Faut il faire systématiquement des radiographies avant de débuter un traitement par manipulations, en particulier au rachis cervical ? Ce fut le sujet de la table ronde des 15° Actualités Médicales du Rachis (juin 2003), préalable à de nouvelles recommendations de la SOFMMOO. L'annonce de cette réunion, organisée par la SOFMMOO, a été l'objet d'un abondant courrier. Ces messages ont été mis en ligne entre févirier et mai 2003, avant la tenue de la Table Ronde. Les signataires ont tous reçu le projet de recommandations avant sa validation et sa mise en ligne définitive (recommandations de la SOFMMOO). Nous les remmerçions pour leur participation.
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Vos
Réactions avant la tenue de la Table Ronde des |
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Je vois des patients chaque jour depuis 1966 et je n'ai jamais
découvert radiologiquement de contre indication aux manipulations
vertébrales sans signe d'appel clinique et /ou biologique. Pour
une jeune femme en cours de dissection de carotide, j'avais des signes
fonctionnels: céphalée, acouphènes et une toute petite
zone d'insensibilité de la tempe. J'ai demandé un scan cérébral
et un doppler des TSA: hospitalisation 3 semaines. C'est mon cas le plus
"piégeux". C'est une excellente idée que d'ouvrir un débat
sur la nécessité de prescription des radios avant manipulations.
Merci de le faire. Modestement voici mon avis : le principal risque manipulatif
est vasculaire et les radios n'ont aucun intérêt pour cet
accident lié aux manipulations du rachis cervical. Les radios par
ailleurs ne sont pas l'examen le plus fiable pour le diagnostic de pathologie
maligne. Elles permettent parfois de révéler des contre-indications
majeures mais celà reste exceptionnel statistiquement. Au total,
la clinique, interrogatoire et examen clinique classique et ostéopathique
doit nous amener à prescrire ou non des examens complémentaires
dont les radios. Celles-ci n'ont pas lieu d'être systématiquement
prescrites avant des manipulations. Je pratique l'ostéopathie exclusive depuis 12 ou
13 ans et je reste persuadé qu'un examen clinique bien mené
et l'expérience sont plus importants que des radiographies systématiques. Merci d'ouvrir ce
débat. Afin d'éviter la situation d'être "juge
et partie", je suggère que chaque opinion exprimée
soit correlée au fait d'avoir un agréement radio ou non.
En allant plus loin encore, il me paraîtrait juste que l'ensemble
des confrères ayant cet équipement ne participent pas au
débat, sauf comme auditeurs... Nos amis Burel et
Geoffray proposent donc d'exclure du débat les confrères
réalisant des radios, au motif qu'ils seraient "juge et partie".
Alors que juge-t-on ici ? La pratique systématique de la radio
avant manipulation. Qui se propose comme juge ? La SOFMMOO, s'appuyant
sur un débat contradictoire, à supposer évidemment
qu'on laisse s'exprimer chaque partie... J-Y Maigne nous a demandé
de témoigner de notre expérience, pas de nous exprimer en
referendum, encore moins de valider un huis-clos. Qui est partie ? D'une
part les praticiens équipés d'une radio, qui souhaiteront
défendre une pratique combinant à leurs yeux la sécurité
du patient, l'intérêt intellectuel de maîtriser une
chaîne diagnostique plus complète, et aussi l'avantage financier
d'une auto-prescription bien cotée. Nous sommes donc tous juge et partie, et je suis choqué par cet ostracisme qui dénierait toute légitimité aux très rares médecins équipés à exprimer leur expérience d'un outil manié jour après jour, alors même que leur pratique est remise en cause. Car ne nous y trompons pas, qui empêchera la CPAM de nous opposer l'expertise de la SOFMMOO pour contester le remboursement de nos actes d'imagerie et nous obliger à renoncer à un équipement onéreux ? Parenthèse technique, n'oublions pas que nombre d'entre nous ont fait le choix d'un matériel de qualité, ce qui devrait effectivement consister un préalable obligé, et que les clichés numérisés qui constituent pour certains le standard minimal, ne sont certainement pas la panacée, particulièrement pour la lecture du contraste osseux et des métastases. J'ajouterai qu'intervenant sur la foi de ses propres clichés, le praticien est particulièrement attentif, parfois plus que nos confrères radiologues, à l'interprétation de ceux-ci... Ce qu'il faut pouvoir
entendre de ceux qui réalisent ces bilans à titre systématiques,
c'est l'existence de pathologies structurelles ou lésionnelles
indétectables par le seul examen clinique. Qu'elles constituent
des contre-indications relatives comme une impression basilaire, un gros
angiome (peu sont chauds en surface, cher Luciani !) ou absolues comme
une métastase ou un myélome, elles n'en représentent
pas moins une demi-douzaine de cas par an pour ce qui me concerne. Une
broutille statistique, sauf pour les patients concernés. Tous n'auraient
certes pas cassé, car il y a un bon Dieu pour les ostéopathes,
mais la bonne stratégie consiste-t-elle à faire l'autruche
? N'oublions jamais ce qui fait (l'avons-nous suffisemment clamé
!) la supériorité du médecin face aux ostéopathes
: ce fameux diagnostic différentiel. A l'heure où le texte
Kouchner brouille encore un peu plus les cartes dans l'esprit du public,
est-il logique de gommer le peu qui nous séparait encore, et à
notre avantage, d'un standard ostéopathique singulièrement
revu à la baisse faute d'un niveau d'études cohérent
? Note du maître toile : la SOFMMOO, après consultation de toutes les organisations professionnelles de MMO, et évaluation critique de la littérature disponible, a décidé "de ne pas recommander les manipulations cervicales EN ROTATION, et ce uniquement chez les FEMMES de moins de 50 ans. Nuance ! Voir la cinquième recommandation... Cher François,
tu développes une belle réaction argumentée à
mon propos (c'est le mien et non celui de Bruno Burel : Il a relayé
simplement au niveau d'Ostéos de France le principe d'un débat
proposé par JY Maigne). J'ai voulu signifier mon exaspération
devant ces clichés pratiqués hors cabinet de radiologie,
évoquant "nuit et brouillard sur un vague décor vertébral".
A aujourd'hui, je n'ai pas eu entre les mains un seul cliché radio
digne de ce nom, à l'heure de la numérisation. Etre "juge
et partie" reste une expression qui n'est pas à prendre au
pied de la lettre. Je veux simplement dire que dans le débat nécessaire
sur l'aspect médico-légal du cliché pré-manipulatif,
il peut y avoir un biais dont on ne peut pas faire les frais. Ce débat
n'a pas à être une opposition entre ceux qui sont équipés
et ceux qui ne le sont pas... C'est un débat de fond, dont l'intérêt
est indéniable. Attention aussi à ne pas faire d'amalgame
alimentant pour de bon un ostracisme certain : nous sommes tous des médecins
pratiquant l'ostéopathie en puisant dans la boite à outils
de celle-ci le meilleur pour le patient au moment où il nous consulte.
Alors pourquoi faire référence aux discussions actuelles
sur le devenir de la pratique de l'ostéopathie en France ? Néanmoins,
je t'absous et te demanderai de réciter le Confiteor et trois Ave… La justification
de radiographies cervicales systématiques à titre de bilan
pré-manipulatif repose sur la recherche de malformations de la
charnière sous-occipitale ou d'une hypothétique pathologie
tumorale, inflammatoire ou infectieuse qui pourrait contre-indiquer un
acte manipulatif. En réalité, les malformations sont exceptionnelles
et les radiographies sont bien souvent insuffisantes pour diagnostiquer
toute pathologie "suspecte". De plus, les contre-indications
à l'acte manipulatif sont surtout d’ordre vasculaire, à
type de dissection de l'artère vertébrale, que les radiographies
ne mettent évidemment pas en évidence. Enfin, nous savons
tous qu'il il est recommandé, à l'étage cervical,
de privilégier les techniques musculaires comme traitement unique
ou préliminaire à l'acte manipulatif, de limiter les mouvements
en rotation maximale forcée et de s'efforcer d'effectuer une impulsion
manipulative très douce. Toutes ces précautions minimisent
à l'extrême l'accident post-manipulatif dans l'éventualité
rare et hypothétique d'une contre-indication médicale. Autant
de raisons qui justifient pour moi le non recours à la règle
des radiographies systématiques avant manipulation cervicale. Non équipé
de la radio, je suis d’abord médecin avant d’être
ostéopathe et à ce titre soumis comme nous tous à
une obligation de moyen. Que penser d’un chirurgien opérant
un patient sous AVK faute d’un interrogatoire, d’un radiologue
injectant de l’iode à un patient allergique faute d’un
interrogatoire, d’un anesthésiste endormant son patient avec
un produit auquel celui-ci a déjà fait un choc faute d’un
interrogatoire ? Et que penser d’un médecin ostéopathe
fracturant une vertèbre malade faute d’un bilan radiographique
préalable ? Que l’on ne me dise pas qu’un bon examen
clinique permet de pallier la radiographie en cas de métastase.
La non-utilisation des moyens nécessaires à la recherche
d’une contre-indication à un geste manipulatif nous est opposable
et fort heureusement. C’est d’ailleurs un des points qui nous
démarque des non-médecins ; nous avons sur eux l’avantage
de la qualité du diagnostic, entendons par là diagnostic
différentiel et donc recherche des contre-indications. La riche contribution
au débat de Franck Mohnen m'a beaucoup interressé même
si je suis interrogatif sur certains de ses arguments. Il y a une question
que je me pose et à laquelle je n'ai pas trouvé la réponse
: sachant que quotidiennement, en France et dans le monde, des centaines
de milliers de manipulations vertébrales sont pratiquées
sans radiographie, combien d'accident directement lieés à
une métastase ou autre spondylodiscite méconnus mais qui
était radiologiquement décelable, ont été
répertoriés ? As-t'on des réponses, une idée
ou des références à me faire connaitre ? Je pense
qu'il est indispensable que l'on se retrouve tous aux journées
de l'Hotel-Dieu pour pouvoir nous faire une idée objective et batîr
une réponse objective et consensuelle. Si les radiographies
ne sont pas nécessaires autour des pratiques d’ostéopathie
fonctionnelle, elles paraissent toujours indispensables avant les manipulations
articulaires. En structurel, je pense que nous n’avons pas encore
le droit de lancer une impulsion manipulative sur un os fragilisé
par une lésion au sens propre du terme. Je ne réalise qu’environ
cinq bilans radiologiques par jour, mais je découvre quantité
de tassements ostéoporotiques, un peu moins d’angiomes vertébraux
étendus et une métastase ou un paget par an environ. Je
n’évoque pas toutes les petites fractures des articulations
périphériques passées parfois inaperçues par
nos confrères démunis de radio et les séquelles de
lésions inflammatoires ou traumatiques. A chaque fois, je remercie
le ciel de m’avoir fait investir il y a 25 ans dans une salle de
radio actuellement numérisée, bien que je grince des dents
ce midi car une goupille de deux grammes et de quatre sous qui s’est
cassée dans mon AC2 va me coûter 500 €. Si
quelques patients, amalgamant prix des radios et acte de MMO se plaignent
car mes tarifs sont élevés, une majorité apprécie
le confort que leur apporte un plateau technique très sécurisant.
Au praticien, malgré un surcroît de travail et d’anxiété,
la radio donne l’impression d’offrir un service de qualité
et une telle satisfaction intellectuelle qu’il se demande comment
il pourrait s’en passer. Certes, la qualité des clichés
des non radiologues n’est pas toujours au rendez-vous et elle entraîne
parfois la répression des caisses. Mais nous ne sommes pas à
une exposition de photos d’art et l’essentiel est d’assurer
la sécurité des patients. Il
est effectivement nécessaire de protéger nos confrères
qui ne sont pas équipés et qui risquent l’accident
et ses conséquences médico-légales s’ils n’ont
pas prescrit cet examen dit complémentaire. Il faut aménager
le “guide des indications des examens d’imagerie” afin
de leur éviter les tribunaux, mais il ne faut pas simultanément
pénaliser les gens qui ont investi dans un lourd plateau technique,
davantage par plaisir professionnel que par appât du gain. Nos
sociétés savantes, la commission évaluation de la
FEMMO et autres responsables se doivent d’élaborer un consensus
très adroit. Sachant qu’une simple indication peut se transformer
en une recommandation opposable qui permet à la SS de faire condamner
les médecins praticiens devant ses tribunaux d’exception
que sont les SAS, chaque mot doit être bien pesé.
Je demande des radios
cervicales si l'examen clinique orthopédique le suggère.
Je demande des radios cervicales si le patient n'en a jamais eu, mais
cela n'empèchera pas les accidents vasculaires... Je vous conseille
tous de contacter des services d'urgence cérebro-vasculaires comme
Lariboisiere ou Ste Anne et de discuter avec le responsable. Vous serez
surpris du nombre de dissections vertébrales post manipulatives... A propos de l'ostéopathie
et des radios, je viens de consulter le site SOFMMOO, qui, soit dit en
passant est remarquable. J'espère
que les illégaux n'y ont pas accès, car ils vont y trouver
la meilleure justification. Je suis étonné de constater
qu'après tout le tintouin qui a été fait contre eux,
finalement, si c'est aussi facile d’aborder un cou et si une simple
impression clinique autorise une manipulation du rachis, pourquoi ne pas
donner sans discuter le droit à tous les kinés de manipuler
? Leur expérience
du muscle et des articulations, un sens clinique orienté intégralement
sur l'appareil locomoteur, une patte acquise grâce à des
heures de pratique ne leur confèrent-ils pas le droit de réaliser
une mobilisation... suivie d’une si légère impulsion
d’un si bref centième de seconde et d’une si faible
amplitude ? Par rapport à un généraliste ou a un
rhumatologue qui ne réalise que quelques manipulations par jour,
n’auraient-ils pas l’expérience leur permettant de
dépister intuitivement une faille dans le fonctionnement d’un
appareil locomoteur et de s’entourer de toutes les précautions
paracliniques avant de traiter ? Je reste convaincu que seul le médecin est capable de faire un diagnostic différentiel et que les radiographies restent l’examen paraclinique le plus simple, qu’il est encore fiable même dans des cas limites. Radiographies “normales” entre les mains, nous pouvons tous manipuler une métastase sans le savoir et sans causer de dommages : une tumeur peut exister bien qu’ infra radiologique, mais elle résistera mécaniquement à un geste manipulatif correct si son aspect radiologique est sensiblement normal, c’est à dire s’il reste encore assez de trame osseuse au corps vertébral. En revanche, si la tumeur est parlante au plan radiologique bien que sans expression clinique, nous ne manipulerons pas. Nous éviterons ainsi au patient la paraplégie qu’a provoqué un rebouteux-boucher de Besançon à une patiente de 35 ans, porteuse d’un néo du sein. Je peux justifier mes affirmations. Par ailleurs, n’oublions pas qu’un certain nombre d’anomalies vasculaires non détectables sans l’angio – IRM sont secondaires à des anomalies osseuses évidentes en radio. Pourquoi se priver de cet examen, pour ne pas perdre le patient en retardant le geste salvateur ou pour faire plaisir à la SS ? Il faut recommander la prudence verbale aux confrères qui ne sont pas juges et partie, et la prudence tout court, puisqu’ils exercent sans radio. Pour aller dans leur sens, il est nécessaire de souligner qu’ils n’ont pas la même sensibilité que les “radiologues” : ils reçoivent des patients dont la plupart sont déjà porteur de radiographies, et, pour ceux qu’ils manipulent sans radios, ils exercent tout leur art de clinicien pour éviter l’accident donc ils prennent – relativement - moins de risques. En revanche, les médecins qui réalisent leurs propres radios ont l’angoisse de passer à coté d’une lésion. Ils sont très concentrés sur l’analyse des clichés qu’ils réalisent car leur responsabilité est fortement engagée, ils ont une perception accrue du risque. Encore plus s’ils ont un exercice exclusif en MMO en raison de la loi du tout ou rien. Certes, il reste
à savoir qui provoque le moins d’incidents, celui qui y croit,
celui qui n’y croit pas. Dans tous les cas je refuse de m’inscrire
dans la logique statistique déshumanisée des références
médicales qui prétendent qu’il y a “peu de risque”
à manipuler sans radiographies : je crois que si je paraplégie
un seul patient, je le supporterai moralement très mal et je remettrai
en cause mon exercice professionnel. Par ailleurs, exerçant la
MMO en exclusivité, je risque de ne pas avoir le choix car la nouvelle
fera vite le tour du diocèse... Pour
faire réagir, car je trouve que trop peu de confrères s’expriment,
je dirai que l’idéal pour un patient est de se présenter
chez un médecin à exercice étendu de MMO qui prend
la précaution de réaliser des radiographies environ tous
les trois ans sauf cas particulier. Pour en terminer, en tant que secrétaire
du SMMOF délégué aux problèmes de SS, je me
permets d’inciter les experts à la plus grande prudence pour
qu’un consensus plaisant au plus grand nombre ne se transforme en
recommandation terrorisant une minorité. Cher collègue,
Il est vrai qu'il
serait intéressant de connaitre précisément les pathologies
dépistables radiologiquement, contre indiquant un geste manipulatif,
ou nécessitant des précautions particulières. Même
si le risque est faible, je crois que l'on a le droit de le faire courrir
ni au patient bien sûr, ni au médecin dont la responsabilité
par faillite à l'obligation de moyens sera indubitablement mise
en cause avec les conséquences professionnelles et personnelles
qui en découlent. Je reste persuadé qu'une attitude responsable
passe, comme dans d'autres domaines, par l'application du principe de
précaution, et ce d'autant plus qu'il ne sagirait plus alors d'un
comportement personnel engageant le praticien et son patient mais d'un
blanc seing donné à toute une profession au travers une
recommandation. A chaque accident de manipulation sans radiographies préalables,
je ne voudrais pas être de ceux qui auraient émis une telle
recommandation. Un chiropracteur
nous écrit : J’ai trouvé votre question sur
l’utilisation systématique des radiographies, en particulier
cervicales, très intéressante et en même temps très
difficile. Je souhaiterais vous apporter ma contribution. Voici quatre
réflexions : Et un ostéopathe
: Je voudrais aborder un aspect de la question qui n'a pas été
évoqué sur ce forum, celui du risque relatif des rayonnements
ionisants. Lors d'un colloque intitulé "Nucléaire et
Santé " en janvier 2000 , le professeur Bonnin (CHU Cochin)
a évoqué les risques en matière d'irradiation médicale.
La radiographie du rachis lombaire face profil par exemple, fournit une
irradiation équivalente à la dose admissible en un an par
un patient (soit 20 millisiverts) (1) : 3 à 5 clichés de
colonne lombaire irradient 30 fois plus qu'un cliché thoracique
de face (2). D'un équipement l'autre, les variations de doses délivrées
varient d'un facteur 4 pour le poumon à 6 pour le rachis, pouvant
même dépasser 20 selon les méthodes de référence
(1). Sachant que la dose considérée comme limite à
risque certain d'induction de cancer est de 200 millisiverts (1), on comprendra
que la répétition de cet examen pourrait éventuellement
poser un risque pour la santé. A titre de comparaison, l'accident
de Tchernobyl en 1986 n'a entrainé en France, dans la zone la plus
touchée, qu'une dose "reçue corps entier" de 0.4
millisiverts (3). Une étude parue dans la revue Spine (4) a montré
une augmentation du risque de cancer du sein parmi les personnes suivies
radiologiquement pendant l'enfance et l'adolescence (15% des patientes
ont subi plus de 50 examens radiologiques pendant leur suivi). Je voudrais
pour terminer rappeler l'article paru dans Spine en 2002 concluant à
l'imprévisibilité des risques liés aux manipulations
cervicales malgré les examens complémentaires (5). Je reviens dans ce
débat qui s'avère passionnant et très passionnel.
Les arguments
des "pour" et des "contre" sont tous valables et méritent
le respect car émanant de praticiens expérimentés,
et chacun exerce son métier selon une éthique qu'il s'est
forgée au gré de son expérience. Cependant,
pour essayer de trouver un consensus, il faut peut-être dépasser
la notion d'éthique. En effet, si je comprends bien le but de ce
débat, il ne s'agit pas d'établir une nouvelle RMO (référence
médicale opposable), mais de définir une règle médico-légale.
La question
est de savoir si les radiographies doivent être systématiques
avant un geste manipulatif. Si la réponse est "oui" cela
signifie qu'il est interdit de manipuler sans radiographies préalables,
que le praticien qui le ferait serait en infraction et donc condamnable
même en l’absence d’effet secondaire. C’est la
porte ouverte à toutes les dérives. Et dans une telle hypothèse
comment répondre, par exemple, à la demande d’une
femme enceinte présentant une pathologie lombaire ? Il
est évident, et personne ne peut le contester, qu’une radiographie
peut révéler une contre-indication ignorée, mais
si l’on veut privilégier le principe de sécurité
à tout prix, il ne faut pas se contenter d’imposer une radiographie
préalable systématique, mais également un scanner,
une scintigraphie osseuse,une densitométrie, un döppler et
pourquoi pas une artériographie, ainsi qu’un test de grossesse,
j’en oublie volontairement, et à terme les manipulations
ne pourront être effectuées qu’en milieu hospitalier,
si elles sont encore autorisées... La
réponse à la question posée ne peut se fonder que
sur des statistiques sérieuses. A ce propos quelqu’un peut
il me dire qu’elle est la proportion d’accidents graves survenus
malgré des radiographies préalables ? Il est indispensable
que des juristes compétents participent au débat. Pour ma part, je
ne suis pas d'accord pour le systématique, car on expose les gens
à beaucoup de radiations à notre époque. Nous pouvons
faire faire des radios quand un doute subsiste, mais parfois le scan ou
un IRM seraient plus justifiés. L'écho doppler peut aussi
être d'une grande aide. Je pense que l'ostéopathe par son
toucher et les tests d'écoute et de palpation peut sentir bien
des restrictions. Si nous respectons les tissus et nous sommes à
leur écoute, nous ne pouvons léser le corps .Respect des
tissus et pas cracage de routine... La notion de radiographies
avant manipulations vertébrales a été évoquée
aux XIIIèmes Journées de Médecine et de Rééducation
de l'Est Parisien. "Impact Médecine" a réalisé
un compte rendu de ce congrès, le 25/4 /2003, sous la plume du
Dr Damien Mascret, en deux articles : "Comment sortir de l'imbroglio
des lombalgies communes" ou "Comment diagnostiquer et traiter
une lombalgie bénigne en évitant toutes les erreurs possibles
?" et "Quand recourir à l'imagerie ?". C’est
encore le principe de précaution qui est évoqué.
Le défi du médecin est "de faire le diagnostic de bénignité
avec la plus forte probabilité, car la certitude est impossible,
et de n'envisager le recours aux examens complémentaires que dans
un nombre de cas le plus réduit possible" ... "90% des
lombalgies aiguës évoluent vers la guérison. Il est
licite de prescrire d'emblée des radiographies du rachis... en
présence de signes d'alerte... L'imagerie peut aussi être
indiquée si le traitement choisi (comme manipulations et infiltrations)
exige d'éliminer formellement une lombalgie spécifique."
Dans cet article, il apparaît que les médecins ostéopathes
ne sont pas les seuls a réaliser des radiographies avant traitement.
Les rééducateurs les préconisent encore avant manipulations
vertébrales. Pour notre part, nous ne réalisons systématiquement
des clichés avant manipulation que chez les sujets à risque
standard qui n'en ont pas bénéficié depuis environ
trois ans et nous pensons que les radiographies autour des techniques
de tissus mous ou d'ostéopathie fonctionnelle n'ont que peu d'intérêt,
sauf cas particulier. J’ai pris connaissance
du mail du de G. Moreau nous informant des études parues dans Impact
Médecine sur les radiographies du rachis. Je lis beaucoup d’avis
différents sur ce sujet, souvent des avis personnels. Je repose
deux questions qui me paraissent fondamentales pour juger de l’utilité
des radiographies avant manipulation : 1 - y a t’il eu, décrits
dans la littérature, des accidents survenus après manipulations,
qui auraient été formellement évités par des
radiographies standard ? 2 - a contrario, parmi tous les accidents de
la littérature, quelle est la part d’accidents qui ne sont
pas d’origine vasculaire ou discale ? As-tu des réponses
? Note :
A ces questions, nous essayerons de répondre lors de la Table Ronde.
Je peux déjà informer nos collègues que, d'après
les recherches de JC Goussard, en cas d'accident avec suite médico-légale,
l'absence de radiographie est toujours retenue à charge, même
s'il est établi que leur réalisation n'aurait pas pu éviter
l'apparition de la complication. Il y a dans la littérature une
observation de paraplégie survenue après manipulation lombaire
inoportune chez une patient suivie et traitée pour un lymphome.
Un atcd de néoplasie est un signe d'alerte classique qui doit faire
demander au moins des radios. Je me permets d'intervenir
à nouveau brièvement pour faire quelques remarques à
propos de certaines réactions sur les manipulations cervicales
avec ou sans clichés systématiques. Premièrement
et pour renverser le problème, je crois que le danger serait aussi
de croire que les manipulations cervicales peuvent se faire systématiquement
sans aucun examen et par n'importe qui. Il est aberrant de lire qu'un
scanner serait plus justifié car "on expose les gens à
beaucoup de radiations à notre époque" alors qu'il
s'agit d'un examen beaucoup plus irradiant qu'une radio... Deuxièmement,
certains ostéopathes conseillent des techniques myotensives ou
autres en prétendant que ces techniques sont sans danger à
partir du moment ou "nous respectons les tissus et nous sommes à
leur écoute". Là encore, la littérature nous
prouve le contraire en rapportant des cas d'accidents vertébro-basilaires
suite à de simples techniques de mobilisations passives et de tractions
cervicales sans manipulation (Spine 24:785–794).
J’apporte mon
expérience personnelle. Depuis 1974, j’ai une orientation
exclusive de MMO et j’effectue de nombreuses manipulations. Toutes
les consultations sont notées sur fiches informatiques, l’interrogatoire,
l’examen clinique classique et MMO, les traitements suivis, les
manipulations précédentes, s’il y en a eu avant, et
les réactions déclenchées, les bilans biologiques
et enfin les radiographies. Ces bilans complets et programmés me
permettent d’être très rigoureux. Au moment d’effectuer
la manipulation, les patients peuvent être ainsi classés
en trois groupes. Le premier : qu’ils aient ou non des radiographies,
l’anamnèse, l’examen clinique en particulier l’étoile
de R. Maigne qui permet de retrouver trois axes de liberté non
douloureux me permettent de proposer une technique de manipulation à
impulsion très douce ou une « technique non forcée
». Le deuxième : l’anamnèse, l’examen
clinique, les réactions post manipulations survenues après
manipulation effectuées par des « non médecins »
me permettent d’être en alerte. Si le patient présente
des radiographies très récentes (moins de 15 jours) et que
les signes correspondent, une manipulation en « technique non forcée
» donc sans impulsion, sans rotation, est proposée. Le patient
donne son accord oral après une brève explication de cette
technique. Si le patient n’a pas de radiographies, cette technique
« non forcée » lui est proposée associée,
toujours, à une brève explication et il doit donner son
accord. Par contre il sait qu’en cas de persistance des douleurs
il ne pourra revenir qu’avec les radiographies prescrites pour une
2ème consultation. Le troisième : toute l’anamnèse
ainsi que l’examen clinique (tout le rachis est verrouillé)
où les douleurs ont augmentées progressivement sans raison,
etc, permettent de nous situer en « zone rouge » et là,
souvent malgré des radiographies normales, une scintigraphie est
demandée en urgence souvent complétée par une IRM,
un doppler ou tout autre examen complémentaire nécessaire.
Toute technique même « non forcée » est prohibée.
Voici quelques unes des réponses reçues par Georges Berlinson auprès de diverses personalités internationales du monde de la médecine manuelle. Il s'agit simplement d'extraits de lettres. Très bonnes radiographies… pour éviter les pièges. Guido Brugnoni Je tiens pour important de faire des radiographies de la région avant une manipulation.... Spécialement s’il s’agit des vertèbres cervicales... Exclusion des contre-indications... Jiri Dvorak Pas le besoin et l’utilité... devant chaque mobilisation thérapeutique. Peter Gabriel J’exige pour des raisons médico-légales un bilan radiographique préalable à toute première consultation… Jean-Louis Garcia En pratiquant les techniques neuro-musculaires… Radios non contributives. R. Gaymans Avant toute intervention, lors du premier examen... le contrôle radiologique est une obligation... Freddy Huguenin Il ne faut pas être systématique... Un bon examen clinique et trier intelligemment les patients. Christian Jeambrun Attention à l’impression basilaire et au canal cervical étroit. François Le Corre Pas de manipulation cervicale sans radio… Radios dynamiques systématiques en cas de traumatisme… Yvon Lesage Faire la médecine pour le malade et pas pour le Tribunal…Quelle technique manipulative ? Les thrusts dans la région lombaire ne sont pas les mêmes que dans la région cervicale… Pour éviter les complications vasculaires la radio n’a pas beaucoup d ’utilité. Karl Lewitt Le dogme mérite d’être révisé... Dépendant du type de manipulation... Exclure de l’enseignement les techniques avec thrust en rotation... Jean-Jacques Lobel Radiographie décidée en fonction d’un diagnostic, pour lequel la radiographie peut, selon les cas être utile ou inutile... La radiographie n’exclut pas la possibilité d ’accident neurologique... mais elle couvre peut-être partiellement le médecin. Robert Maigne Radios systématiques. J’ai observé un cas de myélome révélé par une simple cervicalgie multi-manipulée… Jérome d’Ornano Nous exigeons des radios pour le rachis cervical… Hans Tilscher Il est vivement recommandé d ’effectuer un bilan radiographique avant toute manipulation vertébrale. Ce bilan est obligatoire avant toute manipulation du rachis cervical. Philippe Vautravers Il me semble que
tout le monde s'accorde pour dire qu'un bilan radiologique systématique
en amont d'une manipulation du rachis cervical ne contribue pas à
déterminer la prévalence d'un risque potentiel de dissection
des artères vertébrales ou carotidiennes. A ce titre En
1997, le bureau du Collège des Enseignants de Radiologie de France
(CERF) a élaboré un guide d’indication des examens
d’imagerie à la demande de la Direction Générale
de (DGS) du Ministère du Travail et des Affaires Sociales. Ce guide
s’adresse aux praticiens de Santé tant dans leur pratique
en ville qu’en pratique hospitalière.Il a pris en compte
les recommandations élaborées à l’occasion
de conférences de consensus ou dans le cadre des recommandations
médicales de l’Agence Nationale d’Accréditation
et d’Evaluation de la Santé (ANAES) et les avis des experts
français. Ces recommandations incluent les références
médicales opposables sur les thèmes fixés par la
convention d’octobre 1993 et par l’avenant N°1 de janvier
1994. Concernant la problématique
sur l’utilisation systématique des radiographies et des AVB,
le Dr Jean-Yves Maigne pose la question suivante : «
Qu’en-est-il à l’étranger et au sein des autres
écoles ? » Voici les éléments de recommandations
chiropratiques, tels qu’ils sont énoncés par A.G.
Terrett, DC. Tout d’abord, quelques considérations générales
: Concernant le risque
d'accidents vasculaires faisant suite aux manipulations cervicales et
sa distribution selon l'âge, je voudrais préciser que malgré
la faible occurence chez les femmes de plus de 50 ans, la littérature
nous offre la description de nombreux cas : ARGUMENTS POUR :
Précision anatomique (mais limitée : quid des parties molles
?) et aspects médico-légaux (traumato, maladies professionnelles).
ARGUMENTS CONTRE : irradiation du patient, pollution et coût pour
les assurances, à justifier. Schématiquement, le problème
se pose chez le patient non traumatique. Au nom du principe de précaution,
il paraît sage, au moins pour le segment cervical et même
thoracique, de prévoir des clichés lors d'une première
séance, si le patient n'est pas déjà en possession
d'un dossier radio. Ceci peut présenter un avantage médico-légal
: en cas d'accident ultérieur ou de demande de maladie professionnelle,
on sera en possession d'un document antérieur, afin d'éviter
d'interminables ergotages qui se concluent le plus souvent au détriment
de la victime. La qualité des clichés n'est pas toujours
au rendez-vous, mais les officines douteuses sont en voie de disparition.
Je ne suis pas aussi optimiste que certains par rapport aux clichés
numériques. A moins d'utiliser des filtres adaptés, on a
régulièrement des aspects de déminéralisation,
ce qui incite à pratiquer une densitométrie osseuse, souvent
injustifiée (l'examen a généré un autre examen),
effet "photo-iatrogène" et ceci a un coût…
De même que la grande disparité de prescription de clichés,
selon les praticiens et selon qu'ils font ou non eux-mêmes leurs
clichés. Ainsi la proportion du chiffre d'affaire radio de certains
praticiens excède les 60-70%, ce qui induit forcément des
comportements biaisés. Ceci est d'ailleurs valable que le praticien
manipule ou pas. Merci à tous nos intervenants. Les textes des interventions aux 16èmes AMR paraîtront bientôt dans la Revue de Médecine Vertébrale. En fonction des données de la littératures et des conclusions de ces communications, la SOFMMOO élaborera des recommandations qui seront mises en ligne sur ce site. Dernière mise à jour : 17 Septembre 2003
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