie lourde ne nous parait pas le bon choix. Une concertation avec des professionnels voire une simple demande de renseignements auraient évité à MM. Hamonet et coll. qu’ils s'aventurent sur un terrain qu’ils semblent mal connaître.